Benoît Magimel, un méchant meurtri dans « Histoires de la nuit » à Cannes
Benoît Magimel, méchant meurtri dans « Histoires de la nuit »

Sur la terrasse Albane, à l'hôtel Marriott à Cannes, avec vue sur la Croisette, Benoît Magimel se présente à nous avec une grande amabilité, malgré toutes les interviews qu'il a déjà enchaînées. Comme toujours. Sympa et dispo, et ses deux Césars de meilleur acteur n'y ont rien changé. Pourtant, dans le costume tape-à-l'œil de Franck, il exhale le danger à nous glacer le sang. Dans Histoires de la nuit, le thriller de Léa Mysius en compétition au 79e Festival de Cannes, il est un gangster récemment sorti de prison, qui s'impose avec ses frères à la fête anniversaire de celle qui l'a fui (Hafsia Herzi) pour refaire sa vie sous une fausse identité, au fin fond d'une campagne isolée.

Cela faisait longtemps que Magimel n'avait pas joué ce genre de « sale type ». Un méchant effrayant, parfois digne de Robert de Niro dans Les nerfs à vif. « Je ne joue pas souvent ce type de personnage dans un film de genre car c'est tellement difficile, il y a eu tellement d'interprètes incroyables dans ce registre, souligne avec humilité l'intéressé. C'est toujours un peu casse-gueule ce type de personnage mais moi, j'aime les nuances et les contrastes. »

Un gangster tout en ambivalence

Alors que la nuit s'étire lentement, la tension monte progressivement dans la ferme isolée où Thomas (Bastien Bouillon), Nora et leur fille Ida doivent faire face aux « humeurs » de Franck, entre douceur sourde de colère et violence exacerbée. Car derrière le masque du gangster, se cache la souffrance d'un mari éconduit et d'un père meurtri. Une ambivalence qui fait toute la différence. « C'est ce que je n'avais pas au départ à la lecture du scénario [adapté du roman éponyme de Laurent Mauvignier, ndlr], où Franck était plus brutal. Pour moi, il était important de voir la blessure qu'il porte en lui, sinon il ne peut pas vouloir récupérer sa femme et son enfant comme ça !, justifie Benoît. C'est un personnage marqué dans sa chair, qui s'est sacrifié pour sa compagne et qui n'était pas prêt à vivre en prison. Il ressent son abandon avec beaucoup de douleur et de frustration. »

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Pour l'incarner, Benoît Magimel n'a donc pas usé des grosses ficelles manichéennes, à la limite de la caricature, que l'on trouve dans nombre de blockbusters américains. « Je me souviens plutôt d'un film noir qui m'avait marqué, parce qu'il rompait justement avec l'image du gangster sans peur et sans pitié. C'est Le deuxième souffle de Melville, où Lino Ventura veut tuer pour se venger mais il y renonce finalement, terrorisé. »

« Il faut parfois savoir quitter un endroit pour se trouver »

Au-delà du genre, Histoires de la nuit évoque aussi la difficulté à s'extirper de son milieu d'origine. Avec la mystérieuse Dora qui s'est construit une autre existence pour donner un cadre d'avenir à son enfant. Une thématique qui fait sans doute écho avec le parcours personnel de Benoît Magimel, né d'une mère infirmière et d'un père employé dans un quartier populaire de Paris. « Je me souviens que ceux qui s'en sont bien sortis sont ceux qui en sont partis. Car il faut parfois savoir quitter un endroit pour se trouver, et savoir vraiment qui on est », souligne l'acteur révélé au métier dès l'âge de 13 ans, dans La Vie est un long fleuve tranquille. « Pour Franck, j'ai eu besoin de me raconter aussi son histoire, pourquoi il est allé en prison, quel impact a eu la disparition de Dora, par quel acte d'amour il s'est sacrifié… Car en réalité, ce sont tous des êtres abîmés. »

Liens amoureux. Mais aussi liens du sang. Le film parle de la famille. Celle qu'on s'est construite. Que l'on subit ou que l'on choisit. Il y a Dora et Ida qui ont trouvé Thomas pour père et mari. Et ces trois frères voyous, unis dans leur fréquentation des enfers. Et puis Franck, qui cherche à nouer une relation impossible avec Ida, la fille qu'il n'avait pas connue jusque-là. « Je me suis rêvé comme un père fantastique, mais ça reste difficile », confie Benoît, lui-même père de deux enfants, nés de mères différentes. « Moi aussi je me suis rêvé comme un père fantastique, mais la paternité reste très difficile, et l'absence ne peut pas se combler. Ce qui est sûr, c'est qu'un enfant doit être sécurisé. »

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Pas forcément le cas dans le huis clos oppressant (et efficace) de Léa Mysius, où chaque personnage recèle sa part de mystère. Y compris la voisine peintre incarnée avec grâce par Monica Bellucci. « C'est comme dans la vie, on a tous notre zone d'ombre, il faut vivre et composer avec… », souffle Benoît Magimel. Mais qu'on se rassure, ce dernier n'est pas voué à incarner uniquement des salauds désormais. Au Festival de Cannes, il figure d'ailleurs au casting de La bataille de Gaulle, l'âge de fer. Dans l'uniforme de Pierre Koenig : un vrai héros !

Notre avis : 3/5. En salles le 16 septembre.