Présenté hors compétition au Festival de Cannes ce mardi, L'Abandon de Vincent Garenq est un film puissant et instructif, sorti simultanément en salles. Antoine Reinartz y incarne Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie au collège de Conflans-Sainte-Honorine, assassiné et décapité par un terroriste en 2020.
Une prestation remarquable
Le comédien, déjà excellent en procureur général dans Anatomie d'une chute de Justine Triet et dans la série Des vivants de François-Xavier Lestrade, apporte une humanité remarquable à son personnage. Sans jamais tomber dans la performance égocentrée, il livre une prestation toute en retenue qui rend d'autant plus sensible le destin tragique de cet enseignant dévoué. Reinartz, également à l'affiche de La Troisième nuit de Daniel Auteuil, projeté à Cannes, est revenu sur L'Abandon pour 20 Minutes.
La projection cannoise, riche en émotions
Interrogé sur l'ambiance de la projection, Reinartz confie : « C'était bizarre parce que normalement, il y a quand même quelque chose d'hyper léger, joyeux quand on vient à Cannes… Là, ça ne peut pas être léger. Parce que même quand on vient pour un film un peu dur, il y a une distance et ce n'est pas possible dans ce cas précis. Le sujet écrase un peu le cinéma. J'ai beaucoup pensé à Samuel et je me suis dit que c'était un bel hommage. » Il ajoute que la sœur de Samuel, Mickaëlle Paty, lui a confié voir ce film comme le début d'une discussion sur ces sujets graves. « Elle a transformé sa colère en combat tourné vers l'avenir et a déjà contribué à faire évoluer les choses dans l'Éducation nationale. »
Aborder le rôle de Samuel Paty
Reinartz explique sa démarche : « Ce qui est intéressant est qu'il est vraiment un symbole pour beaucoup, et en même temps désincarné. Le but n'était pas de l'imiter car seuls ses proches savent précisément comment il était et on m'a tout de suite dit que je n'aurais pas accès à sa vie intime, ni à des vidéos de lui. Il fallait surtout éviter le côté 'papier glacé'. On a été très précis pour tout ce qui concernait le procès mais j'ai voulu improviser et m'approprier le personnage, particulièrement pour les séquences de cours. »
Une idée précise de l'homme
« Je crois que c'était un prof comme on les aime. Sa passion pour la connaissance et la transmission est touchante. Il avait la vocation, adorait son métier et était parfaitement à sa place. Il avait un vrai côté très 'Éducation nationale' avec ses petits polos et les blagues qu'il racontait à ses élèves. Le film le rend plus vivant, moins 'théorique'. Il y avait chez lui une vraie humilité que j'espère être parvenu à restituer. »
Le soutien de la famille
Reinartz évoque le soutien de la famille Paty : « Je crois que sa famille a validé mon casting. Sa sœur Mickaëlle m'a dit des choses sur sa façon de se comporter, ce qui m'a aidé. C'était merveilleux d'avoir son soutien parce qu'il y a vraiment une volonté de la part de la famille de garder ça pour eux. Ils recherchent un équilibre entre le fait de vouloir valoriser ce qu'il représente et conserver leur part d'intimité. J'ai été bouleversé quand Mickaëlle m'a dit qu'elle avait retrouvé son frère dans le film. »
Des craintes de réactions négatives
Interrogé sur d'éventuelles réactions négatives, l'acteur répond : « Pas pendant le tournage où j'étais complètement inconscient. Quand on a commencé à faire la promo, je me suis rendu compte que les gens sont tellement à vif sur cette affaire qu'ils projettent des choses dessus. Certaines personnes prétendent que le film pourrait être récupéré, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui. Pour moi, ce dont parle L'Abandon va plus loin que le destin de Samuel Paty. On propose de se questionner sur ce qu'est une cabale contre quelqu'un sur les réseaux et les conséquences tragiques qui peuvent en découler. »



