Agnès Jaoui : « Il faut se parler » sur #MeToo dans son nouveau film
Agnès Jaoui : « Il faut se parler » sur #MeToo

Agnès Jaoui présente à Cannes « L'Objet du délit », une comédie incisive sur #MeToo

La réalisatrice et comédienne a dévoilé vendredi soir à Cannes son sixième film, « L'Objet du délit », une comédie qui aborde avec nuance le thème des abus sexuels dans le milieu de la musique classique. Le film, qui sort en salles ce mercredi 27 mai, met en scène un chef d'orchestre interprété par Daniel Auteuil, complètement déboussolé par les enquêtes médiatiques sur de présumés abus sexuels. « À l'époque, c'était normal... Je ne sais plus ce qui est normal ! » s'exclame son personnage, Igor, qui craint de voir son nom surgir dans ces affaires.

L'intrigue se déroule lors des répétitions d'une production des « Noces de Figaro », où la panique et la cacophonie règnent après des accusations d'agressions sexuelles. Agnès Jaoui, qui connaît bien le monde de l'opéra pour l'avoir mis en scène, brocarde aussi bien le patriarcat que certains excès de #MeToo. Interrogée sur les risques de critiques de la part des néoféministes, elle répond : « Un peu. Mais je sais ce que j'ai fait. L'idée est d'arriver à se parler. Au cœur de l'histoire, il y a une impossibilité de dialoguer sur les rapports hommes-femmes. »

Un débat qui s'envenime

Pour Jaoui, le débat sur #MeToo s'envenime parce qu'il touche à l'intime et à l'émotion. « On met tout dans le même sac. Une main sur le genou n'est pas une pénétration forcée. Il faut prendre le temps de regarder les faits. » Le film présente un prédateur avéré, mais aussi des personnages perdus, comme un vieux monsieur dragueur incarné par Jacques Weber. « Ils viennent de générations où le machisme était généralisé. On n'est pas des hommes ou des femmes complètement neufs, cela fait partie de notre histoire. »

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Un travail d'écriture collectif

Jaoui a écrit le scénario avec quatre dialoguistes, une méthode qu'elle a trouvée libératrice après la disparition de Jean-Pierre Bacri. « Chacune a travaillé un temps défini avec moi, cela m'a nourrie de différents points de vue. »

Travailler avec Daniel Auteuil a été une évidence : « Dès la première scène, j'ai eu la sensation d'avoir joué avec lui toute ma vie. C'est un immense acteur, tout est fluide et simple. »

Le miracle de l'opéra

Dans le film, les répétitions sont chaotiques, mais lors de la représentation, la troupe oublie ses rancœurs. « C'est le miracle de l'opéra : l'harmonie est nécessaire, la réussite ne peut être que collective. »

Interrogée sur la gauche social-démocrate, Jaoui constate : « Elle est moribonde, plus très à la mode. Aujourd'hui, ce sont les positions fracassantes et extrémistes qui triomphent. »

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