Sur la terrasse de l'Hôtel Marriott à Cannes, la lumière de la Croisette fait plisser les yeux d'Adam Bessa. Ce regard singulier et pénétrant, qui participe à sa prestance à l'écran, trahit une certaine émotion. Après avoir été révélé au public français en traqueur d'anciens tortionnaires irakiens dans Les Fantômes (présenté à la Semaine de la critique) en 2024, voilà l'Azuréen de retour à Cannes, en compétition cette fois.
Un rôle pivot dans « Histoires parallèles »
Dans Histoires parallèles d'Asghar Farhadi, Adam Bessa incarne un personnage central parmi un quartet de stars. Il provoque la collision entre la fiction imaginée par une écrivaine misanthrope et acariâtre (Isabelle Huppert) qui espionne ses voisins (Virginie Efira, Pierre Niney, Vincent Cassel) et leurs vies réelles. Telles les petites souris qu'ils préservent de la mort, lui s'introduit progressivement dans l'intimité de chacun, jusqu'à révéler leur nature insoupçonnée.
Un être ambivalent, « bizarre, même flippant », s'inquiète l'un des protagonistes, dont on ne sait s'il penche vers le bien ou le mal. « Il est complexe, comme nous tous, qui sommes parfois inconscients de nos démons et vices cachés », commente Adam. Lui n'a pas choisi le métier d'acteur pour être voyeur ou exhibitionniste (« c'est plutôt un voyage intérieur et une curiosité pour autrui »), mais le fait que son personnage se prénomme également Adam nous interroge. Y a-t-il histoire parallèle, là aussi ?
Une concordance entre fiction et réalité
Concordance entre cet Adam, Franco-Tunisien né à Grasse, qui a grandi à Beaulieu-sur-Mer avant de monter à Paris pour devenir comédien autodidacte (en lisant des tonnes d'ouvrages et en visionnant tout ce qu'il pouvait sur tel acteur ou réalisateur) et cet Adam de fiction qui aspire à devenir écrivain en se nourrissant des écrits d'une auteure et en observant les autres à l'excès ?
« Lui ne poursuit pas un rêve au départ, c'est le destin et sa rencontre avec l'écrivaine qui l'amène à la littérature, qui le plonge dans l'imaginaire et le fait décrocher du réel, alors que moi, je suis toujours resté pragmatique », précise le vrai Adam. Au point, de guerre lasse en refus de castings, d'avoir failli renoncer à son avenir dans le 7e art. Et de quitter la capitale pour revenir vivre à Marseille, « parce que ça reste à 3 h de Paris en train, et qu'il y a la mer. Elle fait partie de ma vie, c'est mon point de repère. Et puis, j'ai eu la chance d'avoir une épouse qui m'a toujours soutenu. »
Apprenti footballeur à l'AS Monaco et aspirant comédien en autodidacte
La chance, le talent. Et un mental de battant. Que l'ancien gamin du centre de formation de l'AS Monaco s'est forgé aux crampons. Lorsque son jeu était alors indissociable du ballon rond. « Le foot m'a marqué, c'est sur la pelouse que j'ai appris à échouer, et sans cesse me relever. À gérer la pression, dans un contexte de concurrence aussi. Et j'y ai découvert l'importance primordiale du mental, quels que soient les qualités et le talent. »
Sur la Côte d'Azur de son enfance, Adam Bessa a aussi découvert le poids des différences, « avec des gens très riches et d'autres très pauvres, du racisme et de la souffrance, même dans un cadre de rêve ».
« Sortir des clichés sur les Arabes au cinéma »
Lui-même a dû convaincre pour « sortir des clichés sur les Arabes au cinéma. Mais éduquer les gens à la richesse des autres cultures reste un combat, il n'y a qu'à voir les chiffres du RN ! » Qu'importe. Avant même Les Fantômes, Adam Bessa s'est imposé dans des films étrangers (Mosul, Harka). « Ce qui m'a fait vite comprendre que ma carrière serait internationale. »
Et s'il jouait d'un magnétisme quasi-mutique dans le film précité, il ne rechigne pas non plus à puiser dans la testostérone du héros au flingue pétaradant dans des films US telles que Tyler Rike 2 (avec Chris Hemsworth) sur Netflix ou à camper un « voyou intéressant » dans la série Ourika sur Amazon Prime.
« Ah vous savez, j'ai grandi aussi bien avec Independance day qu'avec des films d'auteur, justifie ce cinéphile sans frontières. Au vidéoclub de mon adolescence, ce sont les affiches de film qui aiguisaient ma curiosité et dictaient mon choix, Ô Brother des frères Cohen, mais aussi Rasta Rocket ou L'exorciste. Et puis après, c'est comme en cuisine : à force de manger des plats différents on s'affine le palais, et on devient plus exigeant… »
Une exigence cultivée en tant qu'acteur universel
Une exigence qu'il cultive en tant qu'acteur universel, même s'il préfère le soleil. « La Côte d'Azur m'a aussi ouvert au monde, et j'y ai d'ailleurs appris plusieurs langues, revendique Adam. Aujourd'hui, mon objectif n'est pas de devenir une star en France, mais juste faire de bons films, qui racontent de belles histoires pour toucher les gens. »
Avec l'écho d'Histoires parallèles sur le tapis rouge cannois, Adam Bessa pourrait bien combiner les deux.



