A Cure for Life : Un film d'horreur esthétique qui sombre dans l'incohérence
A Cure for Life : Un film d'horreur esthétique qui déçoit

A Cure for Life : Un bijou esthétique gâché par un scénario chaotique

À la fin du générique de A Cure for Life, trois réflexions s'imposent immédiatement. Premièrement, le film est visuellement éblouissant, avec une esthétique soignée qui captive dès les premières images. Deuxièmement, il fait preuve d'une audace glauque et gore, rare dans les productions des grands studios contemporains. Troisièmement, on se demande comment un tel scénario a pu passer tous les contrôles de production sans être retravaillé en profondeur.

Une promesse non tenue

Le film avait tout pour devenir un grand classique de l'horreur putride et traumatique, s'inspirant des modèles des années 70. Malheureusement, après une superbe première demi-heure, les incohérences narratives apparaissent progressivement, lézardant l'édifice fragile de l'intrigue. Ces fissures deviennent béantes, menant à un effondrement inévitable et un final proche de la farce. Quel gâchis pour une œuvre qui promettait tant !

Le résultat final n'est qu'un magnifique ratage, une curiosité cinématographique qui dérape totalement sur une piste trop accidentée, finissant par partir dans le décor. C'est d'autant plus dommage que la première partie du film est marquée par l'un des plus beaux génériques d'ouverture jamais vus à l'écran : une succession de plans sur les tours de Manhattan, baignées d'une lumière onirique et menaçante, accompagnée d'une mélodie anxiogène murmurée par une voix féminine, rappelant Rosemary's Baby de Polanski.

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Une intrigue qui part dans tous les sens

Le scénario suit Lockhart, interprété par Dane DeHaan, un trader ambitieux d'un grand groupe financier. Envoyé en Suisse par sa hiérarchie pour retrouver le PDG disparu dans un institut de cure thermale luxueux au cœur des Alpes, Lockhart découvre les méthodes très particulières du Dr Heinreich Volmer, joué par Jason Isaacs. Mais le piège se referme rapidement sur lui.

Le réalisateur Gore Verbinski a demandé à son acteur principal de visionner trois classiques de l'épouvante avant le tournage : Shining, Rosemary's Baby et La Malédiction. Ces influences sont palpables, tout comme l'inspiration très libre du roman La Montagne magique de Thomas Mann. Verbinski tente de renouer avec une horreur typique des années 70, où il était encore possible d'effrayer les foules avec des œuvres extrêmes et riches en sous-textes.

Les décors naturels et intérieurs sont splendides, et la minutie des plans composés par le chef opérateur Bojan Bazelli crée une ambiance irréelle, souvent en cadrant des reflets dans diverses surfaces. Le film est véritablement un bijou d'ambiance et d'esthétisme gothique.

Le naufrage narratif

Malheureusement, le script part dans trop de directions brouillonnes. Il propose un regard très noir sur un capitalisme étouffant et déshumanisé, exerçant une pression destructrice sur ses employés en col blanc, mais ce thème est largué en cours de route. La descente aux enfers d'un anti-héros méprisant, hanté par un drame familial, bascule dans un univers cauchemardesque peuplé de noyades, de dents brisées, d'anguilles et de peurs paniques.

Dès le premier rebondissement qui conduit à l'internement forcé de Lockhart, Verbinski et son scénariste Justin Haythe perdent progressivement le contrôle. Chaque scène ouvre une nouvelle piste jamais résolue, et les auteurs semblent réellement perdus à mi-parcours. Les invraisemblances et incohérences pullulent : Lockhart se balade librement dans la clinique, en sort à vélo avec une jambe plâtrée, et les personnages ont des réactions souvent absurdes.

Le dénouement à rallonge, loin de simplifier le puzzle narratif, part encore plus en vrille. Les derniers plans voient réapparaître de manière surprenante des personnages initialement intimidants, mais qui prennent soudain des allures de pieds nickelés. A Cure for Life tourne alors à l'opéra sous acide, impossible à prendre au sérieux.

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Une curiosité malgré tout

Ce brûlot cramé mais formellement brillant reste une curiosité cinématographique, notamment pour l'incroyable violence graphique et la perversité dont il fait preuve à certains moments. Une scène de torture dentaire, par exemple, dépasse en intensité celle de Marathon Man, la faisant paraître presque anodine en comparaison.

On se demande quel décideur chez Fox a pu autoriser une telle débauche dans le cadre d'une grosse production, d'autant plus que le film est excessivement long (2 heures 26 minutes) et confié à un réalisateur dont le dernier film, The Lone Ranger, fut l'un des plus grands échecs de 2013.

Après ses Pirates des Caraïbes et son Lone Ranger très grand public chez Disney, Gore Verbinski s'est visiblement fait plaisir en revenant à l'horreur viscérale de son remake de Ring. Mais sa liberté créative, tournant à l'anarchie complète dans A Cure for Life, n'était peut-être pas le remède idéal pour le sortir de son purgatoire artistique.