79e Festival de Cannes : guerre, stars et animation au programme
79e Cannes : guerre, stars et animation

Jusqu'au 23 mai, le monde du cinéma, le grand, le pointu, le pailleté, a rendez-vous sur la Croisette pour la 79e édition du Festival international de Cannes. Avant l'ouverture ce mardi soir avec la projection de La Vénus électrique de Pierre Salvadori, on a fait le tri dans ses différentes (et pléthoriques !) sélections.

La Seconde Guerre mondiale en vedette

Si l'Histoire, avec un grand H, est une invitée obligée du plus grand festival au monde pour le cinéma, cette 79e édition fait une place plus spécifique à la Seconde Guerre mondiale. Avec pour le plus évident, une des plus grosses productions françaises de l'histoire (74 millions d'euros !) : le diptyque La bataille de Gaulle d'Antonin Baudry, avec Simon Akarian dans le rôle d'un général à la stature super-héroïque, dont le festival projette hors compétition la première partie, L'âge de fer, qui sortira en salle le 3 juin (la seconde, De Gaulle : j'écris ton nom, le 3 juillet). Également très attendu, en compétition officielle, Moulin du talentueux Hongrois László Nemes (Grand prix à Cannes en 2015 et Oscar pour Le Fils de Saul) voit Gilles Lellouche incarner la figure martyre de la Résistance française. De son côté, encore en compétition, Notre salut d'Emmanuel Marre se penche sur le régime de Vichy au travers d'un homme sans talent (joué par Swann Arlaud qui n'en manque pas) qui espère y faire son trou. En Cannes Première, Une nuit de et avec Daniel Auteuil raconte le sauvetage de 108 enfants juifs, le 26 août 1942, à Vénissieux. Enfin, en compétition, Fatherland du puissant Polonais Pawel Pawlikowski (Prix de la mise en scène à Cannes en 2018 pour Cold war) montre l'écrivain Thomas Mann revenant en 1949 avec sa fille dans une Allemagne vaincue et en ruine.

L'Asie en nombre et en genres

Terre fertile en cinéastes puissants, l'Asie a rarement été aussi largement – et aussi bien – représentée à Cannes. Ainsi, le président du jury, qui aura à désigner la Palme d'or, n'est autre que Park Chan-wook, le virtuose coréen derrière, notamment, Old boy (Grand prix à Cannes, en 2004). En compétition officielle, pour la première fois, figure son compatriote jusqu'au-boutiste Na Hong-jin (The strangers) pour Hope, un thriller westernien glissant vers la science-fiction. Autre Coréen attendu, Yeon Sang-ho (Dernier train pour Busan) présentera un nouveau film horrifique, Colony, en séance de minuit. Les Japonais sont encore plus en force. Pour commencer en compétition officielle : l'humaniste Hirokazu Kore-eda (Palme d'or pour Une affaire de famille, en 2023) présente Sheep in the box dans lequel un couple en deuil de leur fils se voit proposer un être artificiel à son image ; le délicat Koji Fukada (Love life) suit, dans Quelques jours à Nagi, la rencontre de deux solitudes féminines à la campagne ; le fantastique Ryusuke Hamaguchi (Drive my car) a, lui, tourné en France, et en français, Soudain, racontant la rencontre entre une cinéaste japonaise en phase terminale et la directrice d'un Ehpad incarnée par Virginie Efira. En Cannes Première, le solide Kiyoshi Kurosawa (Cure) présente Le château d'Arioka, une enquête dans le Japon médiéval.

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Des grands noms sur le tapis rouge

Le qualificatif de "star" étant plus que jamais relatif à l'heure de l'archipélisation des goûts et le relativisme des couleurs, on parlera plutôt de grands noms pour qualifier celles et ceux qui vont attirer les foules et les flashs sur le tapis rouge. Très discret cette année, Hollywood n'envoie en compétition officielle "que" le grand James Gray, jamais récompensé à Cannes, qui y revient avec un polar, Paper Tiger, avec s'il vous plaît Scarlett Johansson et Adam Driver, et le beaucoup plus discret Ira Sachs pour The man I love, avec Remy – Bohemian Rhapsody – Malek. On se rattrapera (un peu) grâce à la présence de la chanteuse et comédienne Barbra Streisand et du cinéaste Peter Jackson qui recevront une Palme d'or d'honneur, de Julianne Moore pour le prix Women In Motion (qui récompense les personnalités qui font évoluer la place des femmes dans le cinéma), de John Travolta pour son premier film comme réalisateur (Vol de nuit pour Los Angeles, en Cannes Première) ainsi que les éblouissantes Tilda Swinton et Cate Blanchett pour des "Rendez-vous avec…". Quoi qu'il en soit, pas de raison de faire la fine bouche, les grands noms sont légion du côté de chez nous ! Ainsi, Catherine Deneuve, Isabelle Hupert, Virginie Efira, Vincent Cassel et Pierre Niney monteront-ils les marches pour Histoires parallèles d'Asghar Farhadi (en compétition). Marion Cotillard et Guillaume Canet, séparés officiellement depuis juin 2015, se retrouveront pour Karma de ce dernier (hors compétition) tandis que Javier Bardem et Penélope Cruz, toujours ensemble, présenteront en compétition, séparément, et respectivement, L'être aimé de Rodrigo Sorogoyen et La bola negra de Javier Ambrossi et Javier Calvo. Leur génial ami Pedro Almodóvar (jamais récompensé à Cannes) sera aussi de la fête et de la compète pour Autofiction. Et il faudrait aussi citer les beaux noms de Léa Seydoux, Adèle Exarchopoulos, Sara Giraudeau, Judith Godrèche, Noémie Merlant, Léa Drucker, Agnès Jaoui, Géraldine Nakache, Eye Haïdara, Artus, Doria Tillier, Julia Piaton, Franck Dubosc… On en oublie forcément !

L'animation se fait une belle place

Si on ne dira jamais assez la créativité et la variété du cinéma d'animation, le Festival de Cannes en a, lui, déjà pleinement conscience qui lui ouvre largement ses différents programmes. En sélection officielle, on pourra ainsi découvrir les Français Le corset de Louis Clichy qui a coréalisé Astérix : le domaine des dieux et Le secret de la potion magique avec Alexandre Astier (qui fait ici une voix), Jim Queen, comédie queer frappadingue de Marco Nguyen et Nicolas Athane, et le familial teinté de fantastique Lucy Lost d'Olivier Clert, ainsi que l'États-unien Tangles, un drame rural sur fond d'Alzheimer de Leah Nelson. La Semaine de la critique ouvrira avec In waves de Phuong-Mai Nguyen, l'adaptation très attendue de la sublime bande dessinée éponyme d'AJ Dungo. Quant à la Quinzaine des cinéastes, elle sera marquée notamment par Carmen, l'oiseau rebelle, variation drolatique sur l'opéra de Bizet signée Sébastien Laudenbach (co-auteur de l'épatant Linda veut du poulet !) et par Le vertige, le premier film d'animation en 3D "chelou" de Quentin Dupieux (qui présente aussi Full Phil avec Kristen Stewart et Woody Harrelson !).

Un festival à suivre à distance

Coproduite par France Télévisions et le média Brut, la chaîne télévision du Festival de Cannes diffuse du 12 au 23 mai, montées des marches, conférences de presse et autres photocalls. Elle est accessible sur la plateforme france.tv, Brut.Cannes, la chaîne YouTube du festival de Cannes ainsi que via son site internet officiel. France Télévisions propose également des émissions spéciales depuis Cannes (C à vous, C ce soir, La grande librairie, Beau geste), sans parler des sujets dans ses différents journaux. Enfin, une très chouette programmation de films "spéciale Cannes" est à découvrir sur france.tv et sur les antennes du groupe.