La metteuse en scène Fanny de Chaillé, directrice du TNBA, avait déclaré en juillet dernier dans nos colonnes : « L'élitisme ? C'est un faux débat. » Sa pièce « Ultrasensibles » en est la démonstration immédiate. À travers les archives d’une famille en désordre, elle plonge dans la mémoire de chaque spectateur et réussit à parler au collectif.
Un dispositif scénique inventif
Registre argotique et intime de l’adolescence, langue soutenue et mélancolique d’un Poilu, mythologie familiale, amour, incommunicabilité, secrets : tout passe à la moulinette du dispositif mis en place. Comme à son habitude, Fanny de Chaillé s’attache à retranscrire les scènes du réel en une méthode déjà éprouvée (« Le Chœur », « Une autre histoire du théâtre ») : à chaque photo extirpée d’une malle, les acteurs prêtent leur corps pour reconstituer le cliché sur le plateau, transformant les souvenirs en une forme plastique en mouvement. C’est bluffant d’inventivité et hilarant.
Des trouvailles scéniques
Parmi ce déferlement de trouvailles, un des sommets de ce dispositif scénique réside en un dialogue scandé à coups de « Wesh », « LOL » et « MDR » (on ne dévoilera pas l’artifice). La méthode pousse jusqu’à personnifier au plateau un historique d’une page Google… Une acrobatie intellectuelle réjouissante. Sont aussi invoqués la vulnérabilité adolescente, le poids du rôle assigné à chacun dans une famille (« On est toujours trahi par les siens »), le rapport au corps et les complexes, l’absurdité des ruptures amoureuses (« Je suis triste de nous »).
La musique en fil rouge
Une première dans le travail de la metteuse en scène : la musique, fil rouge d’une époque, consciemment utilisée par les personnages pour amplifier leurs émotions et sur scène, incarnée très à propos par Sarah Murcia (contrebasse, clavier) et Gilles Coronado (guitare). Les huit acteurs au plateau (Luna Desmeules, excellente cheffe de meute) sont tous à citer : Margot Alexandre, Maudie Cosset-Chéneau, Pierre Ripoll, Malo Martin, Tom Verschueren, Margot Viala et Valentine Vittoz.
« Ultrasensibles » jusqu’au 22 mai au TNBA. De 8 à 30 euros. 05 56 33 36 60 ou billetterie@tnba.org



