Le Dance Theatre of Harlem célèbre 57 ans de danse à Bordeaux
Dance Theatre of Harlem : 57 ans de danse à Bordeaux

Le Dance Theatre of Harlem en tournée à Bordeaux

Du mercredi 11 au dimanche 15 février, le Grand-Théâtre de Bordeaux ouvre ses portes au Dance Theatre of Harlem, une compagnie américaine d’exception. Fondée en 1969, en réaction à l’assassinat de Martin Luther King, cette troupe new-yorkaise a pour mission de permettre aux danseurs noirs d’accéder à la technique classique, un domaine où ils étaient historiquement exclus. Leur style unique fusionne la rigueur du ballet néoclassique, héritée de George Balanchine, avec l’énergie et les mouvements chaloupés de la danse jazz.

Un anniversaire marquant sur scène

Le mercredi 11 février, la compagnie célébrera ses 57 ans d’existence précisément sur la scène bordelaise. Cet événement inaugure une tournée française qui se poursuivra jusqu’au 7 mars. Au programme, des chorégraphies signées par des maîtres comme William Forsythe et George Balanchine, ainsi que par Robert Garland, l’actuel directeur artistique de la troupe. Les interprètes, formés aux pointes et aux positions classiques, y ajoutent des déhanchés typiques du jazz, créant un langage dansant innovant.

Interview exclusive avec Robert Garland

Rencontré pour l’occasion, Robert Garland, ancien principal dancer et maintenant directeur artistique et chorégraphe attitré, revient sur les origines de ce style hybride. « Arthur Mitchell, le fondateur, a été le premier danseur noir principal du New York City Ballet, découvert par Balanchine », explique-t-il. Ce dernier, formé au classique à Saint-Pétersbourg mais fasciné par le jazz à Paris, a impulsé cette fusion. « La syncope du jazz rencontre la rigueur du classique, et je perpétue cette rencontre », ajoute Garland.

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La compagnie doit aussi son unicité à son ancrage à Harlem, où une communauté russe, passionnée de danse, a influencé Balanchine. À sa mort, celui-ci a légué gratuitement ses ballets à la troupe. Garland souligne l’importance de maintenir ce répertoire vivant grâce à des archives vidéo, tout en y intégrant son héritage afro-américain, inspiré par des danses familiales.

Programmes variés et choix musicaux éclectiques

La compagnie présente deux programmes distincts durant son séjour, visant à faire progresser ses jeunes danseurs dans divers langages : du néoclassique au contemporain, en passant par des expressions de la diaspora afro-américaine. Les musiques sélectionnées reflètent cette diversité, allant de Bach et Donizetti à James Brown, Radiohead ou Stevie Wonder. Garland a notamment chorégraphié sur « Higher Ground » de Stevie Wonder, une chanson qui, selon lui, capture les interrogations des années 1970 post-mouvement des droits civiques.

Un héritage toujours actuel

Interrogé sur la dimension politique de son travail, Garland nuance : « Je ne définirais pas notre ballet comme politique, mais être des Noirs américains nous renvoie inévitablement à une histoire marquée par l’esclavage et la ségrégation ». Il affirme que cet héritage reste pertinent, quel que soit le contexte politique, comme sous l’ère Trump, en insistant sur la nécessité de maintenir un haut niveau artistique et des valeurs éthiques depuis 1969.

Les tarifs pour assister à ces représentations varient de 10 à 115 euros, avec des informations disponibles sur le site de l’Opéra de Bordeaux. Cette tournée est une occasion rare de découvrir une compagnie qui allie tradition et modernité, tout en célébrant un anniversaire historique.

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