Cannes 2026 : Park Chan-wook défend le mariage de l'art et de la politique
Cannes 2026 : Park Chan-wook défend art et politique

Ce mardi 12 mai 2026, quelques heures avant la cérémonie d'ouverture du Festival de Cannes, le jury de cette 79e édition a partagé ses impressions avec la presse. Le président, Park Chan-wook, a notamment affiché une position sur la dimension politique du cinéma.

Un jury aux multiples sensibilités

Les membres du jury ont pris la pause sur le premier photocall de ce 79e Festival de Cannes. Parmi eux, l'actrice irlando-éthiopienne Ruth Negga, l'actrice américaine Demi Moore, le réalisateur et président du jury sud-coréen Park Chan-wook, la réalisatrice chinoise Chloé Zhao, et la réalisatrice et scénariste belge Laura Wandel. Ils auront un rôle crucial durant les jours à venir et les 22 cinéastes en compétition pour la Palme d'or croiseront tout ce qu'ils pourront pour que leurs œuvres trouvent grâce auprès du jury.

Avant de faire vœu de silence et d'enchaîner les projections, les neuf membres (4 femmes, 5 hommes) ont répondu aux questions des médias présents pour le top départ de cette édition 2026 du Festival de Cannes. Un échange durant lequel les dossiers chauds comme l'utilisation de l'intelligence artificielle dans le cinéma ou le rapport du 7e art à la politique ont été abordés, comme ce fut le cas la veille lors de la conférence de presse du délégué général du Festival, Thierry Frémaux.

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Demi Moore : « Je me suis demandé pourquoi on m'avait choisie »

On en a appris un peu plus aussi sur la manière dont chaque heureux ou heureuse élu(e) a accueilli l'invitation du Festival international du film. « Ma première réaction a été : "Putain…" ! J'ai reçu un e-mail, et j'ai rechargé l'application, pour voir si c'était vraiment ça », a lâché le réalisateur chilien Diego Céspedes, benjamin de la bande du haut de ses 31 ans. Le comédien Stellan Skarsgård, 74 ans, est pour sa part un doyen en verve. « Je me suis dit : "Enfin !" Ils ont pensé à moi avant que je meure », a poursuivi le Suédois, qui a ensuite avoué qu'il lui avait été difficile de monter les marches, en raison des conséquences d'un AVC subi en 2022.

La magnétique Demi Moore, elle, est apparue très enthousiaste. « J'ai vécu de très belles expériences ici. Le fait d'être entourée par le cinéma et de retrouver dans les salles ceux qui partagent cet amour pour le cinéma, c'est une joie. Mais au début, je me suis demandé pourquoi on m'avait choisie. »

Forcément très sollicitée, l'actrice américaine a livré sa position sur l'émergence de l'IA. « L'intelligence artificielle est là. Ce serait un non-sens de mener cette bataille que nous allons perdre. Donc il faut trouver des moyens pour travailler avec ça, je pense que c'est un chemin plus valable. Est-ce que nous faisons suffisamment pour nous protéger ? Je ne sais pas, j'aurais tendance à penser que non. »

Paul Laverty : « N'est-ce pas fascinant de voir Susan Sarandon, Javier Bardem ou Mark Ruffalo blacklistés à cause de leurs opinions sur Gaza ? »

Le cinéaste Park Chan-wook a, pour sa part, livré sa position sur les récents propos de son homologue Wim Wenders, président de la dernière Berlinale, qui estimait que le cinéma devait rester « en dehors de la politique ». « Je ne pense pas qu'il faille séparer la politique et l'art. C'est un concept étrange de penser qu'ils sont en conflit l'un avec l'autre. Si une œuvre d'art a une définition politique, elle ne doit pas être considérée comme une ennemie de l'art. Et de l'autre côté, si nous faisons un discours politique brillant, mais où la dimension artistique ne s'exprime pas suffisamment, ça devient juste de la propagande. »

Scénariste fétiche du très social Ken Loach, Paul Laverty est allé dans le même sens, en appuyant sa charge. « N'est-ce pas fascinant de voir des gens comme Susan Sarandon, Javier Bardem ou Mark Ruffalo blacklistés à cause de leurs opinions sur le meurtre des femmes et des enfants à Gaza ? Honte à Hollywood et aux gens qui font ça. J'espère qu'on ne recevra pas de bombes sur la tête parce que Cannes a choisi cette image [il montre l'affiche du 79e Festival de Cannes, tirée de Thelma et Louise, représentant Susan Sarandon aux côtés de Geena Davis, ndlr]. »

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Chloé Zhao : une spectatrice très émotive

Dans un autre registre, la réalisatrice et scénariste chinoise Chloé Zhao (deux Oscars avec Nomadland) s'est décrite comme « une spectatrice très émotive ». « Je ressens vraiment les films dans mon corps, donc je sais que ça va être un sacré désordre à l'intérieur de moi. J'ai hâte d'être conduite dans un monde de découvertes, de pleurer, de rire, et de tout ce qui pourra se trouver entre les deux. »