Bovary Madame : quand Christophe Honoré réinvente le classique de Flaubert
Et si Emma Bovary n'avait pas succombé à l'arsenic ? C'est le point de départ audacieux choisi par Christophe Honoré pour son spectacle Bovary Madame. La célèbre héroïne de Flaubert se retrouve sur une piste de cirque, entourée de clowns, pour raconter sa vie, ses amants, ses rêves et ses échecs. Une réinterprétation radicale qui bouscule les codes du mélodrame littéraire.
Charles Bovary : le cocu magnifique et tragique
Dans cette version circassienne, Jean-Charles Clichet incarne Charles Bovary, le mari d'Emma. « C'est un peu le cocu magnifique », explique l'acteur. « Il est certes caricatural, mais c'est lui qui porte tout le mélodrame, il meurt de chagrin, ce n'est pas rien ». Loin d'être une simple victime des désirs de sa femme, Charles est présenté comme une figure tout aussi tragique qu'Emma, victime comme elle des contraintes sociales et des coutumes provinciales.
Pour préparer ce rôle, Clichet travaille depuis des années avec Honoré selon une méthode bien établie. « On arrive à une sorte de rôle hybride en trois tiers », détaille-t-il. « Un tiers du personnage est issu du roman, le deuxième, de ce que l'on a envie de défendre, et le dernier est la synthèse des deux ».
Le cirque comme espace de liberté narrative
Le choix de la scénographie circassienne n'est pas anodin. « Le cirque, c'était une façon de rêver à la manière de Lola Montès », révèle Clichet, évoquant la célèbre courtisane du XIXe siècle. Dans cette version, Emma Bovary, ayant survécu à sa tentative de suicide, est recueillie par une troupe de cirque qui reconstitue chaque soir les grands moments de sa vie.
« Le cirque, c'est l'endroit absolu de la liberté où tout peut se mêler, la peur, l'émerveillement », souligne l'acteur. Cet univers permet de briser les conventions narratives et d'explorer de nouvelles formes d'expression théâtrale.
La petite famille Honoré : une troupe fidèle
Christophe Honoré s'entoure de sa « petite famille » d'acteurs, dont Ludivine Sagnier dans le rôle d'Emma Bovary. Cette familiarité facilite le travail créatif. « On a tous un niveau d'exigence qui se rapproche de celui de Christophe », confie Clichet. « Ce que l'on veut, c'est pousser au maximum pour avoir le plus de liberté possible ».
Cette approche permet de maintenir une certaine improvisation même lors des représentations, laissant place à l'évolution du spectacle. « Le jour de la première, on a un Bovary Madame pas tout à fait prêt », admet l'acteur, « ce qui nous laisse des marges pour aller plus loin ».
Un titre à contre-courant
L'inversion du titre, Bovary Madame au lieu de Madame Bovary, s'inscrit dans la démarche globale du spectacle. « Un de nos principaux partis pris a été une phrase de Nathalie Sarraute sur Madame Bovary », explique Clichet. « Elle dit que tout est en contrepoint, à revers chez Flaubert ».
Cette idée de travailler « toujours un petit peu à revers » guide l'ensemble de la création. « Dans le spectacle, on s'acharne à traiter les scènes toujours un petit peu à revers », confirme l'acteur. « Le titre est dans cette veine ».
Un pont entre cinéma et théâtre
Honoré, homme de cinéma et de théâtre, apporte sa sensibilité visuelle au plateau. « Il écrit avec une caméra », observe Clichet. « Pendant les répétitions, si on utilise la vidéo, il faut réellement que ce soit bien ». Cette exigence cinématographique se combine avec la liberté propre au théâtre, créant une esthétique hybride unique.
Bovary Madame sera présenté les jeudi 26 et vendredi 27 février à 20 heures au Théâtre Quintaou à Anglet. Un spectacle conseillé à partir de 15 ans, où le classique de Flaubert rencontre l'univers circassien dans une réinterprétation audacieuse et contemporaine.



