Yto Barrada dévore la Biennale avec son Saturne vénitien
Yto Barrada dévore la Biennale avec son Saturne

« Comme Saturne, la révolution dévore ses enfants. » Cette célèbre formule de Vergniaud, figure de la Révolution française, prononcée peu avant d’être guillotiné, continue de résonner avec une acuité troublante. En la convoquant, Yto Barrada inscrit d’emblée son projet Comme Saturne, déployé au Pavillon français de la Biennale de Venise 2026 sous le commissariat de Myriam Ben Salah, dans une histoire longue, une sorte de méditation dense sur les mécanismes par lesquels toute puissance finit par se retourner contre ce qu’elle engendre.

Un mythe fondateur revisité

L’intitulé renvoie explicitement au Saturne dévorant un de ses fils peint par Goya. Dans la mythologie, Saturne, assimilé au dieu grec Chronos, craignant d’être détrôné, dévore ses propres enfants à leur naissance. Ce récit fondateur, traversé par la violence et la fatalité, contient déjà l’idée d’un cycle : celui d’un pouvoir qui, en voulant se préserver, précipite sa chute. Jupiter, qui échappe à ce destin, finira par renverser son père, introduisant la possibilité d’un renouveau après le chaos.

Une artiste engagée et méconnue

Bien qu’exposée dans de grandes institutions comme le MoMA ou la Tate, Yto Barrada reste peu connue du grand public français, même si, fin mars, elle a suscité la polémique pour avoir signé, aux côtés de 200 acteurs internationaux de l’art, l’appel au boycott du Pavillon israélien lancé par le collectif Art Not Genocide Alliance. Née à Paris en 1971, celle qui a grandi à Tanger et longtemps vécu à New York, n’a jamais caché ses engagements. Depuis plus de vingt ans, elle développe une pratique multidisciplinaire mêlant film, sculpture, textile et photographie pour explorer des thématiques autour de la mémoire, des héritages coloniaux ou de l’écologie.

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Une installation immersive

L’entrée du Pavillon français, qui ouvre ses portes le 9 mai, donne d'ailleurs le ton avec un cerf-volant en cuir de chèvre, suspendu dans un espace intermédiaire, un préambule à la fois rituel et narratif, reliant symboliquement le ciel et la terre. Il donne sur une Salle des plis, occupée par de grands rideaux de laine, partiellement mécanisés, qui bougent, filtrent la lumière du jour, et dont la teinte s’altère au fil du temps. Cette œuvre immersive invite le visiteur à une réflexion sur le temps, le pouvoir et la fragilité des cycles historiques.

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale