L’exposition d’art contemporain de Melika Sadeghzadeh explore la mémoire et la maison comme lieux de fragilité. Entre poésie et violence, l’artiste transforme 350 plaques de paraffine et des portes brûlées en métaphores du trauma collectif.
Une expression persane pour titre
« Certains événements sont éloignés, mais proches par leur nature. On vit tous dans le même monde », explique Melika Sadeghzadeh, qui présente l’exposition The hour of wolf and sheep au Centre d’art contemporain CACN de Nîmes. L’artiste, diplômée des Beaux-arts de Montpellier, a grandi en Iran. Mais il serait réducteur d’associer son travail uniquement à l’actualité, même s’il est bien sûr nourri par une histoire. Le titre fait allusion à une expression persane. « L’heure entre loup et mouton » évoque le passage du jour à la nuit, comme « entre chien et loup » en français.
Les traces dans la mémoire collective
Le motif de la maison revient sans cesse dans son travail, comme un écho à la fragilité de ce que l’on quitte, des murs qui séparent l’intérieur et l’extérieur… L’accrochage, plein de malice de l’exposition, joue aussi avec cet imaginaire domestique. « Mon travail tourne autour des violences qui s’effacent à force de devenir la norme mais qui laissent des traces dans la mémoire collective », explique l’artiste, qui utilise régulièrement des objets du quotidien, comme des témoins des événements de nos vies.
Dès le hall, Melika Sadeghzadeh présente un mur formé de 350 moulages en paraffine de plaques indiquant les numéros à l’entrée des maisons. Cette Adresse suspendue mélange des traces, une mémoire reconstruite qui s’échappe. Plus loin, des poignées de portes en bois brûlées s’accumulent, s’enchevêtrent. Elles ne peuvent ni ouvrir, ni fermer, se bloquent les unes les autres. Intitulée La statistique du trauma, l’œuvre évoque le sentiment d’être coincée, immobilisée. La pièce d’à côté est fermée, bloquée par une porte bouclier, gardant les regards à distance de dessins de maisons détruites par la guerre, qui se regardent par une fenêtre.
Entre violence et poésie
Avec Le Vide Sacré, Melika Sadeghzadeh évoque le pouvoir de la religion présentée comme une porte et ses liens avec la politique, l’économie. L’œuvre prend la forme d’une tour en clés soudées qui s’élève au-dessus d’une masse sombre de goudron, interrogeant le regard tout comme les clés fondues dans le creux de la main de l’installation Le manque de toi est un projet que je porte. Dans un aller-retour incessant entre la poésie et la violence, l’artiste reconstruit sans cesse des souvenirs, des espaces fragiles où l’intime et le collectif se mélangent, où le mouvement est une tentation permanente.
Dans la pénombre, The hour of wolf and sheep, l’installation qui donne son nom à l’exposition, évoque à nouveau la maison, mais une demeure insaisissable qui n’arrête pas de changer de forme et dont les fenêtres seraient des écrans, où les images flottent dans une nuit fictive et familière.
Jusqu’au 18 juillet. Du mercredi au samedi, 11 h-18 h. Centre d’art CACN, 4 place Roger-Bastide, Nîmes. Entrée libre. 09 83 08 37 44.



