Francisco de Goya : les dernières années à Bordeaux, un exil créatif
Le 16 avril 1828 marque la mort de Francisco de Goya, le célèbre peintre espagnol qui s'était exilé à Bordeaux et y est enterré. Cet anniversaire nous invite à explorer les liens profonds qui unissent l'artiste et le port de la Lune, où il a vécu de 1824 à 1828, jusqu'à sa fin de vie.
L'arrivée et la vie quotidienne à Bordeaux
En 1824, Francisco de Goya se réfugie à Bordeaux, fuyant l'Espagne. Il s'installe dans la ville et s'imprègne rapidement de son ambiance. Le peintre croque avec talent la vie quotidienne bordelaise, capturant des scènes pittoresques comme un montreur de crocodile sur les quais ou les plaisirs d'une patinoire aménagée près de la Chartreuse durant l'hiver rigoureux de 1826. Ces dessins, réalisés entre 1824 et 1828, témoignent de son regard aiguisé sur son nouvel environnement.
Les œuvres majeures de la période bordelaise
À Bordeaux, Goya produit des créations variées qui marquent son style tardif. Il est notamment impressionné par la guillotine, un instrument qu'il ne connaissait pas, et en tire des dessins saisissants. Parmi ses œuvres emblématiques, on trouve la série « Taureaux de Bordeaux », une collection de lithographies réalisées vers 1825, dont « Plaisirs d'Espagne » et « Le célèbre américain, Mariano Ceballos ». Il expérimente aussi la peinture sur ivoire, avec des pièces comme « Femme et homme assis en manteau espagnol » entre 1824 et 1825, et peint « La Laitière de Bordeaux » en 1827, dans un style néoclassique. Un portrait de lui par Vicente Lopez en 1826 immortalise ses années bordelaises.
L'héritage et les hommages à Bordeaux
L'influence de Goya à Bordeaux perdure bien après sa mort. En mai 1951, la ville organise la plus importante exposition jamais réalisée sur l'artiste, avec le maire Jacques Chaban-Delmas lors du vernissage. En 1981, cent cinquante-quatre ans après sa mort, le ministère des Affaires étrangères espagnol ouvre la « Casa de Goya » dans son ancien appartement, un centre culturel unique. Une statue en bronze du peintre, offerte par Madrid dans le cadre du jumelage, est dévoilée au jardin public en 1994, puis déplacée place du Chapelet en 2007, près de l'église Notre-Dame où il fut inhumé. En 2010, l'Institut Cervantès de Bordeaux confronte ses estampes à des œuvres contemporaines, et en 2019, le musée des Beaux-Arts présente l'exposition « Goya physionomiste ».
La mémoire et les traces aujourd'hui
Malgré le transfert de ses cendres à Madrid en 1888, Bordeaux conserve des souvenirs de Goya. Un cénotaphe lui rend hommage au cimetière de la Chartreuse, et une plaque à l'Institut Cervantès, cours de l'Intendance, marque sa dernière demeure. Peu de vestiges subsistent, mais ces monuments et expositions rappellent l'empreinte durable du maître espagnol sur la ville, célébrant un exil qui a enrichi le patrimoine artistique bordelais.



