Giedré : humour noir et politique à Saint-Jean-de-Luz
Giedré : humour noir et politique à Saint-Jean-de-Luz

Avant une ultime date à Paris, l'artiste Giedré achèvera sa tournée de printemps ce samedi 25 avril à la salle Tanka de Saint-Jean-de-Luz. Une ville peu adaptée à son humour noir de gauche ? Préjugé : le spectacle affiche complet. Les 520 places de la salle Tanka sont vendues, pas la peine de se ruer sur la billetterie. Mais les heureux détenteurs d'un ticket savent-ils vraiment à quoi s'attendre ce samedi 25 avril (20 heures) ? Un conseil : évitez les mocassins. Entretien pas bateau.

Qui est Giedré ?

Pour les gens qui ne vous connaissent pas encore : qui êtes-vous ? « Je m'appelle Giedré. C'est un vrai prénom. Je fais des chansons rigolotes, enfin j'espère, sur des trucs pas très rigolos, malheureusement. » Si l'on dit de vous que vous racontez des horreurs avec douceur, est-ce que cette définition vous convient ? « Oui, c'est à peu près juste aussi. »

Des sujets de prédilection

Sur votre site Internet, vous indiquez que « les poils, les prouts et le caca » sont vos sujets de prédilection. Est-ce que ce sera aussi le cas ce samedi soir à la salle Tanka ? « (Rires) J'ai dit ça ? Je dis beaucoup de bêtises. C'est un de mes sujets de prédilection. Heureusement, mon champ d'intérêts est quand même un peu plus varié, parce qu'on a vite fait le tour de tout ça. »

Bannière large Pickt — app de listes de courses collaboratives pour Telegram

Un message politique assumé

Derrière l'absurde et l'humour noir pointe un message politique. L'assumez-vous ? « Oui, je peux difficilement m'en cacher. On peut ne pas le voir si on n'a pas envie, mais il faut vraiment se boucher les oreilles. Sinon, je pense, en effet, que c'est assez limpide. » Et c'est assez limpidement de gauche. Peut-on venir vous voir si on est de droite ? « Mais il faut venir voir Giedré si on est de droite. Ça ne sert à rien de prêcher les convaincus. Chanter pour sa paroisse, bon. Ça flatte l'ego, on est entre soi, on est content : 'Ah ouais, on a tous raison, youpi, on est les gentils', mais ça ne sert à rien. Moi j'adore quand des gens qui ne m'aiment pas du tout ou qui ne sont pas d'accord avec moi viennent me voir. C'est là qu'est tout l'intérêt d'être pleins dans le monde. On est pleins à ne pas penser la même chose et il faut quand même qu'on arrive à se parler. Là, effectivement, le dialogue est un peu déséquilibré, il n'y a que moi qui parle, c'est moi qui ai le micro. Donc bon, les pauvres, ils sont un peu pris en otage. Mais après le concert, on peut se rencontrer. »

Saint-Jean-de-Luz, terrain de jeu idéal

Saint-Jean-de-Luz, avec sa population qui vote à droite à plus des deux tiers, c'est un terrain de jeu idéal ? « C'est vraiment parfait. Ah non, mais moi j'adore. Vous savez, ma mère est de droite. Je suis dans le dialogue. Je sais que c'est une ville où les gens ne partagent pas forcément mes opinions, pourtant le concert est complet. Comme quoi : il y a soit quelques résistants, soit des personnes curieuses. Dans les deux cas, c'est bien. »

C'est une ville avec beaucoup de personnes âgées, aisées, plutôt tranquille. N'avez-vous pas peur de les choquer ? « Ben non, je ne pense pas que je puisse les choquer. À partir du moment où ils ont des yeux et des oreilles, rien de ce que je vais chanter ne leur sera étranger. Même s'ils sont âgés, dans une situation confortable, ils vivent dans le même monde que les autres humains. Ce que je vais leur dire, ils le savent, ils le voient par la fenêtre, ils ont une télévision, une radio, Internet. Ce serait un peu du chiqué de leur part de dire : 'Oh non quand même !' Parce que c'est la vérité en fait. Ou alors ils passent leur vie, du soir au matin, à dire 'Oh non mais quand même !' à chaque coin de rue. »

L'influence de Pierre-Emmanuel Barré

Pierre-Emmanuel Barré, votre compagnon, était venu l'année dernière, le spectacle s'était très bien passé, vous a-t-il rassuré sur ce point ? « Bien sûr, il m'a dit que c'était le meilleur public du monde et que c'était la meilleure date de sa vie. Et qu'il le garde gravé dans son cœur, jusqu'à sa mort (rires). Sans faire de blague, quand on a des opinions assez tranchées, il faut aller les confronter à des gens qui ne sont pas du tout d'accord avec nous. Sinon, ça n'a pas de sens. »

Bannière post-article Pickt — app de listes de courses collaboratives avec illustration familiale

Adaptation du spectacle

En fonction des endroits où vous jouez, adaptez-vous votre prestation ? « Toujours. Hier (jeudi, NDLR) je jouais à Cournon-d'Auvergne. Dans mon moteur de recherche il y a 'municipales 2026 Cournon-d'Auvergne'. Je me renseigne un petit peu. Je viens chez les gens, c'est la moindre des politesses non ? »

Sans dévoiler le contenu de samedi soir, à quoi faut-il s'attendre par rapport aux Luziens ? « Oh là là. Je me réjouis de les voir, c'est tout ce que je peux vous dire (rires). Ça fait très longtemps que je n'ai pas joué dans le Sud-Ouest. Je suis très impatiente. Et c'est une ville qui, en effet, est assez réputée dans le reste de la France, pour les aspects que vous avez évoqués plus tôt. Et pour moi, c'est des petits bonbons tout ça. C'est miam-miam d'avance. »

Vous allez écorner les « vieux riches » ? « Peut-être que les polos saumon, les pulls sur les épaules et les chaussures bateau vont avoir une petite place dans le spectacle. »

Actualité locale : la dauphine

L'actualité locale, c'est aussi la présence d'une dauphine dans la baie de Saint-Jean-de-Luz… « Je ne savais pas, trop génial. Et on peut la voir ? Oui mais de loin. Si on s'approche de trop près, on risque des amendes. Les premières sont tombées cette semaine. » « Quel monde merveilleux non ? Toutes ces infos, c'est génial. Avoir une amende parce qu'on s'approche trop près d'un dauphin. Trop bien. Par contre, ne pas avoir d'amende quand on laisse des migrants crever sur la plage, c'est cool aussi. »

Le titre du spectacle : « Maxi Best Of »

Votre spectacle s'appelle « Maxi Best Of », référence au menu phare de McDo. Il y a trente ans, des activistes basques faisaient sauter le McDo de Saint-Jean-de-Luz, pour dénoncer l'arrivée de la malbouffe. C'est un hommage ? « (Elle le découvre) Ce sont des symboles très forts tout ça. Le titre du spectacle prendra tout son sens. Comme quoi on peut avoir des mocassins et faire sauter des McDo. Les gens sont pleins de surprises. » Ce n'était pas les mêmes a priori. « Mais on ne sait pas ! » Le McDo a depuis été reconstruit. Irez-vous y manger après votre spectacle ? « Non, moi je ne mange pas au McDo. Je suis un peu trop radicale pour mettre les pieds dans un McDo. »

Personnage ou réalité ?

Votre personnage sur scène est-il totalement de composition ou êtes-vous un peu comme ça dans la vie ? « Ce serait vraiment épuisant de tenir un personnage de totale composition. Genre dans la vie, est-ce que je suis peintre en bâtiment, j'ai une moustache et je mesure 1,50 m ? (rires) Après, si j'étais tout à fait comme j'ai envie d'être dans la vie et que je disais tout ce que j'ai envie de dire, je ne monterais pas sur scène. Mais je pense que c'est le cas de tous les artistes. Si on se sentait pleinement entiers et libres dans notre quotidien, on n'aurait pas d'impulsion de créer. »