« Avant, bientôt » : l’art d’Olivier Crouzel au cœur du chantier du Krakatoa
« Avant, bientôt » : l’art au cœur du chantier du Krakatoa

Pendant quinze mois, l’artiste Olivier Crouzel a installé son atelier dans le chantier de rénovation de la salle de spectacle emblématique de Mérignac, le Krakatoa. Le résultat tient dans « Avant, bientôt », une exposition accueillie à la Vieille Église de Mérignac jusqu’au 26 juillet.

Une projection dans le temps et l’espace

Tout est affaire de projection. Celle qui marque l’œil, celle qui est fabriquée par la mémoire. Celles qui se reflètent dans le Krakatoa, scène emblématique de Mérignac en pleine mutation après des travaux de rénovation extension lancés fin 2024, bientôt achevés. Carte blanche en poche délivrée par la Ville, l’équipe de Transrock et la Compagnie architecture, l’artiste visuel et vidéaste Olivier Crouzel a filmé le dernier concert puis s’est installé pendant des mois dans cet espace-temps en transition, entre destruction et construction, hier et demain, une histoire qui s’efface, une autre qui s’annonce.

Un atelier en mouvement

Le résultat est révélé dans « Avant, bientôt », exposition inaugurée jeudi 21 mai et qui se tiendra jusqu’au 26 juillet dans la Vieille Église de Mérignac. « Le chantier est devenu mon atelier. Un atelier toujours en mouvement », raconte l’artiste qui insiste aussi sur cette « aventure humaine » au contact de maçons, architectes, équipe résidente, voisins…

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Crouzel, qui a mené avec l’autrice Sophie Poirier un travail au long cours dans l’immeuble Le Signal à Soulac, est habitué des lieux de mémoire en voie de disparition. Le propos ici est sans doute moins mélancolique (car le Kraka, lui, va renaître) mais le lieu a aussi ses mémoires, ses fantômes que l’artiste – qui a d’abord capté le bâtiment par nuit noire, projetant une lumière blanche sur son squelette de béton – va révéler, peut-être exorciser.

L’aura du Kraka

« Je me suis pris pour un architecte et j’ai construit mon propre Kraka », raconte Olivier Crouzel, qui place la projection au cœur de son travail. Un terme qui renvoie à la lumière, l’émission, mais aussi au jaillissement, au transfert, à l’identification. Et il est question de tout cela ici.

Tirages de projections ou images projetées sur photos, vidéos, mapping sur les voûtes de l’église, formes épurées, abstraites ou surchargées, aléatoires, sérigraphies, palimpsestes, compositions colorées mêlant minéral, végétal, formes humaines fugaces, installations : la variété des supports et leur entremêlement sont autant de moyens d’évoquer toutes les mémoires et les expériences sensibles qui coexistent ici. D’invoquer l’esprit, ou plutôt « l’aura » du Kraka.

L’artiste a intégré la végétation voisine, comme ce grenadier ou ce ginkgo biloba planté en face, en filmant le rythme des saisons, parallèlement à celui du chantier — l’hiver de la démolition, le printemps de la renaissance.

Des reliques du temple du rock

Dans la Vieille Église, il a aussi déposé quelques reliques du temple du rock. Comme ce tapis fixé au sol du bar, sur lequel sont inscrits les noms de tous les groupes passés dans le lieu depuis 1990 : l’archive est devenue installation, ruban éclairé par une guirlande de chantier. Dans la crypte, il a creusé un petit club, avec une bande-son brute calée sur le rythme des marteaux-piqueurs.

Autant de manières « de déconstruire le souvenir » avant la renaissance du volcan. Qu’il ait fréquenté ou non le Kraka, le spectateur est libre de poser sur les œuvres ses propres projections. Une expo à voir avant bientôt.

Vieille Église de Mérignac. Entrée libre.

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