La galerie Jas de la Rimade célèbre 40 ans d'art contemporain à Carcès
40 ans d'art à la galerie Jas de la Rimade à Carcès

Quarante ans de passion artistique au Jas de la Rimade

À quelques kilomètres du village de Carcès, nichée dans la campagne provençale, la galerie Jas de la Rimade constitue un véritable écrin dédié à l'art contemporain. Cet espace culturel célèbre actuellement quatre décennies d'une passion dévorante et d'une histoire familiale profondément ancrée dans le monde de l'art.

Une exposition qui interpelle les visiteurs

L'exposition À corps et à cri rassemble jusqu'au 10 mai les sculptures en bronze de Nicolas Lavarenne et les peintures intrigantes de Philippe Croq. Les œuvres de ce dernier, nouvel artiste représenté par la galerie, suscitent particulièrement la curiosité. « J'aime beaucoup les fonds. Ils sont très beaux, très travaillés. Il y a quelque chose qui m'attire », confie Anne-Marie, une visiteuse fascinée. « Mais on dirait que ça n'est pas fini, comme si tout était brouillé, comme si l'artiste avait dessiné puis qu'il avait voulu tout effacer ».

Cathy Lopez, qui accueille les visiteurs ce dimanche, lui répond avec précision : « C'est le cas. Et le papier est marouflé sur une toile en bois ». Face à ces créations énigmatiques, les peintures de Philippe Croq ne laissent personne indifférent et dialoguent avec les corps nus, athlétiques et précis de Nicolas Lavarenne, dont les œuvres accompagnent la galerie depuis ses débuts.

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Les origines d'une aventure familiale unique

L'histoire commence il y a exactement quarante ans, lorsque Béatrice Heinz découvre par hasard le travail de Nicolas Lavarenne. « Je me souviens très bien comment ma mère a découvert Nicolas », raconte Tamara, sa fille. « Nous étions à Nice, en balade, en famille. Nous sommes passés devant son atelier, il venait juste de poser son ciseau. Elle était fascinée. L'histoire a commencé comme ça, sur un coup de cœur ».

À cette époque, la galerie n'existe encore que dans l'esprit de Béatrice et Marcel Heinz, qui rêvent de créer un espace dédié à l'art contemporain. Le Jas de la Rimade, bâtisse templière du XIIIe siècle, est alors en pleine restauration. Les plans prévoient une partie habitation et une galerie aménagée dans l'ancienne bergerie. « Une galerie, perdue au milieu de nulle part », souligne Tamara. « Une idée saugrenue d'autant plus qu'ils n'étaient pas du tout du milieu. Ils ont suivi des cours d'histoire de l'art à Aix et ont commencé sur le tas. Ils étaient passionnés. Ils étaient précurseurs ».

Un pari fou qui finit par porter ses fruits

Il faudra attendre le début des années 1990 pour que le projet se concrétise pleinement. Entre-temps, dès 1986, les œuvres sont exposées dans le salon familial. « Vite rangez tout, nous disait notre mère. Il fallait qu'on disparaisse le temps de chaque visite. C'était assez incroyable », se souvient Tamara avec émotion. « Avec les artistes, nous étions une grande famille. Ça crée des liens forcément ».

Ces liens perdurent, notamment avec Nicolas Lavarenne, dont une œuvre monumentale, Le Guetteur, trône sur la route de Carcès et annonce l'entrée du chemin menant à la galerie. « C'est un peu la carte de visite de la galerie », sourit Cédric Muller, aîné de la fratrie et désormais maître des lieux depuis le décès de ses parents.

La transmission d'un héritage précieux

Face à l'éventualité de vendre la galerie, la réponse familiale est sans équivoque. « Impensable », affirme Tamara. « Nous avons une relation émotionnelle avec ce lieu. Nous avons vu chaque pierre se poser. Nous avons fait partie de cette histoire. Nous aimons cet endroit, simplement. Nous faisons en sorte qu'il continue de vivre. C'est difficile, le contexte est compliqué mais c'est passionnant ».

Cédric et sa compagne Cathy ont donc investi les lieux au début de l'année dernière, quittant la Suisse comme l'avaient fait Béatrice et Marcel quarante ans plus tôt. « Nous avons tout lâché et nous sommes venus nous installer, ici », confie Cédric. Depuis, Tamara, Cédric et Cathy font vivre pleinement l'espace en respectant scrupuleusement l'héritage artistique de leurs parents.

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Renouvellement dans la continuité

« Nous restons dans la lignée, dans la cohérence », insiste Cédric. « Nous ne sommes pas du milieu, non plus, mais nous avons été sensibilisés à l'art, nous avons baigné dedans alors, ça s'est fait naturellement. Monter des expositions, manipuler des œuvres, c'est un bonheur incroyable ».

Le trio accorde une importance particulière à établir des relations authentiques avec les nouveaux artistes, comme avec Philippe Croq. « Il est venu à l'exposition collective que nous avions organisée en juin pour la remise en route de la galerie », raconte Cédric. « Il nous a présenté son travail. Nous nous sommes déplacés à son atelier, on le fait toujours. Là, je me suis dit que ça valait le coup. Il a un parcours de vie pas simple que nous allons retrouver dans ses toiles. C'est ce qu'on appelle un peintre de l'intérieur. Il a besoin de s'exprimer ».

Ses toiles, aux côtés des œuvres emblématiques de Nicolas Lavarenne, sont à découvrir jusqu'au 10 mai, témoignant de la vitalité persistante de cette galerie qui, contre vents et marées, continue d'écrire son histoire au cœur de la Provence.