Le Musée du Quai Branly, à Paris, fait l'objet d'une controverse après l'ouverture d'une nouvelle exposition intitulée « Trésors d'Afrique et d'Océanie ». Les critiques portent sur le fait que l'institution présente des objets issus de ces régions sans mentionner clairement le contexte colonial de leur acquisition.
Une exposition qui suscite le débat
L'exposition, qui a débuté le 3 mai 2026, rassemble plus de 200 pièces provenant de collections privées et publiques. Selon plusieurs historiens et chercheurs, le musée a choisi de mettre l'accent sur l'esthétique des objets, reléguant au second plan les conditions violentes de leur collecte durant la période coloniale. « C'est une vision aseptisée de l'histoire », déplore le professeur d'histoire de l'art à l'Université Paris 1, Jean-Michel Delaporte.
Les objets et leur histoire
Parmi les pièces exposées figurent des masques, des sculptures et des parures provenant de pays comme le Bénin, le Gabon, la Nouvelle-Guinée ou encore les Îles Salomon. Certains de ces objets ont été acquis lors d'expéditions coloniales ou de pillages, mais les cartels explicatifs se contentent souvent de décrire leur fonction rituelle ou leur valeur artistique, sans évoquer les circonstances de leur arrivée en France.
- Masque Fang du Gabon, acquis en 1910 par un administrateur colonial.
- Statue en bois des Îles Salomon, rapportée par un missionnaire au XIXe siècle.
- Parure de cérémonie béninoise, saisie lors d'une expédition punitive en 1897.
Réactions contrastées
La direction du musée se défend en affirmant que l'exposition vise à « célébrer la beauté et la diversité des cultures africaines et océaniennes ». Le conservateur en chef, Marie Dupont, explique que le contexte historique est connu des spécialistes et que l'accent est mis sur la dimension esthétique pour toucher un large public. Cependant, des associations de défense des droits des peuples autochtones ont appelé au boycott de l'exposition, estimant qu'elle participe à une forme de « néocolonialisme culturel ».
Un débat plus large sur les musées
Cette controverse s'inscrit dans un débat plus large sur la restitution des œuvres d'art africaines et océaniennes. Depuis le rapport Savoy-Sarr de 2018, la France a restitué quelques pièces au Bénin et au Sénégal, mais le processus reste lent. Pour de nombreux chercheurs, exposer ces objets sans leur contexte colonial revient à nier les violences de l'histoire. « On ne peut pas séparer l'art de son histoire », souligne l'historienne Fatima Diallo.
L'exposition est prévue jusqu'en septembre 2026. En attendant, le musée a annoncé qu'il allait ajouter des panneaux explicatifs supplémentaires en réponse aux critiques.



