À l'occasion de l'inauguration de La Stella, la nouvelle salle de spectacle de La Trinité, le vendredi 29 mai prochain, l'humoriste Élie Semoun s'est confié avec la franchise qu'on lui connaît sur son métier, la place de l'humour aujourd'hui et son besoin de liberté sur scène.
Un lieu de culture sacré
Pour Élie Semoun, l'inauguration d'un lieu culturel dépasse largement le simple événement mondain. « La culture, en règle générale, rend les gens intelligents », affirme-t-il d'emblée. « Un lieu de culture, c'est sacré ». S'il devait un jour prendre les clés de l'Élysée, une hypothèse qu'il écarte avec humour, il en ferait une priorité. Inaugurer La Stella, la nouvelle salle de spectacles de La Trinité, le vendredi 29 mai, représente une vraie satisfaction pour celui qui défend depuis des années le spectacle vivant.
L'humour comme porte d'entrée au théâtre
Selon lui, les humoristes ont permis de faire entrer au théâtre un public qui n'y serait peut-être jamais venu autrement. « On a amené des milliers de personnes dans les salles grâce à l'envie de rire. C'est une porte d'entrée magnifique », estime-t-il. Questionné sur son rapport à la scène, l'artiste ne cache pas sa préférence pour les structures intimistes. Exit les Zénith impersonnels. « Au-delà de 1 500 places, c'est une boucherie. C'est intéressant financièrement, mais artistiquement, c'est très moyen », tranche-t-il. L'humoriste privilégie les espaces où le regard circule et où l'échange reste possible, notamment les salles en « U », comme l'Européen ou le Café de la Gare à Paris. « C'est là que tout passe », glisse-t-il, convaincu que l'humour repose avant tout sur la proximité et les réactions immédiates du public.
Un spectacle contre la fin du second degré
Avec Cactus, Élie Semoun assume un humour volontairement piquant dans une société qu'il juge de plus en plus crispée. Sur scène, il aborde des sujets sensibles à travers une galerie de personnages : un fils qui emmène son père visiter un Ehpad, Xavier, handicapé moteur, qui présente sa femme à sa mère, ou encore un père confronté à la transition de son fils. Pour lui, le problème ne réside pas dans les thèmes eux-mêmes, mais dans la disparition du second degré. « Aujourd'hui, une phrase peut faire exploser la carrière d'un artiste », déplore-t-il, estimant que les réseaux sociaux ont transformé chaque prise de parole en terrain miné. « Il n'y a plus de nuance », regrette-t-il, évoquant une époque où tout devient immédiatement matière à accusation ou à polémique. Dans ce contexte, Cactus apparaît presque comme un exutoire. « L'art doit être dérangeant. Sinon, ce n'est pas intéressant », revendique l'humoriste, persuadé que la provocation et l'inconfort font partie intégrante de la création artistique.
Des sketchs intenables aujourd'hui
Il reconnaît que certains sketchs de ses débuts ne pourraient sans doute plus exister aujourd'hui. Il pense notamment à certaines Petites Annonces, qui ont pourtant contribué à son succès. Non pas à cause d'une interdiction légale, précise-t-il, mais de la chape de béton qui pourrait s'abattre sur l'audience. « Est-ce que le public aurait encore suffisamment de second degré pour rire de ça ? », s'interroge-t-il.
Une tyrannie des réseaux sociaux
Sur TikTok ou Instagram, Élie Semoun dit s'attendre presque systématiquement à une vague de commentaires agressifs lorsqu'il publie un extrait de spectacle. « On s'exprime rarement pour dire qu'on aime. C'est surtout pour dire que c'est nul », constate encore le comédien, qui plaint les jeunes artistes, contraints d'alimenter les réseaux en permanence pour exister médiatiquement. « Je suis bien content de ne pas débuter maintenant », lâche-t-il. Dans un tout autre registre, on retrouvera l'artiste le 7 octobre sur grand écran, dans Ducobu et le fantôme de Saint-Potache. Un nouveau volet qu'il réalise, écrit et interprète, tourné de nuit dans une maison hantée. « Le cinéma pour enfants impose beaucoup de règles et d'injonctions. C'est d'ailleurs pour ça que mon spectacle est né : j'avais besoin de me lâcher », explique-t-il.
Rendez-vous à La Trinité
D'ici là, l'humoriste donnera rendez-vous au public maralpin le 29 mai à La Stella, à La Trinité, puis le 18 août aux Nuits des Robinsons, à Mandelieu-La-Napoule. Vendredi 29 mai 2026. À 20 h 30. À la Stella. Réservation au 04 93 27 20 27.



