Une guitare électrique unique à partir du bois brûlé de Notre-Dame
Guitare électrique unique avec le bois brûlé de Notre-Dame

Dans son atelier à Dax, le maître luthier Jonathan Berg s'apprête à donner une seconde vie au bois brûlé de Notre-Dame de Paris en fabriquant un instrument unique. Cet objet ambitionne de faire résonner la mémoire autrement. « Ce bois est un morceau d'histoire. Le tenir dans les mains, c'est déjà très fort », confie-t-il.

Un projet hors norme

Depuis plusieurs mois, Jonathan Berg travaille sur le projet d'une vie : façonner une guitare électrique à partir du bois brûlé du beffroi de Notre-Dame de Paris. Une œuvre unique, à la croisée de la mémoire et du geste artisanal. « Transformer un élément structurel en objet sonore et immatériel, il y a là une forme de résilience », explique le luthier.

L'idée de donner une seconde vie à ce bois rescapé des flammes s'est imposée très tôt. Mais encore fallait-il y avoir accès. « Pendant longtemps, le projet est resté une intuition », raconte Pierre Woreczek, associé de Jonathan Berg. Le déclic intervient il y a deux ans, lors d'une prise de contact avec Max Lefret, charpentier des Ateliers Perrault. « L'intention lui a immédiatement plu. Mais il a ensuite fallu présenter un dossier solide, tant les autorisations sont strictes », poursuit-il.

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Un instrument patrimonial

Chargé uniquement de la fabrication, le luthier rappelle que le bois ne lui appartient pas. « Il a une dimension patrimoniale, ce n'est pas un instrument destiné à être vendu », souligne-t-il. Son ambition reste de le faire circuler entre des artistes de renom, à l'image des instruments de la maison Stradivari. « Elle doit vivre entre les mains des musiciens. Une guitare n'existe vraiment que lorsqu'elle est jouée. »

Plus de 1 000 heures de travail sont nécessaires. Depuis plusieurs mois, l'artisan peaufine chaque étape avant de passer à la fabrication. Un jeu d'orfèvre, d'autant plus délicat qu'il n'est pas habitué à travailler le chêne. « Tout a été pensé en amont. C'est un projet hors norme », insiste Jonathan Berg. Le luthier estime à 200 heures la création pure de l'instrument, et à plus de 1 000 heures l'ensemble du travail engagé avec les croquis et autres modélisations 3D.

Le chêne, un matériau exigeant

Peu utilisé en lutherie, le chêne est un matériau exigeant. « Lourd et complexe, il oblige à s'adapter », souligne l'artisan. Si la symbolique est forte, l'essentiel demeure ailleurs : « L'instrument doit avant tout rester musical. » Il devra désépaissir, creuser et alléger la pièce afin qu'elle atteigne un poids d'environ trois kilos.

Entre outils traditionnels et technologies modernes, Jonathan Berg a choisi la sobriété pour cette guitare électrique. « Elle sera discrète, avec des incrustations fines, et portera la trace de l'incendie sans être brûlée. C'est une pièce qui ne se dévoile qu'au regard attentif. » Il utilisera du laiton satiné pour reproduire la rosace sud de Notre-Dame. Il revendique également une influence cinématographique, puisée dans « Indiana Jones et la dernière croisade ».

Un bijou d'émail

En écho au travail d'incrustation, les deux hommes ont choisi de graver à l'arrière de la guitare un vers de Théophile Gautier consacré à Notre-Dame. « Dans ce poème qui n'en finit pas, nous nous sommes arrêtés sur : ''La cathédrale luit comme un bijou d'émail !'' », sourit Pierre Woreczek.

Le duo se réjouit aussi de valoriser un instrument électrique, un choix loin d'être évident pour un objet façonné à partir d'un matériau ancien. « C'est une petite victoire. Cela permet de créer des passerelles entre différents univers du bois et de toucher un public parfois plus traditionaliste », avance Jonathan Berg. Une démarche de transmission, dans la lignée des bâtisseurs d'autrefois. « C'est une manière de dialoguer avec le passé. »

Face à l'ampleur de la tâche, Jonathan Berg évoque « une vraie responsabilité, une pression stimulante ». Dans sa dernière ligne droite, la guitare dépasse l'objet pour se faire message. « La musique devient un vecteur de mémoire. » D'ici quelques semaines, le luthier achèvera son œuvre aux Ateliers Perrault, à Angers, en posant la dernière corde d'un instrument qui a déjà valeur de relique.

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Qui est Jonathan Berg ?

Ce maître luthier s'est installé dans les Landes au sortir de la crise sanitaire avec l'envie de concevoir des guitares électriques esthétiques et écoresponsables, totalement « made in France ». Les guitares de Jonathan Berg ont déjà été saluées par le milieu de la musique. En 2023, ses instruments remportent le prix de l'innovation décerné par les professionnels lors du Paris Guitare Festival. L'année suivante, le public a élu sa guitare Féline plus belle guitare de l'année.