Le Bus Palladium renaît à Paris : un projet architectural complet signé Studio KO
Après trois ans de travaux intensifs, le Bus Palladium, une adresse mythique des nuits parisiennes, a finalement rouvert ses portes. Ce lieu emblématique propose désormais un club aux proportions identiques à celles de sa création en 1965, un restaurant raffiné et un hôtel de 36 chambres, le tout sur une superficie totale de 2 500 m². La renaissance de ce site est l'œuvre du duo parisien Studio KO, composé de Karl Fournier et Olivier Marty, qui a signé à la fois le projet architectural et la décoration intérieure, une approche rare dans le paysage contemporain.
Une double casquette unique
« Les décorateurs nous considèrent comme des architectes et les architectes comme des décorateurs ! Nous, nous ne faisons pas la distinction et idéalement, nous aimons cumuler les deux dans nos projets », confie Karl Fournier. Ce projet marque la première fois à Paris où Studio KO a été sollicité pour assumer ces deux rôles simultanément. Ils ont entièrement démoli le bâtiment existant pour construire un édifice en béton brut, tout en conservant l'enseigne en néon rouge d'origine, symbole de cette légende du quartier de Pigalle.
Un intérieur équilibré et innovant
À l'intérieur, les décors reflètent l'équilibre subtil caractéristique des espaces conçus par Studio KO. Le marbre brèche Quatre Saisons du bar central dialogue avec une moquette sur mesure, tandis que le liège des têtes de lit côtoie des salles de bains aux parois en verre flouté, agrémentées de miroirs de maquillage style Hollywood. De petites natures mortes sont accrochées sur un mur en inox, créant un mélange chaud-froid qui définit l'ambiance.
« Nous aimons jouer sur ce mélange pour créer un équilibre », poursuit Karl Fournier. « Le défi était de rester fidèle à l'esprit des lieux sans tomber dans la nostalgie ou l'évocation littérale de la musique. Nous avons aussi travaillé à créer un lien entre les différents espaces, en veillant particulièrement à la dimension acoustique. »
Une expérience immersive pour les clients
Pour enrichir l'expérience, chaque chambre de l'hôtel est équipée d'un dispositif exclusif et d'enceintes OJAS, permettant d'écouter la playlist de Caroline de Maigret, nommée « curatrice » du lieu, ainsi que la captation live du club au sous-sol. Les clients peuvent accéder directement au club via un escalier privé, renforçant l'interconnexion entre les espaces.
« Beaucoup auraient abordé le Bus Palladium par le côté hôtel cinq étoiles, mais Studio KO a immédiatement pensé énergie, rythme et atmosphère, comprenant que le club était au cœur du projet », estime Nicolas Saltiel, copropriétaire du Bus Palladium. « Ils ont cette intelligence rare de savoir garder la mémoire d'un bâtiment sans la figer. Leur approche presque narrative de l'architecture, envisageant les espaces comme une succession de séquences, est particulièrement touchante. »
L'évolution de Studio KO : de Marrakech à Paris
Karl Fournier et Olivier Marty, un couple à la ville, partagent cette approche singulière depuis leur rencontre à la fin des années 1990 aux Beaux-Arts de Paris. Leur carrière a pris un tournant décisif avec deux projets clés : en 2014, la décoration du Chiltern Firehouse à Londres pour l'hôtelier André Balazs, qui leur a offert une visibilité internationale, et en 2017, la réalisation du musée Yves-Saint-Laurent à Marrakech, confiée par Pierre Bergé. Ce bâtiment minimaliste en béton et briques de terre cuite leur a valu une reconnaissance en tant qu'architectes.
Aujourd'hui, le bureau parisien de Studio KO compte 60 personnes, avec une antenne à Marrakech de plus d'une vingtaine de collaborateurs. Leurs projets les mènent de Séoul à Londres, en passant par le Vietnam. Parmi les réalisations de ce printemps, on compte le resort Na Praia à Comporta, au Portugal, et le Centre for Contemporary Arts à Tachkent, en Ouzbékistan.
Une philosophie de travail centrée sur le contexte
« Certaines agences travaillent avec un style signature immédiatement identifiable. Ce n'est pas notre cas », affirme Karl Fournier. « Le Bus Palladium, par exemple, ne ressemble à aucun de nos autres projets. Notre fil rouge, c'est notre façon de travailler : écouter les clients, prendre en compte le contexte et évoluer avec notre goût. Nous préférons écrire une histoire avec eux plutôt que de recevoir une carte blanche. »
Cette philosophie se manifeste dans leur capacité à concevoir des projets à grande échelle, comme le complexe Na Praia de 360 hectares au Portugal, tout en s'attachant aux détails, comme la création de cuillères de service en laiton pour leur galerie d'art digitale, L'Œil de KO. « Historiquement, les architectes concevaient tout, du bâtiment aux appliques. Nous aimons nous inscrire dans cette pratique à l'ancienne, portée par une architecture sincère », conclut Karl Fournier, soulignant le talent indéniable qui anime leur agence.



