Le Printemps à Bordeaux : histoire d'un immeuble devenu hôtel haut de gamme
Printemps Bordeaux : d'un grand magasin à un hôtel

Le 20 mai 1989, le grand magasin Le Printemps fermait définitivement ses portes à Bordeaux. Cet immeuble emblématique de la ville, situé place Gambetta, a connu une histoire riche avant d'entamer sa mue en hôtel haut de gamme attendu pour la fin de l'année 2026. De la Maison dorée à la Belle Jardinière, du Printemps aux Nouvelles Galeries, entre la fin des années 1980 et le début des années 1990, le centre-ville de Bordeaux a vu disparaître la plupart de ses grands magasins. Inventés au XIXe siècle à Paris, ces « magasins de nouveautés » s'étaient installés dans les années 1850 autour de la Grosse Cloche, cours Victor-Hugo, avec À la Dame blanche, ou encore à Saint-Éloi avec Les Quatre Frères et Au Magot.

Le Magasin vert

Pour le Printemps, l'aventure commence en 1854, quand un certain Paul Chaumette installe une petite boutique de mercerie et de passementerie au 15, place Dauphine (actuelle place Gambetta), à l'angle de la rue Bouffard. L'enseigne prend le nom de Magasin vert en raison de la peinture de sa devanture. Elle présente soiries et doublures dès 1859. En 1871, un rayon « dentelles et ganterie » ouvre au 3, rue Bouffard.

Le début du Printemps

C'est avec l'installation des « fournitures des modes » que le commerce Chaumette se métamorphose en 1882 en grand magasin, implanté dans un immeuble du XVIIIe siècle. Une marquise de verre et des lampes encadrent sa devanture, et l'angle Bouffard-Gambetta est couronné d'un campanile de style chinois orné d'une horloge sur le toit. Maurice Chaumette, l'héritier, constitue alors une société au nom de Familia. En 1934, Familia passe sous le contrôle du fameux Printemps de Paris. Les différentes rénovations et modernisations entreprises n'y feront rien : le magasin devient puis reste déficitaire.

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Le grand incendie de 1989

« Fin de saison pour le Printemps », titre « Sud Ouest » le 29 mars 1989, annonçant la fermeture prochaine du magasin place Gambetta. Les robes printanières et les corsages envahissent encore les rayons, mais le cœur n'y est plus : le 14 avril 1989, la belle aventure se termine et le 20 mai suivant, le magasin ferme définitivement ses portes. Le groupe Virgin se porte acquéreur mais le 13 juillet de la même année, au petit matin, un incendie spectaculaire ravage en deux heures l'immeuble classé, en pleins travaux pour sa réouverture. « À 6 h 30, le bâtiment de cinq étages, d'une superficie de 5 000 mètres carrés, n'est plus qu'un gigantesque brasier quand les premiers secours arrivent sur les lieux », écrit « Sud Ouest » le 14 juillet 1989. Toutes les traces du Printemps et du Magasin vert ont disparu. Découverts par les pompiers à l'intérieur du bâtiment, des bidons suspects sont saisis et analysés par la police. Cet incendie, le plus important à Bordeaux depuis de nombreuses années, retardera considérablement les travaux entrepris pour installer le futur Virgin Megastore, spécialisé dans la vente de livres et de disques.

Les années Virgin

Ouvert en 1990 dans la foulée des magasins de Paris et de Marseille, avec le soutien actif de l'ancien maire Jacques Chaban-Delmas, qui craignait une dent creuse en plein centre-ville, le Virgin bordelais connaît au tout début un très grand succès, avant de s'éteindre à petit feu et de fermer en 2013, après le dépôt de bilan de Virgin France. Entre-temps, le magasin aura connu la polémique de l'ouverture du dimanche, véritable épopée judiciaire et politique qui suscitera de gros débats au conseil municipal, avant de se banaliser en 1995. Autres souvenirs présents dans la mémoire collective bordelaise : le Virgin Café, au sommet de l'immeuble, ayant accueilli les concerts de Kent, Geoffrey Oryema, Arthur H, Khaled…

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Et maintenant ?

Après la signature en juillet 2015 par le promoteur Michel Ohayon (groupe Financière immobilière Bordelaise) – déjà propriétaire, entre autres, du Grand Hôtel place de la Comédie – d'une promesse de vente avec le groupe Generali Real Estate, propriétaire des murs de l'ex-Virgin Megastore et spécialiste en investissements immobiliers, l'immeuble de la place Gambetta attendait de savoir ce que lui réservait l'avenir. Après le refus d'un premier permis de construire en septembre 2024 pour transformer les lieux en hôtel-restaurant haut de gamme, un nouveau permis a été officiellement signé le 30 décembre 2024, permettant la mise en route des travaux de transformation du site. Le projet prévoit au rez-de-chaussée de l'angle de la rue Bouffard non pas une mais deux surfaces commerciales de respectivement 240 et 260 m². Le bâtiment de l'ancien Virgin Megastore de la place Gambetta accueillera, à l'horizon du printemps 2027, un hôtel « lifestyle » d'une centaine de chambres, avec son restaurant, assorti de boutiques.