Le photographe girondin Sébastien Sindeu sort un livre intitulé « Mériadeck, mot de passe pour le bout du monde ». Parallèlement, la bibliothèque du même nom accueillera à partir du 15 juin une exposition qu’il a réalisée avec des élèves du lycée Toulouse-Lautrec.
Une carte postale mystérieuse
Sébastien Sindeu aime les énigmes. Cela faisait longtemps qu’il voulait entreprendre un travail photographique sur Mériadeck. Au cours de ses recherches, il est tombé sur une carte postale du quartier. « Brasilia », est-il écrit au verso. Elle avait été postée par une certaine Paulette, demeurant au Taillan-Médoc, en réponse à un jeu radiophonique. Il s’agissait d’une émission de France Inter intitulée « Mot de passe pour le bout du monde ». À l’époque, on répondait par écrit. La dame a-t-elle décroché le gros lot ? Quelle était d’ailleurs la question ? Mystère. Mais la coïncidence est troublante. C’est en 1955 que le président du Brésil a eu l’idée de construire dans le centre du pays une capitale ex nihilo. Cette même année, Jacques Chaban-Delmas jetait les bases du Mériadeck moderne.
Labyrinthe architectural
La carte postale en question sera visible du 15 juin au 15 juillet à la bibliothèque Mériadeck dans le cadre d’une exposition. Sébastien Sindeu y présentera une cinquantaine de photographies réalisées par des élèves du lycée Toulouse-Lautrec, situé à deux pas de là. Sous sa supervision, les terminales ont planché sur la dimension architecturale de ce lieu unique en France. Le photographe girondin a proposé un autre angle aux secondes, « la notion de labyrinthe ». Quand on ne connaît pas, il est vrai qu’on peut s’y perdre. Accéder à la dalle piétonne n’est pas toujours évident. Redescendre au niveau de la rue après avoir franchi une ou deux passerelles tient aussi parfois du jeu de piste.
Un livre et des entretiens
Lui-même en a fait parallèlement un livre, « avec une bonne quarantaine d’images », édité par Studio Kochab, association qu’il a créée en 2021 pour faire découvrir d’autres artistes. Le titre était tout trouvé : « Mériadeck, mot de passe pour le bout du monde ». Le bout du monde, à ses yeux, c’est par exemple l’Amérique. « Peu de gens le savent, mais l’architecte de la Caisse d’Épargne de Mériadeck s’est inspiré de Frank Lloyd Wright, dont l’un des bâtiments les plus célèbres est le musée Guggenheim de New York. »
Son ouvrage contient également deux grands entretiens. Il donne la parole à Marie-Françoise Michelet, fondatrice de l’association Sauvegarder Mériadeck. Passionnée par son quartier, c’est une véritable encyclopédie vivante. La seconde interview est inattendue. Son interlocutrice, Natacha Vas-Deyres, est la présidente du festival Hypermondes, qui se déroulera cette année les 26 et 27 septembre à Mérignac. Son thème de prédilection est la science-fiction. Le 18 juin, à l’occasion d’un débat à la bibliothèque, elle évoquera Mériadeck à travers ce prisme original.
Une faille spatiotemporelle
À l’origine, Mériadeck avait été pensé comme un projet futuriste. « C’était les années pompidoliennes, rappelle Sébastien Sindeu. C’était le faste des années 1970, les Trente Glorieuses. Il fallait donner à Bordeaux, qui a connu une transformation urbaine au XVIIIe siècle, un visage du futur. Mais ce futur-là n’est jamais advenu. » Aujourd’hui, il va même jusqu’à parler de « faille spatiotemporelle » au sujet de ces 28 hectares, expression que ne renieraient pas les inconditionnels de la trilogie « Retour vers le futur » et autres films d’anticipation.
Un quartier aimé
« J’ai quand même l’impression qu’il y a plus d’amoureux de Mériadeck que de détracteurs », constate le photographe. « Les jeunes adorent Mériadeck, a-t-il observé. Il y a une nouvelle génération qui est en train de s’y installer. Ce qui m’a poussé à travailler sur ce quartier, c’est la fascination qu’il exerce auprès des Bordelais. On aime ou on déteste Mériadeck. Mais j’ai quand même l’impression qu’il y a plus d’amoureux de Mériadeck que de détracteurs. »
C’est le point commun avec son précédent recueil, « L’Inconnu de la route de Toulouse ». Cette rue qui traverse quatre communes, Bordeaux, Villenave-d’Ornon, Talence et Bègles, est certes une artère abondamment empruntée par les automobiles, mais pas seulement. Il y a des gens qui y vivent. De même que Mériadeck ne peut se résumer à sa galaxie d’administrations et à son centre commercial. « Pour ses habitants, c’est un espace protégé, un refuge extraordinaire pour s’abriter des bruits de la ville, de son agitation, de sa frénésie », rapporte-t-il. Effectivement, depuis l’esplanade Charles-de-Gaulle, on n’entend plus la circulation environnante.
Un film documentaire
Dans son livre, qui se double d’un film documentaire rassemblant ses clichés sur fond de voix off, il s’est attaché à l’aspect humain, photographiant des résidents, des passants ou, comme il les appelle, « des acteurs de la dalle ». Parmi ces derniers, on trouve des danseuses de K-pop, un circassien répétant avec son diabolo et « des fumeurs en bas des bureaux ». Il y a aussi cette femme, Fanny, qui écrit à la craie sur l’asphalte des textes poétiques. Vraiment, ce quartier inspire. « Mériadeck est peut-être une réussite à venir », a fini par se dire Sébastien Sindeu. Il n’est jamais trop tard pour honorer son rendez-vous avec le futur.



