Le pape Léon XIV alerte sur les périls de l'intelligence artificielle et l'exploitation des ressources africaines
Lors d'un discours prononcé à l'Université catholique d'Afrique centrale à Yaoundé, capitale du Cameroun, le pape Léon XIV a exprimé vendredi 17 avril ses profondes inquiétudes concernant le développement de l'intelligence artificielle et ses conséquences sociétales et environnementales. Le souverain pontife a dénoncé avec fermeté les risques de polarisation, de conflits et de violence engendrés par ces technologies, tout en pointant du doigt les dégâts écologiques liés à l'extraction des terres rares nécessaires à leur fonctionnement.
Une mise en garde contre la substitution de la réalité par sa simulation
« Le défi que posent ces systèmes est plus profond qu'il n'y paraît », a déclaré le pape devant un auditoire d'étudiants venus de six pays d'Afrique centrale. « Il ne concerne pas seulement l'utilisation de nouvelles technologies, mais le remplacement progressif de la réalité par sa simulation. » Le pontife a développé sa pensée en expliquant que lorsque la simulation devient la norme, les individus finissent par vivre « comme dans des bulles imperméables les unes aux autres », se sentant menacés par toute forme de différence.
Cette situation, selon lui, favorise directement la propagation de la polarisation, des conflits, des peurs et de la violence. Le pape a insisté sur le fait qu'il ne s'agit pas simplement d'un risque d'erreur technique, mais bien d'une transformation fondamentale du rapport à la vérité. Il a exhorté les jeunes générations à privilégier « l'altérité des personnes en chair et en os » plutôt que les réponses fonctionnelles des chatbots dont l'usage s'est massivement développé.
Les ravages environnementaux de la course aux terres rares
Dans le contexte plus large de la révolution numérique, le pape Léon XIV a également dénoncé « la face cachée des ravages environnementaux et sociaux » causés par l'extraction intensive des matières premières et des terres rares. Il a particulièrement souligné le cas du cobalt, dont l'Afrique supporte l'essentiel du coût environnemental, social et humain, alors que cette ressource est cruciale pour le développement des technologies d'intelligence artificielle.
La République démocratique du Congo (RDC) possède l'une des terres les plus riches de la planète en ressources stratégiques, avec d'importantes réserves de cuivre, cobalt, coltan et lithium. En 2024, selon les données de l'Institut américain d'études géologiques (USGS), le pays a fourni à lui seul 76 % de la production mondiale de cobalt, illustrant la dépendance globale vis-à-vis de cette région.
Un système miné par la corruption et la domination étrangère
Le pape a pointé du doigt les dysfonctionnements systémiques qui entourent cette exploitation minière. « L'Afrique a besoin d'être libérée du fléau de la corruption », a-t-il déclaré, faisant référence à un secteur largement dominé par des puissances étrangères, notamment la Chine, dans un contexte où les bénéfices profitent peu aux populations locales malgré l'immense richesse stratégique extraite de leurs terres.
Cette prise de position intervient dans un contexte international tendu, alors que les critiques se multiplient contre l'utilisation d'images générées par intelligence artificielle à des fins politiques. Le pape Léon XIV, qui s'est exprimé en français lors de ce discours, avait déjà mis en garde à plusieurs reprises contre les risques liés à l'IA depuis son élection en mai 2025. Son intervention au Cameroun marque ainsi une nouvelle étape dans son engagement pour alerter sur les dérives potentielles des technologies émergentes et leurs conséquences sur les équilibres sociaux et environnementaux.



