Alexis Wagram, le faux influenceur politique créé par IA qui piège les médias
Alexis Wagram, le faux influenceur politique créé par IA

Un faux influenceur politique, entièrement généré par intelligence artificielle, a réussi à piéger plusieurs médias français en 2025. Le compte X « Alexis Wagram », qui se présente comme un soutien de Nicolas Dupont-Aignan pour l'élection présidentielle de 2027, a vu l'une de ses publications reprise par des rédactions nationales, avant d'être démentie.

Un profil fictif à la présentation soignée

Sur les réseaux, Alexis Wagram affiche une image impeccable : costume-cravate repassé, coupe de cheveux soignée et barbe bien taillée. Pourtant, les photos de ce personnage sont générées par intelligence artificielle. La coche bleue à côté de son pseudo sur X, qui depuis 2025 indique seulement un abonnement Premium, n'atteste en rien de la vérification de son identité.

Le 28 septembre, il publie une vidéo générée par IA où il se fait prétendument arrêter par la police. Celle-ci cumule plus de 40 000 vues. Les indications de rues sont fausses, tout comme les inscriptions sur le véhicule de police. La légende du post affirme : « Ils n'ont plus aucune limite pour nous faire taire, mais nous vaincrons. »

Un canular qui trompe la presse

Le compte a tout l'air d'un troll parodique, mais en 2025, des médias se font avoir. Le 15 octobre 2025, alors que des députés PS annoncent vouloir censurer le gouvernement, Alexis Wagram se présente comme un député socialiste de la 13e circonscription du Loir-et-Cher. Il annonce sur X voter « finalement la censure du gouvernement » face à « ce budget qui est une honte ». Or, le Loir-et-Cher ne compte que trois circonscriptions, et Alexis Wagram ne figure sur aucune liste de députés.

Ce tweet est relayé par plusieurs médias, comme le confirme Libération. La dépêche a depuis été supprimée, mais elle reste disponible sur le site du Dauphiné. Contacté par 20 Minutes, l'intéressé explique vouloir « dénoncer le système politique et parfois médiatique comme […] en 2025 lorsque j'ai pu mettre en lumière l'incompétence de certains grands médias tels que BFM, ou France Info ».

Un compte prolifique et des fausses annonces

Le profil X continue d'être alimenté et compte actuellement plus de 19 000 posts. Alexis Wagram possède aussi un compte LinkedIn, où il se présente comme administrateur de « Wagram Corporation » depuis mars 2011. Les publications font référence au compte « La France éternelle » (@LFE_Off), qu'il présente comme son parti politique. Il annonce : « Je nommerai Jean Montée Premier ministre de la France, appuyé par une majorité présidentielle cohérente et unie par l'intérêt national que nous ferons naître. » (12 juin 2026). Jean Montée est une autre personnalité générée par IA.

Parmi les autres fake news relayées : « Alerte enlèvement : François Asselineau porté disparu » (23 juin 2026). Fin juin, il partage des images générées par IA de faux tractages à son effigie. Il affirme aussi : « J'ai été exilé de force en Amérique du Sud suite aux événements qui m'ont fait une réputation » (11 juin 2026). En septembre 2026, il publie une photo générée par IA laissant croire à une émission de BFMTV avec un faux bandeau : « Élections 2027 : premier meeting d'Alexis Wagram ». Puis, dans un post : « Nous avons atteint, ensemble, jusqu'à 5 % d'intentions de vote dans certains sondages en ligne et plusieurs milliers de votes cumulés au fil des semaines. »

Un anonymat légal mais trompeur

Le pseudo « Wagram » n'est pas le vrai patronyme de la ou des personnes derrière le compte. Auprès de 20 Minutes, l'intéressé confie : « Je suis un influenceur politique patriote agissant sous le pseudonyme Alexis Wagram. » Peut-être une référence à la bataille de Wagram (1809), victoire de Napoléon Ier sur l'Empire autrichien. Cette pseudonymisation est légale : l'article 6 de la loi du 21 juin 2004 pour la confiance dans l'économie numérique garantit un droit à l'anonymat pour les non-professionnels éditant du contenu sur Internet.

« On peut même dire que je fais de la vulgarisation politique et que j'essaye de diffuser mes idées au plus grand nombre », ajoute-t-il auprès de 20 Minutes. Ce compte troll expérimenté, qui peut faire sourire les initiés au fact-checking, participe à envahir Internet de contenus trompeurs, brouillant la frontière entre information et désinformation.