Artemis II : le quatuor historique qui ouvre une nouvelle ère de la conquête lunaire
Ils ne fouleront pas le sol lunaire lors de cette mission, mais ils traceront la voie pour ceux qui suivront. Le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover, et les spécialistes de mission Christina Koch et Jeremy Hansen portent sur leurs épaules le succès du grand retour de l'humanité vers notre satellite naturel. S'ils s'apprêtent à inscrire leurs noms dans les livres d'histoire aux côtés de légendes comme Neil Armstrong ou Jim Lovell, le profil de ce quatuor représente une rupture fondamentale avec un demi-siècle de monopole masculin, blanc et américain sur la conquête spatiale.
Reid Wiseman : le commandant chevronné et prudent
Pour diriger cette odyssée historique, la NASA a choisi un profil rassurant et expérimenté. Originaire de Baltimore, ce capitaine de la Marine américaine a fait ses armes comme pilote de chasse sur F-14 avant de devenir pilote d'essais sur F-35 et F-18. Sélectionné par l'agence spatiale en 2009, cet ancien chef du prestigieux Bureau des astronautes (2020-2022) cumulait déjà 165 jours à bord de la Station spatiale internationale avant de se voir confier les rênes d'Artemis II.
En tant que commandant, il portera la responsabilité ultime de l'équipage lors de ce périple inédit. Un rôle qu'il aborde avec une humilité remarquable : « Chaque navire a besoin d'un capitaine, mais je ne prends pas mes décisions en vase clos. Je connais leurs expressions faciales, et ils connaissent les miennes. » Face à la pression immense de cette mission d'essai historique, le vétéran impose une règle d'or à son équipage : « Pas de précipitation aux commandes. »
« Il ne faut rien faire trop vite dans ce vaisseau. Il faut prendre son temps et tout analyser. Il est presque toujours plus payant de progresser sûrement plutôt que de devoir faire machine arrière », confie le commandant, pleinement conscient des enjeux et du fait que ce vaisseau Orion n'a encore jamais été éprouvé par des mains humaines.
Victor Glover : le pilote qui incarne l'histoire humaine
À la droite du commandant dans le vaisseau prendra place Victor Glover. Avec plus de 3 000 heures de vol à son actif en tant que pilote d'essai de l'US Navy, il deviendra le premier Afro-Américain à s'aventurer vers la Lune. Fort de 168 jours passés à bord de l'ISS lors de la mission SpaceX Crew-1, il jouera un rôle technique absolument crucial dans le cockpit.
Lors d'une vertigineuse manœuvre manuelle exécutée à l'œil nu, le commandant lui cédera exceptionnellement son siège. Victor Glover s'y installera alors pour prendre les commandes et s'approcher à seulement dix mètres de l'étage supérieur de la fusée SLS. Un exercice d'une précision millimétrique, réalisé sans télémètre laser, pour lequel Reid Wiseman gérera les procédures à ses côtés pendant que le reste de l'équipage jouera les vigies.
Lucide sur le symbole qu'il incarne pour les jeunes générations, le pilote milite pour l'universalité de sa mission : « J'espère que nous allons vers une époque où nous n'aurons plus à parler de ces “premières”. C'est l'histoire de l'humanité, pas l'histoire des Noirs ou celle des femmes, mais l'histoire humaine. »
Christina Koch : l'ingénieure aux yeux de géologue
Derrière les deux pilotes, Christina Koch sera la véritable cheffe d'orchestre des procédures. Ingénieure électricienne de formation, elle est déjà entrée dans la légende spatiale en participant à la première sortie extravéhiculaire 100 % féminine et en détenant le record absolu du plus long vol continu dans l'espace pour une femme (328 jours).
Dans le cockpit d'Artemis II, c'est elle qui sera garante du chronométrage et de la vue d'ensemble, prête à dégainer les procédures d'urgence à la moindre anomalie. Grâce à un entraînement intensif, notamment en Islande, pour apprendre à identifier des structures lunaires depuis le hublot, elle profitera du passage au plus près de l'astre pour mener une intense campagne d'observations géologiques.
Elle documentera et photographiera des cratères et des zones jamais vues par l'homme sur la face cachée, des données cruciales pour préparer les futurs alunissages au pôle Sud. Loin d'un simple galop d'essai, Artemis II est une mission fondamentale pour l'astronaute, qui en résume l'enjeu scientifique avec passion : « La Lune est le témoin intact de la formation de notre système solaire tout entier. C'est un tremplin vers Mars, où nous avons le plus de chances de trouver des preuves de vie passée. Mais c'est aussi une pierre de Rosette pour comprendre comment se forment les milliards d'autres systèmes solaires de notre galaxie. »
Jeremy Hansen : le « troisième œil » canadien du cockpit
Enfin, l'équipage compte un passager historique qui ne porte pas le drapeau étoilé. Jeremy Hansen, colonel et pilote de chasse de l'Aviation royale canadienne, deviendra le tout premier « non-Américain » à voyager vers la Lune. Installé au second rang, sur le flanc droit de la capsule, il sera la vigie de l'équipage, chargé de surveiller visuellement les mouvements de la fusée lors des manœuvres de séparation.
Sélectionné en 2009, ce vétéran du sol a attendu plus de quinze ans son premier vol, formant entre-temps des générations d'astronautes à la NASA. Fièrement attaché à la dimension internationale de la mission, il portera sur son épaule un écusson spatial dessiné par un artiste autochtone Anishinaabe.
Un symbole de réconciliation lourd de sens pour l'astronaute : « Il représente la beauté de la culture autochtone et de leurs sept lois sacrées, mais aussi la richesse d'accomplir quelque chose ensemble ». C'est dans ce même esprit de rassemblement qu'il aborde ce vol : « Ce ne sont pas seulement trois Américains et un Canadien. Ce sont littéralement les gens du monde entier. »
Rise et ses cinq millions de passagers virtuels
S'ils partent à quatre, ils ne seront pourtant pas tout à fait seuls dans la capsule. Au milieu du cockpit flottera « Rise », la mascotte de la mission qui servira d'indicateur de microgravité. Cette petite peluche, dont le design s'inspire de la célèbre photographie « Lever de Terre » (Earthrise) prise lors de la mission Apollo 8, a été dessinée par Lucas Ye, un écolier californien, et sélectionnée parmi plus de 2 600 propositions internationales.
À l'intérieur de celle-ci, l'équipage a glissé une simple carte mémoire contenant les noms de plus de 5 millions d'anonymes du monde entier, rappelant que derrière ce quatuor d'astronautes, c'est l'humanité tout entière qui, cette fois, retourne vers l'astre sélène pour y rester durablement. Cette mission Artemis II représente bien plus qu'un simple vol test : c'est le prélude à une nouvelle ère d'exploration spatiale inclusive et internationale.



