Drones de combat IA : premiers vols expérimentaux en 2028
Drones de combat IA : vols expérimentaux en 2028

Le ministère des Armées a présenté jeudi le projet HypAIRion, dont l'objectif est de faire voler à l'horizon 2028, de manière expérimentale, les premiers exemplaires de drones de combat collaboratifs pilotés par une intelligence artificielle (IA). Ces appareils, conçus pour interagir avec la prochaine version F5 du Rafale, devront percer les lignes ennemies et ouvrir la voie à l'aviation de chasse.

Un programme ambitieux porté par l'armée de l'Air et de l'Espace

Lancé en juillet dernier, le programme HypAIRion est porté par l'armée de l'Air et de l'Espace (AAE), l'Agence ministérielle pour l'intelligence artificielle de défense (Amiad) et la Direction générale de l'armement (DGA). « Il vise à englober toutes les initiatives d'IA au sein de l'armée de l'Air pour moderniser l'aviation de chasse, et sa partie la plus visible sera le vol de drones de combat collaboratifs avec des avions en 2028 », explique le colonel Cédric, chef du bureau du développement capacitaire à l'État-Major de l'AAE.

Ces drones de combat apporteront tout d'abord de la masse, nécessaire dans les combats de haute intensité, comme on le voit en Ukraine où des milliers de drones et de missiles s'échangent tous les mois. « Même si nous avons la certitude que le Rafale restera le cœur du combat aérien, il va falloir le doter d'effecteurs complémentaires », explique le colonel Cédric. « On peut se représenter ces drones collaboratifs comme des avions de chasse simplifiés, sans pilote, et surtout moins chers ». Ils permettront « de voir plus loin, de forcer l'ennemi à se dévoiler, de porter des armements, ce qui va augmenter la survivabilité de la plateforme pilotée ».

L'IA pour assister les équipages et identifier les cibles

« Aujourd'hui, l'équipage doit piloter l'aéronef, gérer ses capteurs, se constituer une idée de la situation, en déduire l'option tactique privilégiée, organiser le travail au sein de sa patrouille… Tout ceci mobilise une charge cognitive phénoménale », souligne l'Ingénieur général de l'armement Sébastien, directeur du programme Rafale à la DGA. C'est pourquoi le pilotage de cette nouvelle plateforme sera confié à une IA souveraine.

D'une manière générale, l'IA assistera demain l'équipage « dans toutes ses tâches pour lui procurer plus de réactivité et d'efficacité », ajoute le directeur du programme Rafale à la DGA. Et son arrivée dans les cockpits est imminente. Parallèlement au programme HypAIRion, Dassault a en effet annoncé le 22 septembre avoir « testé en vol sur Rafale deux nouveaux algorithmes souverains d'Intelligence Artificielle ». « Le premier a été développé par les ingénieurs de l'entreprise, le second en collaboration avec Thales/cortAIx », a indiqué l'industriel dans un communiqué.

Par ailleurs, une IA est « dès à présent déployée dans le pod de désignation Talios [qui sert sur Rafale à la détection et la reconnaissance d'objectifs au sol], et sera livrée aux forces dès 2027 », ajoute le directeur du programme Rafale. Cette première brique d'IA permettra « d'analyser les images d'une zone d'intérêt afin de détecter d'éventuelles cibles, de suivre et catégoriser les véhicules représentant une menace… ». Une évolution qui doit permettre à l'équipage « d'identifier plus rapidement ses cibles ».

Faire évoluer les équipements au rythme de la menace

L'autre enjeu du programme HypAIRion est de « faire évoluer nos équipements au rythme de la menace », poursuit le colonel Cédric. « Nous estimons que nous finirons les futurs conflits avec des équipements différents de ceux avec lesquels nous avons commencé. Prenons l'exemple du drone russe Geran : nous en sommes déjà à la cinquième version, il évolue donc constamment. Nous aussi nous nous adaptons au sein de l'armée de l'Air, comme nous l'avons démontré en déployant très vite la roquette guidée laser sur Rafale pour faire de la chasse aux drones, et que l'on a déployée au Proche et Moyen-Orient. Mais nous voulons accélérer encore ce cycle ».

Pour cela, insiste le colonel Cédric, « il faudra doter nos plateformes d'architectures ouvertes et modulaires ». Les avions « deviendront ainsi de véritables ordinateurs volants » dans lesquels on pourra ajouter des briques, améliorer les logiciels… C'est ainsi que l'armée de l'Air est en train de transformer « deux Mirage 2000 à Mont-de-Marsan » en leur rajoutant un nouvel ordinateur, pour en faire de véritables « bancs d'essai IA afin d'expérimenter des cas d'usage précis, dès la fin de l'année ».

L'humain reste central dans les plateformes de combat

La plupart de ces évolutions sont attendues au sein du futur Rafale F5 ou « super Rafale », comme l'appelle le PDG de Dassault Éric Trappier. Pour cette nouvelle version de l'avion de chasse qui doit voler à partir de 2033, « les capteurs et effecteurs seront remis à neuf et tous les nouveaux matériels - radar, système d'autoprotection, pod de désignation laser… - intègrent d'ores et déjà des capacités de calcul renforcées pour accueillir l'IA », explique l'Ingénieur général de l'armement Sébastien.

Mais le programme HypAIRion voit déjà plus loin et veut anticiper ce que sera l'avion de chasse du futur, à horizon 2040. Le pilote y aura-t-il d'ailleurs encore une place ? « On n'envisage pas de faire voler uniquement des plateformes de combat sans humain », assure le colonel Cédric, qui avance « des raisons éthiques - puisque la décision d'engager un armement restera une décision humaine, et opérationnelles ». « Il n'est pas à l'ordre du jour de remplacer les humains dans les plateformes, qu'elles soient aériennes, navales ou terrestres », confirme de son côté le colonel Thibault, sous-directeur « emploi de l'intelligence artificielle » à l'Amiad. « Nous sommes face à un défi technologique colossal, mais l'humain doit rester à une place centrale. »