Le milieu de la voile secoué par le procès du skipper Kevin Escoffier
Des messages militants ont fleuri ces derniers jours à l'entrée de la Maison des skippers, sur l'ancienne base de sous-marins de Lorient dans le Morbihan. « Les voileux, on attend votre soutien » et « une déferlante de justice pour la voile » interpellent directement Kevin Escoffier, qui comparaît ce lundi devant le tribunal correctionnel de la ville aux six ports. Le navigateur breton de 45 ans est accusé d'agressions sexuelles sur quatre femmes, une affaire qui ébranle le monde de la course au large.
Une affaire révélée par un retrait surprise en pleine course
L'affaire a éclaté en juin 2023 lorsque Kevin Escoffier, alors skipper de l'Imoca Holcim-PRB, a annoncé son retrait surprise de The Ocean Race. Il occupait pourtant la deuxième place au classement avec son équipage. Le navigateur avait évoqué « un incident présumé » tandis que la Fédération française de voile émettait un signalement pour « comportement inapproprié » envers une femme.
Des témoignages accablants lors du procès en diffamation
Lors d'un procès en diffamation intenté par le marin contre Le Canard Enchaîné en mars 2025, une attachée de presse de l'équipage a livré un témoignage détaillé. Elle a porté plainte pour agression sexuelle après une soirée dans un pub à Newport aux États-Unis le 15 mai 2023. « Il commence à me palper une fesse, puis l'autre, et sa main commence à remonter sous mon tee-shirt », a-t-elle raconté à la barre du tribunal correctionnel de Paris. Elle affirme que le navigateur lui aurait « pressé les seins avec ses mains » alors qu'elle s'apprêtait à lui faire une accolade.
Le journal satirique, qui a finalement été relaxé, affirmait dans un article d'octobre 2023 que Kevin Escoffier avait « reconnu les faits ». Le skipper a été suspendu par la fédération de toute compétition pour 18 mois et s'est vu retirer sa licence pendant cinq ans. Mais coup de théâtre en mars 2024 : la fédération a annulé ces mesures en raison « d'un vice de procédure ».
D'autres témoignages viennent alourdir le dossier
Entre-temps, plusieurs autres témoignages sont venus alourdir le dossier du skipper, célèbre pour avoir été secouru en mer par Jean Le Cam lors du Vendée Globe 2020. Entendues par le parquet de Lorient, plusieurs femmes ont relaté des attouchements non consentis ou des agressions. Trois d'entre elles ont finalement porté plainte, portant à quatre le nombre d'accusatrices.
Le skipper conteste toutes les accusations
Ce lundi après-midi, Kevin Escoffier fera donc face à ses quatre accusatrices. Son avocate, Maître Virginie Le Roy, n'a pas donné suite aux sollicitations des médias. En février 2025, alors que le skipper était entendu sous le régime de la garde à vue, elle avait indiqué à Ouest-France que son client contestait « toutes les accusations contre lui ».
Un rassemblement pour soutenir les victimes
En soutien aux victimes, le collectif Nous Toutes 56 appelle à un rassemblement devant le tribunal de Lorient. L'objectif est de « dénoncer et briser le silence sur les violences qui règnent sur le milieu de la course au large et plus largement sur le monde de la voile ». Ce mouvement s'inscrit dans une prise de conscience plus large des violences sexuelles dans le sport nautique.
Le procès de Kevin Escoffier représente ainsi un moment charnière pour le milieu de la voile française, confronté à des révélations qui remettent en question ses pratiques et sa culture interne. L'issue de cette audience sera suivie avec attention par l'ensemble de la communauté maritime et au-delà.



