Diplômé d'une école de commerce bordelaise, Lucas Féron était un arbitre de chaise international prometteur. Avec une volonté qui force l'admiration, le jeune Poitevin a repris le chemin des courts. Quand il arbitre, comme au BNP Paribas Primrose, Lucas Féron dispose d'un système de sonorisation pour amplifier sa voix quand il annonce les fautes. « Je n'ai pas assez de souffle et de puissance dans la voix pour crier fort quand la balle sort », explique-t-il.
Une agression aux lourdes conséquences
En novembre 2022, ce juge de ligne de 30 ans à la trajectoire prometteuse a été victime d'une agression à la sortie d'une boîte de nuit à Poitiers, où il a passé son adolescence. Souffrant d'un traumatisme crânien sévère, il est resté en réanimation pendant quarante jours. « Le côté droit du cerveau a été touché, indique-t-il. Le problème, c'est que je suis tombé dans le coma pendant mon sommeil. L'hématome a continué à se développer. Par conséquent, les séquelles sont plus importantes. » Hémiplégique, il se déplace depuis en fauteuil roulant. « Je ne mangeais plus, je ne parlais plus, confie-t-il. J'ai réappris la déglutition et la parole. J'ai fait beaucoup d'orthophonie. »
Un retour progressif sur les courts
Pourra-t-il redevenir un jour arbitre de chaise, la profession à plein temps qui était la sienne avant que sa vie ne bascule ? Techniquement, tout est imaginable. Aux États-Unis et en Australie, il existe des chaises permettant aux personnes atteintes de tels handicaps de se positionner à la bonne hauteur. « Mais sur terre battue, il faut descendre de la chaise pour aller voir les traces, objecte-t-il. Si je mets cinq minutes avec mon déambulateur pour aller vérifier la marque, le match va être long. »
Dans sa réponse, pas exempte d'humour, il y a une grande nouvelle, presque inespérée. Il remarche un petit peu. « J'ai fait un test de marche en novembre dernier, raconte-t-il. J'ai parcouru 6 mètres en plus de cinq minutes. J'ai refait le test il y a deux semaines. En six minutes, j'ai réussi à marcher 25 mètres. Si je pouvais remarcher chez moi, ce serait déjà une belle revanche. J'ai fait quatorze mois de rééducation dans un centre spécialisé. Quand je suis sorti, le médecin m'a dit que c'était terminé, que je ne progresserais plus, que la marche, il fallait oublier. »
Une carrière d'arbitre relancée
À force de volonté, il a pourtant repris le fil de sa vie sportive. Un an après avoir frôlé le pire, il était déjà de retour sur les courts. Depuis 2024, le natif de Lille est juge de ligne à Roland-Garros, ainsi que sur le circuit Challenger, à raison de six ou sept tournois par an, dont le BNP Paribas Primrose, dans un club qu'il connaît bien, puisqu'il y a pris sa licence à l'époque où il était étudiant à Bordeaux. Cet ancien 15/4 a décroché en 2021 un master en sport business à Amos, école de commerce orientée vers les métiers du sport, dont le campus se trouve à Bordeaux-Lac, près du quartier des Aubiers.
Des souvenirs marquants
Reconnaissant envers la Fédération française de tennis de l'avoir toujours soutenu, il passera fin août à Roland-Garros le diplôme de formateur d'arbitres nationaux, ce qui pourrait l'amener à devenir chef des arbitres sur des compétitions. Avant son accident, il était en pleine ascension. Lancé dans l'arbitrage en 2009, il voyageait partout en Europe. Cette saison-là, il avait été arbitre de chaise à Roland-Garros pour les qualifications. Ce fan de Roger Federer a connu également Wimbledon, le Masters 1 000 de Madrid, un tour de Fed Cup en Macédoine du Nord ou encore le tournoi de Marbella. « J'étais parti trente semaines de la maison. »
Auparavant, en tant que juge de ligne, il avait officié aux Internationaux de France lors de la finale dames de 2018 (Simona Halep – Sloane Stephens) et celle des hommes en 2021 (Novak Djokovic – Stefanos Tsitsipas), notamment. La demi-finale remportée cette année-là par Djoko aux dépens de Rafael Nadal reste son souvenir le plus marquant. « On ne s'en ira pas ! On ne s'en ira pas ! » avait crié le public à l'approche du couvre-feu de 23 heures lié au Covid, finalement levé par dérogation, avec l'accord des autorités. « Merci Macron ! Merci Macron ! » avaient alors scandé les spectateurs.
Présent aux Jeux paralympiques
Affecté au court central depuis 11 heures du matin, Lucas Féron avait repris sa rotation au moment précis de l'annonce de cette prolongation tant réclamée. « Il y avait une ambiance de fou furieux et le match était extraordinaire », se souvient ce passionné de tennis. En 2024, avant d'être juge de ligne aux Jeux paralympiques, il avait été retenu à Roland-Garros pour le fameux Djokovic-Musetti qui s'est achevé à 3 h 06 du matin, record battu pour les couche-tard. Il ne pouvait y avoir de test plus probant pour lui. Il ne reste plus maintenant qu'à souhaiter le maintien des juges de ligne à Roland-Garros, dernier tournoi du Grand Chelem à ne pas les avoir remplacés par un système électronique doté d'intelligence artificielle.



