Jean-Marc Dupont : 87 jours à ramer l'Atlantique en solitaire, un exploit dédié aux blessés
Jean-Marc Dupont : 87 jours à ramer l'Atlantique en solitaire

Jean-Marc Dupont : l'incroyable traversée de l'Atlantique à la rame en solitaire

Le 10 mars 2021 restera une date mémorable pour Jean-Marc Dupont, originaire de Saint-Pée-sur-Nivelle au Pays basque. Ce jour-là, après 87 jours d'efforts surhumains, il posait le pied en Martinique, au port du François, achevant ainsi son défi fou : traverser l'Atlantique à la rame, en solitaire et sans la moindre escale. Parti seul de l'archipel des Canaries le 13 décembre, il a parcouru près de 4 700 kilomètres, un million de coups de rame plus tard, dans une aventure hors norme qu'il a dédiée aux blessés de guerre et de la vie, démontrant que se reconstruire et réaliser ses rêves est toujours possible.

Une épreuve physique et mentale d'une intensité inattendue

Dans une interview exclusive accordée à Sud Ouest à l'époque, Jean-Marc Dupont révèle les dessous de cet exploit. « Oui et non », répond-il lorsqu'on lui demande si l'aventure s'est déroulée comme prévu. Il savait qu'elle mettrait ses ressources à l'épreuve, mais il ne s'attendait pas à « prendre aussi cher ». Son routeur, Jean-Pierre Habold, a même qualifié cette traversée de l'une des plus difficiles qu'il ait eue à gérer. « Tous les trois jours, j'étais soit au purgatoire, soit en enfer », confie l'aventurier amateur, qui a dû s'adapter en permanence.

Les dix derniers jours, il a ramé jour et nuit sans interruption, parfois sans même quitter son banc pour des besoins basiques. « Je ne pensais pas avoir à m'engager aussi profondément psychologiquement », avoue-t-il. À 50 kilomètres de l'arrivée, il a eu l'impression que l'océan refusait de le lâcher, le laissant consumé physiquement et moralement.

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Dompter la peur et survivre à l'isolement

Quatre-vingt-sept jours seul en mer dans un frêle esquif : la peur était omniprésente. Les nuits de déferlantes, Jean-Marc Dupont se retrouvait en position fœtale dans l'habitacle, priant pour sa survie. « Une nuit, cela a duré pendant douze heures », se souvient-il, craignant par-dessus tout le chavirage. La panique le gagnait aussi face à des problèmes électriques ou de réseau, comme lorsque le feu a failli prendre dans la cabine ou qu'il perdait ses moyens de communication.

L'isolement a été une autre épreuve majeure. Sa famille, ses amis et son village lui ont manqué, mais il a fini par s'adapter. « Un rien ressemble à un bonheur », note-t-il, évoquant des moments furtifs mais géants : un voilier croisé, des dauphins, un requin, ou un fou de bassan qui l'a accompagné pendant quatre jours. Malgré les larmes et les doutes, l'isolement ne l'a pas trop pesé, grâce à ces instants de grâce marine.

La santé mise à rude épreuve, mais jamais l'idée d'abandonner

Physiquement, le défi a été brutal. Au début, avec quatre heures de rame par jour, il ne souffrait pas. Mais les exigences ont augmenté, jusqu'à atteindre 24 heures sur 24 lors des dix derniers jours. « Je ne prenais plus le temps de m'alimenter », explique-t-il, ayant perdu 20 kg. Une petite voix le culpabilisait pour chaque minute perdue, le transformant en calculateur compulsif du retard à rattraper.

Pourtant, l'idée d'abandonner ne l'a jamais effleuré. Trois raisons principales l'ont motivé : ne pas laisser le bateau, prêté par l'association Rien que du bonheur, au milieu de l'eau ; ne pas compromettre l'aventure de son binôme cycliste, Gwenaël, qui bouclait un tour du monde en solitaire ; et éviter la honte de rentrer à Saint-Pée. « Abandonner, jamais », affirme-t-il avec détermination.

Une arrivée émouvante et un message d'espoir

À son arrivée discrète au port du François, seules trois personnes l'attendaient : sa compagne, sa fille et son routeur. « On a beaucoup pleuré », raconte-t-il. Malgré l'envie de rattraper le temps perdu en mangeant et parlant, son estomac n'était pas prêt, et il a dû patienter pour se réadapter.

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Cette aventure a une dimension humanitaire forte. Victime d'un grave accident il y a quelques années, avec des genoux « en carton » et une atrophie musculaire, Jean-Marc Dupont veut montrer que tout est possible. « L'aventure que j'ai vécue peut donner de l'espoir non seulement aux blessés de guerre, mais aussi aux blessés de la vie en général », souligne-t-il, remerciant tous ceux qui ont formé une chaîne de solidarité autour de lui.

Un rêve réalisé, mais pas à refaire

Interrogé sur une éventuelle répétition de l'exploit, Jean-Marc Dupont répond sans hésiter : « Honnêtement, non ». Il a réalisé son rêve d'enfance, et cette expérience restera gravée dans sa mémoire à jamais. « J'en ai parlé avec mon ange gardien et j'ai décidé de ne pas le lasser », conclut-il, laissant derrière lui un témoignage poignant de résilience et de courage.