Niort et Tarbes déposent le bilan, la Nationale du rugby français en crise profonde
Niort et Tarbes déposent le bilan, la Nationale en crise

Niort et Tarbes déposent le bilan, la Nationale du rugby français en crise profonde

Après Blagnac, Hyères ou encore Dijon en 2024, les clubs de rugby de Tarbes et Niort, évoluant aux portes du professionnalisme, ont annoncé qu’ils allaient déposer le bilan, signe de la difficulté des clubs à trouver des sources de revenus. « Beaucoup de colère, un sentiment d’injustice […] beaucoup d’incompréhension » : le manager général de Niort Damien Neveu n’a pas caché en conférence de presse mardi soir sa douleur face à « un gros sentiment de gâchis » qui a suivi l’annonce de la fin de la saison avec effet immédiat de son équipe, septième de Nationale, la troisième division du rugby, à cinq journées de la fin de la saison.

Une compétition fragilisée

La situation a un impact sur les quarante joueurs sous contrat et la petite dizaine de salariés de la structure, mais l’association, qui s’occupe notamment des équipes jeunes, n’est pas concernée et peut poursuivre ses activités. Tous les matches de la saison de l’équipe en Nationale 1 sont donc annulés, comme ceux de Tarbes, alors dernier du championnat, qui avait annoncé quelques jours plus tôt se lancer dans la même procédure judiciaire, en raison d’un déficit estimé à plus de 600 000 euros sur la saison.

Passerelle entre le monde fédéral et les deux premières divisions, la Nationale accueille des équipes aux statuts hybrides, qui salarient leurs joueurs mais n’ont toutes pas les structures de clubs pros. « La répétition de ces événements fragilise la compétition et interroge sur la soutenabilité du modèle économique de certains clubs engagés à ce niveau », a réagi la Fédération française de rugby mercredi dans un communiqué. Le club de Bourg-en-Bresse, neuvième au classement, est également sous le coup d’une rétrogradation administrative pour des raisons financières, selon plusieurs médias.

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Des impulsions financières insuffisantes

Pour le club de Niort, promu en troisième division à l’issue de la saison précédente, « l’impulsion sportive » était bien présente mais les « impulsions financière et politique n’ont pas été à la hauteur » a regretté le président de Niort rugby, Gilbert Nasarre. Le club n’a pas réussi à convaincre assez d’entreprises ou de collectivités d’investir face aux coûts croissants qu’engendre une montée, notamment les salaires pour les joueurs, dans une division avec quasiment aucun droit télévisé, contrairement à l’échelon supérieur, professionnel.

Une masse salariale à baisser

La poule unique en Nationale impose aussi des déplacements importants pour les équipes, qui s’en étaient plaints à l’issue de la saison passée, sans obtenir gain de cause. « La réalité est que ce qui coûte cher en Nationale et Nationale 2, ce sont surtout les rémunérations des joueurs. Les kilomètres, ça pèse 10-15 %, éventuellement 20 % du budget des clubs, mais 80 %, ça reste la rémunération, les masses salariales. Donc la vérité, c’est qu’il faut accepter de diminuer sa masse salariale », avait notamment répondu le président de la Fédération française de rugby (FFR) Florian Grill à « Midi Olympique » en juin 2025.

Des réformes annoncées pour 2026-2027

La FFR s’est entendue en janvier avec la Ligue nationale de rugby pour mettre en œuvre plusieurs réformes, notamment permettre aux deux premiers du championnat de Nationale 1 de monter en Pro D2, supprimant un match de barrage. Le nombre d’équipes passera à 16 au lieu de 14 actuellement. Ces changements qui s’appliqueront à partir de la saison 2026-2027 doivent s’accompagner de la création d’un groupe de travail visant à professionnaliser la Nationale et accompagner les clubs qui seront amenés à monter et qui n’arrivent aujourd’hui presque jamais à se maintenir en deuxième division.

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La Fédération affirme également qu’elle va demander un « renforcement des garanties financières » des clubs de Nationale, avec des « possibles demandes de caution » et une « multiplication des audits des clubs engagés. » L’instance est elle aussi en proie à des difficultés financières. « À court terme, la situation financière et la trésorerie de la FFR sont menacées », avait affirmé début février la Cour des comptes, tout en se montrant assez optimiste avec le plan quinquennal établi mi-2025.

Cette crise met en lumière les défis structurels du rugby français, où la troisième division sert de tremplin vers le professionnalisme mais peine à trouver un équilibre économique durable. Les clubs de Niort et Tarbes, en déposant le bilan, illustrent les tensions entre ambitions sportives et réalités financières, dans un contexte où les soutiens locaux et nationaux semblent insuffisants pour soutenir la croissance des équipes.