Manae Feleu, capitaine du XV de France féminin, se confie avant le Tournoi
Manae Feleu, capitaine des Bleues, avant le Tournoi

Manae Feleu, capitaine des Bleues, tournée vers l'avenir après le Mondial

Sur le plateau de Stade 2, dimanche soir dernier, le nouveau sélectionneur du XV de France François Ratier et la troisième ligne Manae Feleu (26 ans, 30 sélections) affichaient déjà une concentration palpable. À quelques jours du coup d'envoi du Tournoi, les Françaises entament une nouvelle aventure après une Coupe du monde terminée à une décevante quatrième place. Elles débutent face à l'Italie, ce samedi à Grenoble (13h25), où évolue justement Feleu au quotidien.

Une digestion difficile mais une motivation intacte

Interrogée sur ses retrouvailles avec la compétition après une suspension pour le dernier match du Mondial, Manae Feleu a confié : « On est vraiment sur une nouvelle dynamique avec l'équipe après le Mondial. J'ai hâte que ça recommence. » La digestion de cette quatrième place n'a pas été aisée : « Quand je suis rentrée, c'était vraiment difficile. Il y avait des jours, ça n'allait pas, c'était comme ça. J'ai digéré petit à petit grâce à mon entourage. J'étais aussi contente d'avoir la médecine pour penser à autre chose. » Le plus dur, selon elle, a été d'accepter l'écart entre la théorie et la pratique du sport de haut niveau : « Quand on fait du sport de haut niveau, on sait qu'on prend le risque d'investir beaucoup sans que le résultat ne soit garanti. Le savoir et le vivre, ce n'est pas la même chose. Il faut du temps pour laisser ça derrière. »

Le capitanat renouvelé et la double vie de médecin

Malgré le changement de staff, Manae Feleu conserve le brassard de capitaine. Une décision qui ne l'a pas surprise, mais qui la réjouit : « Je m'étais préparée à toutes les éventualités. Que ça soit moi, ça fait plaisir et ça met en confiance. Mais même si ça avait changé, le leadership fait partie de moi donc j'avais dit à François que je serais restée la même avec les filles et sur mes prises de parole. » Cette responsabilité s'ajoute à sa carrière rugbystique et à son cursus de médecine, dont elle termine la cinquième année. Elle aborde sereinement la perspective du concours de la sixième année en octobre : « J'en parle toujours avec le staff de l'équipe de France et de mon club, ils connaissent les échéances. Je voudrais faire de la médecine générale mais je voudrais aussi faire un bon classement pour choisir une ville où il y a du rugby. » L'exemple de Romain Lursac, ancien rugbyman pro et médecin du XV de France féminin, la rassure : « De savoir qu'il a fait un peu pareil que moi me rassure. »

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Un groupe renouvelé et un sélectionneur déterminé

Le nouveau groupe des Bleues compte dix joueuses sans sélection, ce que Feleu voit comme une opportunité : « Il y a une bonne base collective avec des joueuses d'expérience et il peut y avoir un bon mélange avec la fraîcheur et le dynamisme amenés par les petites nouvelles. » En revanche, sa sœur Teani est absente, toujours blessée au pied : « Elle essaye de revenir petit à petit. Ça fait bizarre d'être partie sans elle parce que ça faisait presque deux ans qu'on allait toujours ensemble en équipe de France. J'espère vite la retrouver sous ce maillot. » Concernant le nouveau sélectionneur François Ratier, elle le décrit comme « quelqu'un qui sait ce qu'il veut et où il veut aller. C'est plus facile pour nous de le suivre, de travailler et de se faire plaisir. Il met beaucoup de choses en place sur les détails et les bases. C'est sûrement son côté anglo-saxon mais c'est très bien. »

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Objectifs clairs et parcours inspirant

Avec seulement deux mois de préparation, le Tournoi représente à la fois une base de travail et un objectif de titre : « On joue pour gagner, pas pour figurer, donc l'objectif est clair sur ce Tournoi. Après, on sait qu'il y aura des adaptations mais ça ne veut pas dire qu'on veut moins aller au bout. » Recevoir les Anglaises, tenantes du titre et championnes du monde, à domicile reste un atout : « Ça nous aidera parce que le public français est toujours incroyable. Même les capitaines adverses me parlent de cette ambiance de fou qu'il y a toujours dans les stades en France. Mais si on veut s'offrir ce beau match, il y en a quatre à bien gérer avant. » Enfin, Feleu revient sur son parcours à Futuna, où elle a dû se faire une place dans le rugby, traditionnellement masculin : « Je l'ai prise, tout simplement. Après, j'ai commencé le rugby un peu tard, ma mère ne voulait pas, elle avait un peu peur. Mais Teani en a fait et il n'y avait plus que moi qui n'en faisais pas à la maison donc elle n'a plus eu trop le choix. Au début, il fallait que j'aille chercher les ballons et que je prouve que j'étais au niveau mais quand les garçons voient que tu prends la balle comme eux, que tu plaques comme eux, il n'y a plus de différence. » Elle reconnaît le rôle précurseur de sa sœur : « Teani plutôt ! C'est elle qui a commencé, et derrière, plusieurs se sont mises à en faire. C'est devenu commun de voir des filles aux entraînements, nous n'étions plus les seules. »