Julien Malzieu évoque ses débuts en équipe de France face à l'Écosse en 2008
En ouverture du Tournoi des Six Nations 2008, l'ailier de Clermont Julien Malzieu, alors âgé et comptant 20 sélections, a vécu à Édimbourg sa première cape internationale. Ce match historique, remporté par le XV de France sur le score de 6 à 27, était également le premier du mandat de Marc Lièvremont, qui avait imposé une consigne radicale : ne pas taper le moindre coup de pied.
Une première « Marseillaise » et l'excitation de la sélection
Quel est votre premier souvenir à l'évocation de cette rencontre ? « Ma première 'Marseillaise'. Je n'étais pas stressé, mais excité à l'idée de vivre enfin une première sélection. Je l'ai prise comme une récompense de mes derniers mois avec Clermont. J'avais fait une saison 2006-07 plutôt aboutie, l'une de mes meilleures. Avec l'équipe à Clermont, c'était la folie ! Mais c'était l'année de la Coupe du monde 2007 : une équipe était en place, je n'avais pas forcément mon mot à dire. »
L'équipe de France, un objectif lointain devenu réalité
Le XV de France était-il un objectif clair dans votre esprit ? « Pas spécialement. L'équipe de France, c'était tellement loin… C'est le Graal ! Mais durant cette saison où Vern Cotter est arrivé, tout me réussissait : les bonnes étoiles étaient alignées. Du coup, ce sont les journalistes qui ont commencé à m'en parler. Je leur répondais qu'un groupe était déjà installé : les ailiers à l'époque, c'étaient Vincent Clerc, Cédric Heymans, Aurélien Rougerie et Christophe Dominici. Il n'y avait pas photo, c'étaient des cadors ! Mais les médias ont continué à en parler, notamment après la Coupe du monde. D'ailleurs, ce sont des journalistes qui m'ont annoncé ma première sélection à l'issue d'un entraînement. »
Une ambiance positive malgré six néophytes alignés
Pour ce match en Écosse, qui marquait le début du mandat de Marc Lièvremont, six néophytes avaient été alignés sur la feuille de match. Comment était l'ambiance au sein du groupe ? « Franchement, il y avait une bonne alchimie entre les anciens et les néo-capés. C'était sérieux à l'entraînement, mais ça rigolait bien lors des à-côtés. Il y a des mecs qui avaient vraiment la 'connerie'. J'étais forcément plus proche des jeunes comme François Trinh-Duc et Morgan Parra. Mais tu te rends vite compte que les types que tu badais à la télé, et pour lesquels tu avais certains a priori puisque tu les avais seulement affrontés, étaient des mecs en or. En plus, Aurélien Rougerie m'avait bien aidé à m'intégrer. »
Les joueurs qui impressionnaient le jeune Malzieu
Qui vous impressionnait le plus dans cette équipe ? « Il y avait les deux ailiers de Toulouse, Vincent Clerc et Cédric Heymans, qui mettaient le feu depuis des années en club comme en équipe de France. Il y avait aussi Imanol Harinordoquy : de par sa prestance, je pensais qu'il était inaccessible, avec un boulard démesuré comme beaucoup avaient plaisir à le penser, mais j'ai découvert un super mec. Je pourrais aussi parler de Thierry Dusautoir qui sortait du match face aux All Blacks, au terme duquel il avait été renommé le black destroyer ou de la 'Bûche' William Servat qui faisait flipper avec Toulouse. C'était un roc le type, il défonçait tout ce qui arrivait devant lui. Quand tu arrives en équipe de France, de toute façon, il n'y a que les capitaines ou les stars en club. À partir de là, tu te fais tout petit. »
La consigne radicale de Lièvremont : oublier le pied
Ce match marquait le début du mandat de Marc Lièvremont qui avait interdit de taper le moindre coup de pied. Comment avait été formulée cette consigne ? « Perso, je n'étais pas trop emmerdé : je ne tapais quasiment jamais au pied. Marc avait dit aux leaders, 'j'ai l'ambition qu'on produise un jeu total : le pied, vous l'oubliez, même dans nos 22 mètres'. On avait parfois été en galère dans notre camp. On essayait de partout même si ce n'était pas la meilleure option, mais on avait été fidèles à ce que Marc voulait mettre en place. C'était un pari osé. Mais au final, gagner à Murrayfield pour une première, ce n'était pas si mal. »
Un essai paradoxal marqué suite à un coup de pied
Et très paradoxalement, Julien Malzieu a pourtant marqué ce jour-là suite à un coup de pied… « J'avais chambré Vincent et Cédric en leur disant que c'était un essai à toulousaine, avec une chance pas possible. J'avais tapé dans le ballon alors qu'on n'avait pas le droit de le faire après avoir vu - sans vraiment le voir… - que le troisième rideau était délaissé. Sean Lamont et Dan Parks s'étaient troués. Le ballon avait rebondi sur le talon d'un Écossais et m'avait atterri comme par magie dans les mains : impossible de faire plus 'chateux'. C'était un essai gag. »
Une soirée modérée après la victoire
Cette victoire a-t-elle donné lieu à votre plus grosse soirée avec le XV de France ? « La plus grosse, non. Elle avait été belle, oui, mais ça n'a pas été la folie non plus. Pourtant, j'ai toujours été un peu bringueur dans l'âme. Je m'étais dit, 'première sélection, première victoire, je ne vais pas aller me coucher de bonne heure'. Mais on n'est pas rentré à 5 heures du mat non plus. Quelques jours plus tard, je m'étais fait une déchirure à la cuisse. Est-ce que ça avait été à cause de ça ? Je n'en sais rien… »
La plus grosse soirée : le Grand Chelem 2010
Quelle a été votre plus grosse soirée en équipe de France alors ? « Celle du Grand Chelem 2010 face à l'Angleterre. Je ne me souviens pas de toute la soirée, j'ai pas mal de trous, mais j'avais fini par rentrer tout seul avec un taxi chopé au hasard dans la rue. De mémoire, on avait un briefing le lendemain avec Marc à 10 ou 11 heures : j'ai débarqué avec 45 minutes de retard. En plus, je suis tombé nez à nez avec tous les journalistes qui attendaient devant l'hôtel. C'était assez comique : j'étais en costard, totalement débrayé, sans avoir dormi et en sentant probablement l'alcool à plus de 10 kilomètres. J'avais peur de me faire taper sur les doigts. Mais quand je suis arrivé dans la salle, tout le monde n'était pas là. Je n'avais pas été si terrible que ça… »
Une carrière en équipe de France contrariée par les blessures
Ce match et la blessure qui a suivi, n'est-ce pas le fidèle résumé de votre carrière en équipe de France qui a souvent été contrariée par les pépins physiques ? « Oui. Je n'ai jamais pu me régaler pleinement en équipe de France. Même quand je repense au Grand Chelem 2010, il a fallu que deux ailiers se blessent - Aurélien Rougerie et Benjamin Fall - pour que j'intègre le truc et que je puisse enchaîner. Je suis fier de ce titre, mais quand tu es réserviste au départ, tu ne savoures pas autant que lorsque tu es pleinement titulaire. J'ai été en embuscade, mais je n'ai jamais réussi à montrer mon meilleur visage. Je n'ai pas de regret, hein. Mais ça ne s'est jamais trop bien goupillé. »



