Seul joueur (avec Joey Carbery) à avoir porté les couleurs du Leinster et de l’UBB, l’ouvreur irlandais revient sur son expérience bordelaise, peu concluante mais dont il garde un bon souvenir. Arrivé en provenance du Leinster en 2016, Ian Madigan n’aura joué qu’une saison sous les couleurs de l’Union Bordeaux-Bègles. Si ses 22 matchs n’ont pas laissé un grand souvenir sportif, l’ouvreur irlandais (37 ans aujourd’hui, 31 sélections) y repense avec tendresse. Aujourd’hui, il travaille à la fois pour une entreprise qui commercialise des logiciels de gestion de comptes client, et commente tous les matchs du Leinster pour Virgin Media et Premier Sports. Il sera à Bilbao, ce samedi, pour cette finale de Champions Cup.
Un premier match inoubliable
Interrogé sur le premier souvenir qui lui vient à l’esprit quand on évoque Bordeaux-Bègles, Madigan répond : « Je pense d’abord au champion d’Europe en titre. Et surtout à une équipe qui a réussi à confirmer derrière, ce qui est très difficile. Beaucoup de clubs connaissent un moment de gloire avant de retomber ensuite. J’admire le Leinster pour sa capacité à être présent dans le dernier carré européen depuis une décennie, et j’ai l’impression que Bordeaux est en train de devenir ce genre d’équipe. C’est impressionnant. Et rester invaincu en Coupe d’Europe pendant deux saisons, c’est remarquable. Ça s’arrêtera peut-être samedi (sourire). »
Quant au souvenir marquant de sa saison à l’UBB, il évoque le premier match contre le Racing 92, champion en titre, avec Dan Carter. « Chaban-Delmas était plein et on avait gagné. J’étais content de ma performance, de celle de l’équipe. Quitter mon pays était une décision importante, et vivre de tels débuts était vraiment génial. J’avais déjà beaucoup joué en France, mais jamais en étant soutenu par le public ! C’était une expérience incroyable car les supporters bordelais sont parmi les meilleurs du monde. On en a parlé en Irlande, car le Leinster n’a pas fait le plein pour ses trois matchs de phase finale, pendant que l’UBB remplissait son stade en moins de deux jours. »
Une saison entachée par une blessure
Madigan affirme ne pas regretter son passage à Bordeaux. « Ce qui est sûr, c’est que je ne regrette pas d’être venu à Bordeaux. Je me suis fait des amis et j’ai passé d’excellents moments. C’est devenu plus difficile quand je me suis blessé à un ischio-jambier. Je ne m’en suis jamais vraiment remis. Quand je jouais, j’étais peut-être à 60 %, je n’étais pas aussi explosif et rapide qu’avant, je ne pouvais pas aussi bien taper. Franchement, ça n’a pas rendu justice à mon vrai niveau, donc c’était frustrant. Il y a aussi eu du changement dans le staff (Raphaël Ibanez remplacé à la tête de l’équipe par Jacques Brunel, NDLR). Et je suis assez envieux de la manière avec laquelle le club joue la Champions Cup aujourd’hui. »
Il revient également sur la différence de priorité accordée à la Champions Cup à l’époque. « Quand j’arrive, le club dispute sa première campagne de Champions Cup. La vérité, c’est qu’on n’avait pas la profondeur d’effectif suffisante pour jouer à fond les deux tableaux. Mais moi, j’avais l’habitude d’un club qui faisait de la Champions Cup un objectif majeur, car elle fait partie de notre culture… et des finances ! L’URC génère plus de recettes aujourd’hui, mais ça reste un enjeu de disputer les phases finales, si possible à domicile. En venant à Bordeaux, j’avais toujours l’ambition de jouer pour l’Irlande, et la Champions Cup était importante à cet égard. »
Il se souvient d’un match contre Exeter où il s’est retrouvé en tribune avec Adam Ashley-Cooper. « On commence par une victoire contre l’Ulster, on gagne aussi à Exeter, et pour la réception d’Exeter, on se retrouve en tribune avec Adam Ashley-Cooper. Il y avait eu une large rotation d’effectif. On ne prend aucun point sur ce match (défaite 12-20), alors qu’il aurait pu nous assurer une qualification. Je crois que j’en suis toujours frustré (sourire). Mais bon, je ne conserve aucune rancœur. Quand je repense à cette époque, quand je croise Laurent Marti, c’est toujours avec le sourire et beaucoup de respect. Ça n’a pas aussi bien marché que prévu pour moi, mais tout le monde au club sait que j’ai tout donné. »
Des coéquipiers marquants
Madigan dresse une liste de joueurs qui l’ont marqué : « On avait vraiment une super équipe, je pense qu’on n’a pas réalisé à quel point on était bons. Je pense à Jefferson Poirot, qui est toujours là ! Un pilier gauche brillant, performant depuis dix ans. Clément (Maynadier) était un talonneur de qualité, et un super mec. Loann Goujon était un excellent numéro 8. Baptiste Serin bien sûr, encore aujourd’hui l’un des meilleurs demis de mêlée du monde. C’était super agréable de jouer avec Jean-Baptiste Dubié. Je citerais aussi Nans Ducuing, un spectacle à lui tout seul, mais aussi un très bon rugbyman. Et Adam Ashley-Cooper, bien sûr. »
Il évoque également Matthieu Jalibert, qui s’entraînait déjà avec l’équipe première : « Au club, ça parlait beaucoup de ce jeune qui allait arriver des Espoirs, tout le monde en disait le plus grand bien. On peut dire qu’il a répondu à ces attentes ! Quel joueur fantastique il est devenu. On échangeait un peu, j’essayais de lui donner quelques conseils sur le jeu au pied… Non pas qu’il eût vraiment besoin d’aide (rires). On parle de ses progrès en défense, mais sa gestion du jeu a évolué aussi. Il a trouvé l’équilibre parfait entre le respect de la structure collective et son instinct. C’est pour ça qu’il fait désormais partie des meilleurs ouvreurs du monde. »
Pourquoi si peu d’Irlandais en France ?
Madigan analyse les raisons pour lesquelles peu de joueurs irlandais viennent jouer en France : « D’abord parce que le niveau est très élevé. Ensuite, quand tu vois le nombre de matchs que tu joues en France sur une saison… Le Top 14 use énormément les corps, au point de réduire la durée de ta carrière selon ton poste. En Irlande, si tu joues dans une province et avec la sélection, tu es bien géré, à la fois physiquement et financièrement. Et surtout, partir à l’étranger réduit énormément les chances de jouer pour l’équipe nationale. Ce n’est pas une règle écrite, mais il faut être 20 ou 30 % meilleur que les joueurs restés au pays pour être sélectionné. Et bien sûr, la réglementation sur les Jiff a accentué tout ça, pas seulement pour les Irlandais. »
Quant à son choix de venir à Bordeaux, il explique : « Principalement parce que j’étais derrière Jonnhy Sexton au Leinster et en sélection, et je ne voyais pas de changement arriver. Donc j’ai voulu me mettre un défi en étant le numéro un dans un top club. Bordeaux correspondait bien : style de jeu pratiqué, qualification pour la Champions Cup… Des joueurs m’avaient aussi parlé du stade, de la ville. La présence de Laurent Marti est aussi un gage de stabilité, ce n’était pas le cas partout en Europe à l’époque. »
Pronostic pour la finale
Enfin, Madigan livre son analyse de la finale à venir : « Je pense que ce sera génial, comme un test-match, avec un score serré au moment d’aborder les vingt dernières minutes. Pour gagner, le Leinster devra réaliser un match défensif quasi parfait. Bordeaux, de son côté, devra réussir à s’adapter à la vitesse des montées défensives irlandaises. Je ne pense pas que la différence se fera sur les phases de conquête, plutôt sur les duels aériens et les ballons de turnover. Mon intuition, c’est que la douleur des finales perdues pourrait finalement permettre au Leinster de franchir cette dernière marche. »
Il cite également les joueurs bordelais actuels qu’il apprécie : « Si on commence devant, Ben Tameifuna est une icône. J’adore le voir jouer. J’ai déjà parlé de Jeff Poirot, qui joue avec le cœur. Leur charnière Lucu - Jalibert est de classe mondiale. J’aime la manière de jouer de Moefana. Bielle-Biarrey est probablement le meilleur ailier de la planète. Et évidemment, Penaud, qui a une énorme cote en Irlande car il est toujours performant contre nous ! »



