Denis Charvet revient sur sa première sélection avec le XV de France il y a 40 ans
Alors centre du Stade Toulousain, Denis Charvet, qui a honoré 23 sélections avec le XV de France, a vécu sa première cape il y a 40 ans face au pays de Galles à l’Arms Park. Désormais consultant pour RMC Sport, il partage une expérience hors du commun, marquée par des souvenirs intenses et des anecdotes savoureuses.
Une annonce surprise dans le bus du Stade Toulousain
Denis Charvet a appris sa première sélection à l’âge de 23 ans, en 1986, pour affronter le pays de Galles à Cardiff. « Je savais que j’étais dans le giron, mais Pierre Chadebech m’avait devancé au début de ce Tournoi », explique-t-il. Après une blessure au tympan lors d’un match mixte à Agen, il pensait sa saison terminée. « Dans ma tête, c’était fini pour cette année-là : ce déplacement au pays de Galles était déjà le troisième match ! »
Pourtant, la nouvelle lui est parvenue de manière inattendue. « J’étais dans le bus du Stade Toulousain après une victoire à Dax. Serge Gabernet, notre capitaine, s’est précipité vers moi en hurlant : ‘Danone, Danone, tu es sélectionné pour jouer contre le pays de Galles !’ » Ce surnom, inspiré des yaourts Gervais Danone, a d’abord laissé Charvet perplexe. « Ça n’avait absolument pas fuité dans les journaux : ça a été une vraie surprise. Gabernet était presque plus heureux que moi ! »
Le pays de Galles, un symbole fort pour un jeune rugbyman
Pour Denis Charvet, affronter le pays de Galles représentait un défi particulier. « Quand j’avais 14 ou 15 ans, mes parents m’avaient offert pour mon anniversaire la tenue complète des Gallois, avec les grosses chaussettes en laine rouge et le maillot à grosses mailles », se souvient-il. Cette nation, dominatrice du rugby dans les années 70, incarnait alors des héros, à l’image de Gareth Edwards.
« Le pays de Galles, c’était comme les Blacks à l’époque. C’étaient des vrais héros », affirme Charvet. Jouer à l’Arms Park, qu’il décrit comme « le temple du rugby », ajoutait à l’émotion. « Quand les Gallois rentraient sur le terrain, j’ai rarement entendu une ferveur pareille dans ma vie. C’est un pays dur de seulement trois millions d’habitants qui respirait le rugby à l’époque. »
Une expérience irrationnelle et mémorable
La première sélection de Denis Charvet a été vécue de manière intense. « Cette première sélection, je l’ai vécue de manière totalement irrationnelle », confie-t-il. Dans les vestiaires exigus de l’Arms Park, fixant une horloge murale, il a repensé à ses idoles : « Je me suis mis à penser à tous les grands anciens comme Jo Maso, André Boniface, ou Didier Codorniou. J’étais habité par ces souvenirs d’enfance. »
Sur le terrain, le match est passé rapidement. « À peine je suis rentré sur le terrain, j’en étais déjà ressorti », raconte-t-il. Malgré la tension après une défaite en Écosse, Charvet a joué sans pression excessive, profitant de l’inconscience de la jeunesse. « Je ne dirais pas que j’ai joué comme dans mon jardin, mais je n’ai pas ressenti de pression négative. »
Jacques Fouroux, un manager inspirant
Denis Charvet évoque également Jacques Fouroux, l’entraîneur de l’époque, comme une figure marquante. « Jacques était un fabuleux personnage, peut-être pas le meilleur technicien, mais un très grand manager », estime-t-il. Peu après l’annonce de sa sélection, Charvet a croisé Fouroux sur la place du Capitole à Toulouse.
« Une voiture s’est arrêtée, et Jacques Fouroux en est descendu. Il m’a scruté des pieds à la tête, en regardant surtout mes cuisses, car il aimait les costauds. Il m’a demandé : ‘Tu penses que tu es prêt ?’ C’était incroyable ! » Fouroux avait cet art de motiver les joueurs, de les transformer en guerriers, selon Charvet.
Cette première sélection reste gravée dans la mémoire de Denis Charvet, qui la revit avec une émotion intacte, témoignant de la passion qui anime les grands rugbymen.



