Grégory Alldritt face au défi de retrouver son meilleur niveau
Pour la première fois de la saison, ce samedi face à l'UBB, les internationaux français Oscar Jegou, Paul Boudehent et Grégory Alldritt joueront ensemble en troisième ligne. Cette rareté s'explique par les blessures, la suspension de Jegou et les repositionnements de Boudehent en seconde ligne. Le capitaine, lui, enchaîne les sorties avec 22 titularisations cette saison, contre 27 l'an dernier, et seulement deux sélections en novembre avec les Bleus.
Une exclusion du Six Nations qui interroge
Valide, Grégory Alldritt n'a pas été appelé par Fabien Galthié pour le dernier Tournoi des Six Nations. Le n°8 de 29 ans traverse une période de moins bien qui dure, comme son club. Deux statistiques illustrent ce déclin : en 2023, année de son second titre européen, il gagnait 51,5 mètres balle en main et ne perdait que 0,7 ballon par match. Cette saison, il est à 35,11 mètres et 1,3 ballons perdus.
Malgré cette grosse claque hivernale, Alldritt tient la barre au Stade Rochelais. Après la quatrième défaite des Jaune et Noir à domicile contre Montpellier le 14 février, il avait assumé sans rechigner. Depuis, il ne s'est jamais départi de son sourire.
Le soutien indéfectible de Ronan O'Gara
« Même les grands joueurs ont une période difficile. C'est en ce moment pour Greg », souligne Ronan O'Gara, le manager maritime. « Il est motivé, très critique envers lui-même. J'ai une totale confiance en lui. Il est capable de jouer au rugby comme de mener des hommes et son équipe à la guerre. »
Le manager rochelais ajoute : « Il n'a jamais été aussi en forme que maintenant. Il travaille dans l'ombre, fait beaucoup d'extras, a changé son hygiène de vie et a remis beaucoup de choses en question. C'est un vrai leader. Si on voit sa meilleure version, ce sera difficile de le laisser hors de l'équipe de France. »
Les conseils des anciens n°8 du XV de France
Cet avis est partagé par trois anciens n°8, dont ses deux prédécesseurs en bleu, Imanol Harinordoquy et Louis Picamoles. « C'est toujours compliqué de digérer les critiques », glisse le Basque, 88 capes dont 42 titularisations au centre de la troisième ligne. « Je pense qu'il va revenir, il faut compter avec lui. C'est long une carrière, surtout quand on est international, il faut savoir gérer les temps faibles. »
Louis Picamoles, au profil similaire, analyse : « Comme moi avant lui, il n'a pas un jeu très économe, offensivement mais aussi défensivement. Car Greg, en plus, met beaucoup d'énergie dans les rucks. Il n'est pas au meilleur de sa forme mais je ne suis pas inquiet. J'espère juste qu'il est bien dans sa tête, dans son corps. »
Un leader très sollicité qui doit se préserver
Grégory Patat, qui l'a entraîné à Auch puis fait venir à La Rochelle, complète : « Il est souvent sollicité, ne s'épargne pas. Peut-être qu'il a besoin de fraîcheur mentale et physique. Au Stade Rochelais, il est sollicité en tant que leader, c'est un grand capitaine qui fait beaucoup de choses. Peut-être qu'il s'est plus occupé de son entourage que de sa propre personne. »
Cette sollicitation est d'autant plus forte que plusieurs cadres de taille font défaut, entre les retraites (Sazy, Dulin, Atonio), les départs (Kerr-Barlow) et les blessures (Bourgarit, Skelton).
La nécessité d'une gestion différente
Tous estiment que ce boulimique de matchs doit ménager sa monture. « Il faudrait peut-être le préserver, parce que changer un profil, c'est très difficile », estime Patat. « S'il arrive à se régénérer, il va taper dans l'œil du sélectionneur. »
Imanol Harinordoquy éclaire : « Quand on commence à être fatigué, c'est trop tard. Il vaut mieux donner un lundi de temps en temps, avoir un week-end un peu prolongé plutôt que d'enchaîner les matchs et s'arrêter quinze jours. À Toulouse, lors de ma première saison avec Guy Novès, il m'empêchait de m'entraîner en début de semaine. En fin de semaine, j'avais les dents qui rayaient le parquet. »
Louis Picamoles conclut avec expérience : « J'ai eu plusieurs périodes comme ça. Avant la Coupe du monde 2011, je n'avais quasiment pas été appelé pendant un an. Pareil en 2015. Parfois, ce sont des bonnes claques, ça permet de toucher un peu le fond pour revenir à la surface. » Un message d'espoir pour Alldritt qui, à 29 ans, a encore de belles pages à écrire avec le Stade Rochelais et le XV de France.



