Jeux Paralympiques de Milan-Cortina : la colère ukrainienne face au retour des athlètes russes à Vérone
Paralympiques : colère ukrainienne face aux athlètes russes à Vérone

Vérone, théâtre d'une nouvelle bataille diplomatique autour des Jeux paralympiques

Plus de seize siècles après avoir accueilli leurs derniers combats de gladiateurs, les arènes de Vérone s'apprêtent à redevenir le cadre d'une âpre confrontation. Cette fois-ci, les armes sont diplomatiques : la décision du Tribunal arbitral du sport de Lausanne d'autoriser dix athlètes russes et biélorusses à participer aux Jeux paralympiques de Milan-Cortina sous leurs couleurs nationales a déclenché une tempête politique.

Un boycott international et des divisions italiennes

Quatre ans après le début de l'invasion russe en Ukraine, la position du Comité international paralympique a provoqué la colère de Kiev. L'Ukraine a annoncé boycotter la cérémonie d'ouverture prévue ce vendredi 6 mars dans une Vérone placée sous haute sécurité. Une dizaine de pays européens, dont l'Allemagne, ont suivi cette initiative, tandis que la France a précisé qu'aucun officiel ne serait présent dans les tribunes.

« On est indigné par le choix du Comité paralympique. Cela crée un dangereux précédent de légitimation de la violence », s'alarme Marina Sorina, guide touristique et traductrice installée à Vérone depuis trente ans. Elle souligne que cette décision intervient au moment où la Russie récupère également son pavillon pour la Biennale d'art contemporain de Venise en 2026.

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Des athlètes au cœur des controverses

Marina Sorina insiste sur l'absence de trêve olympique, affirmant que certains membres de la délégation russe ont ouvertement soutenu l'effort de guerre. Elle mentionne notamment Ivan Shiryaev, para-snowboarder amputé d'une jambe pendant la bataille de Bakhmout.

Nastia, bénévole de 19 ans lors des Jeux olympiques et aujourd'hui réfugiée étudiante en Italie, a décidé de boycotter les paralympiques : « Je ne pouvais pas accepter de voir la bannière russe. Ces Jeux peuvent devenir un outil de propagande pour Poutine. La participation des athlètes est déjà une victoire pour la Russie ».

Divisions au sommet de l'État italien

Le retour en grâce des sportifs russes divise profondément le gouvernement italien. Si la Première ministre Giorgia Meloni reconnaît « un problème sérieux » et que son ministre des Affaires étrangères Antonio Tajani exprime son « opposition absolue », le vice-Président du conseil Matteo Salvini salue au contraire un « signe de détente, de dialogue et de diplomatie ».

Stefano Valdegamberi, conseiller régional de Vénétie, critique vertement son propre ministre des Affaires étrangères et soutient la décision « clairvoyante » du CIP : « Nous devons séparer le terrain de sport et celui de la politique et ne pas confondre les gouvernements et les peuples ».

Vérone, ville aux liens historiques avec la Russie

« On vit ici, on le sait bien : Vérone est un peu une ville prorusse », constate amèrement Olena Samoylenko, professeure de gymnastique et activiste ukrainienne. Elle rappelle les importants liens économiques : en 2021, plus de 800 entreprises véronaises exportaient vers la Russie pour des échanges dépassant 300 millions d'euros annuels.

La ville a longtemps accueilli le Forum économique eurasiatique de Vérone, étape obligatoire pour les businessmen européens désireux de faire affaire en ex-URSS. Antonio Fallico, influent banquier sicilien installé à Moscou, jouit toujours du titre de consul honoraire de Russie à Vérone.

La lassitude de la guerre et les intérêts économiques

Olena Samoylenko reconnaît que les activités des prorusses ont fini par instiller le doute : « Même si le gouvernement et la population dans sa grande majorité ont toujours soutenu l'Ukraine, on sent bien qu'il y a une lassitude de la guerre et que c'est à chaque fois un peu plus compliqué de les convaincre ».

Stefano Valdegamberi estime quant à lui que l'heure est venue de lever les sanctions contre Moscou : « Je pense d'abord aux intérêts de l'Italie et de la Vénétie. Un jour ou l'autre, il faudra reprendre les liens avec la Russie quand cette guerre prendra fin ».

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Un patron vénète, sous couvert d'anonymat, témoigne : « En Vénétie, nous avons perdu de grandes opportunités d'affaires et cela nous a rendus toujours moins compétitifs face à la Chine ou l'Inde ». Il affirme avoir vu son chiffre d'affaires sabré de plusieurs millions d'euros avec la perte de ses clients russes.

Pour beaucoup d'entrepreneurs locaux, le retour des athlètes russes dans le grand bain paralympique à Vérone représente « un symbole fort et un premier pas extrêmement positif » vers la reprise des relations commerciales.