La CAF crée un scandale historique en retirant la CAN 2025 au Sénégal pour le Maroc
Scandale à la CAF : la CAN 2025 retirée au Sénégal

Un séisme dans le football africain

Non content d'être surnommé le « Sorcier blanc » du continent africain, Claude Leroy fait preuve d'une lucidité implacable face aux dérives du football africain. Profondément choqué par la décision abracadabrantesque de la Confédération africaine de football (CAF) d'attribuer la victoire de la CAN 2025 au Maroc sur tapis vert, alors que le Sénégal l'avait emporté régulièrement sur le terrain le 18 janvier (1-0 après prolongation), l'entraîneur français avait prédit dès mardi soir que cet épisode allait « faire rire toute la planète football ».

La honte des anciens internationaux

Cette prédiction s'est rapidement vérifiée aux dépens de l'ancien international sénégalais Modou Sougou. En arrivant ce mercredi matin au centre de formation d'Amiens où il officie comme éducateur, il a été accueilli par les rires de ses collègues. « Tout le monde a immédiatement rigolé en me voyant arriver, confie l'ex-attaquant de l'OM. Et je les comprends. Moi-même, sur le coup, je me suis dit 'c'est un poisson d'avril anticipé'. Je suis tombé de haut, j'ai halluciné, personne ne pouvait s'attendre à ça. Aujourd'hui, j'ai honte pour le football africain. »

La réaction de Modou Sougou illustre parfaitement l'impact de ce qui s'apparente déjà à un fiasco historique. Car l'enjeu dépasse largement le simple cas du Sénégal et du Maroc. En modifiant l'identité du vainqueur de la Coupe d'Afrique des nations 2025 deux mois après la finale, c'est l'image et la crédibilité du football africain dans son ensemble qui viennent d'être gravement compromises par ses propres dirigeants.

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Une injustice flagrante dénoncée par les anciens joueurs

« Ça va encore donner du grain à moudre à tous ceux qui critiquent l'organisation du football africain, se désole Jacques Faty, un autre ancien international sénégalais exilé en Turquie. Ça décrédibilise totalement la CAF et ses dirigeants. » Difficile en effet d'identifier un véritable gagnant dans ce spectacle affligeant.

Pour l'ex-international centrafricain Kelly Youga, le débat ne souffre aucune ambiguïté : « Quel est l'intérêt pour le Maroc de récupérer une coupe qu'il n'a pas gagnée ? C'est un non-sens, une injustice flagrante. Les gens retiendront toujours que les Sénégalais l'ont emporté sur le terrain et que cette CAN 2025 leur appartient. Il faut savoir perdre avec dignité et fair-play. D'ailleurs, même les joueurs marocains et leur entraîneur ne réclamaient pas une telle sanction après la finale. »

Des relations continentales durablement affectées

L'ancien défenseur malien Cédric Kanté partage cette analyse et craint que cet épisode ne marque profondément, et pour très longtemps, les relations entre le Maroc et les autres nations du continent.

« J'ai presque envie de dire que le grand perdant là-dedans, ce sont les Marocains, affirme-t-il. Ils ont investi énormément dans le football ces dernières années et ce que les gens vont garder de tout ça, c'est qu'on aura assisté à la pire CAN de l'histoire. J'ai peur qu'ils y perdent des plumes et que ça entache encore plus leurs relations avec les autres pays du continent. Peut-être qu'ils s'estiment au-dessus de ça et que ce n'est pas leur problème, mais cette affaire laissera de profondes rancœurs et des traces indélébiles. »

La CAF se tire une balle dans le pied

Si le nouveau vainqueur désigné de la CAN ne sort pas grandi de ce micmac sans nom, que dire alors de la CAF et de ses dirigeants, qui ne jouissaient déjà pas d'une grande popularité depuis l'élection du président Patrick Motsepe ?

« A la tête des institutions, on n'a pas des anciens sportifs de haut niveau mais des administrateurs dans des bureaux qui ne comprennent pas les conséquences sportives, peste Kelly Youga. Quel message envoie-t-on aux futures générations en modifiant le résultat d'un tournoi deux mois après ? On est vraiment dans un monde sans foi ni loi, et on ne peut pas accepter ça… »

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Modou Sougou y voit quant à lui le signe d'une « incompétence totale de la part des personnes qui gèrent le football africain ». « S'il y avait des décisions à prendre, il aurait fallu le faire dans la foulée de la finale, voire ne pas laisser la finale reprendre après la sortie du terrain des Sénégalais, poursuit-il. Mais tu ne peux pas faire comme si de rien n'était, distribuer des médailles, donner la coupe, laisser les joueurs rentrer aux pays pour faire la fête avec leurs supporteurs, puis prendre cette décision deux mois après. »

L'ombre de la Fédération marocaine

Alors que le Sénégal vient de demander une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur cette affaire, certains observateurs pointent du doigt l'influence de la puissante Fédération marocaine. « Le Maroc est un modèle, c'est le pays qui investit le plus dans le football en Afrique. Il influence la CAF et il a installé dans le temps des contrats de partenariat avec beaucoup de fédérations africaines », nous confie en off un dirigeant de football d'une nation africaine.

En mettant ses infrastructures sportives au service de nombreux pays africains dans le besoin, le Maroc estimerait, selon certains, avoir gagné le droit à un petit coup de pouce au sein des instances. C'est l'analyse d'Abdoulaye Fall, le président de la Fédération sénégalaise de football : « Le Maroc tient la CAF, il faut se le dire. Les Marocains tiennent tout en main et ils décident de tout. Ils ont les moyens, et beaucoup de pays n'osent pas aller contre leur volonté. Il n'y a pas un pays qui s'est opposé au Maroc comme le Sénégal l'a fait. »

L'ombre portée de Gianni Infantino

Jacques Faty nuance cependant cette vision : « Je ne veux pas tout mettre sur le dos du Maroc, il y a eu plein de bonnes choses de faites pendant cette CAN, elle a été très bien organisée. Mais il faut bien admettre aussi qu'il y a beaucoup de zones d'ombre qui nous poussent à nous interroger sur les intentions réelles de certaines personnes à la CAF et dans le football africain. »

Ces interrogations concernent notamment le président Patrick Motsepe, proche de Gianni Infantino, qui n'a jamais caché qu'une victoire finale des Lions de l'Atlas ne lui aurait pas déplu. Président fantoche installé par le patron de la FIFA pour suivre à la lettre les directives de l'instance internationale, Motsepe semble suivre la voix de son maître.

Pour avoir expérimenté la gouvernance du football africain au sein de la Fédération malienne, Cédric Kanté ne se fait aucune illusion sur la véritable identité du big boss de la CAF. « C'est Infantino, il ne s'en cache même pas, assume-t-il. Il est omniprésent, pour ne pas dire omnipotent, en Afrique. Il est chez lui, il a tous les soutiens dont il a besoin pour se maintenir au pouvoir et tenir toutes les fédérations africaines. Il y a un manque d'indépendance de cette confédération africaine qui est alarmant. Et cette décision de mardi vient un peu valider tout ça. »

L'heure du grand ménage a-t-elle sonné ?

Ce scandale met surtout en danger une longue tradition d'amitié entre « deux pays frères », selon les termes de Modou Sougou et Jacques Faty. « Malheureusement, ça va encore alimenter la discorde après une finale déjà bien mouvementée, regrette Jacques Faty. Ça rouvre la plaie, c'est triste. Je demande aux supporteurs sénégalais et marocains de ne pas tomber dans le panneau, dans le poison de la division comme durant la CAN. »

S'il est impossible de prédire l'issue de cette affaire dont on est loin d'avoir vu le bout, tous les interlocuteurs espèrent que ce nouveau fiasco servira au moins d'électrochoc aux personnes attachées au football africain, afin d'engager un grand ménage dans les instances dans les années à venir.

« Les dirigeants ont failli à leur mission, déclare Modou Sougou. S'ils n'ont pas les épaules pour gérer la CAF, ils doivent partir. Mais c'est à l'Afrique de gérer ces questions, ce n'est pas à la FIFA de décider ce qu'il doit se passer maintenant. C'est à nous d'avoir le courage de tirer les conclusions de ce qui vient de se passer. »

Jacques Faty ajoute avec conviction : « Il y a plein de gens compétents dans le football africain, d'anciens joueurs qui veulent s'impliquer, qui pourraient donner une autre image de notre continent s'ils parvenaient à prendre les rênes de la CAF. Ça a assez duré, il est temps de faire le ménage et de mettre en poste des gens compétents, responsables, honnêtes et transparents. Il faut travailler ensemble pour espérer des jours meilleurs pour le football africain. » Une tâche qui semble plus ardue que jamais, mais plus nécessaire que jamais.