À l'approche de la finale de la Coupe de France de handball, qui opposera Montpellier à Nantes ce samedi 23 mai, Midi Libre et Ouest France ont réuni les deux capitaines, Valentin Porte et Valero Rivera, pour un entretien croisé sans retenue. Les deux hommes, respectivement âgés de 35 et 41 ans, évoquent leur relation, leur vision du leadership et leurs attentes pour ce match décisif.
Une relation faite de respect mutuel
Interrogés sur leurs liens en dehors des terrains, Valero Rivera reconnaît : « En dehors, pas beaucoup. En revanche, ça fait très longtemps que l’on joue l’un contre l’autre. J’ai beaucoup de respect pour lui, pour sa carrière, pour tout ce qu’il a apporté au handball français et surtout à son club. C’est l’âme de son équipe. » De son côté, Valentin Porte abonde : « On n’a jamais joué ensemble mais on a joué un paquet de matches l’un contre l’autre. Valero, Diego (Simonet), ce sont des mecs qui me font rêver. Rester à un tel niveau aussi longtemps, aussi performant, c’est un exemple pour moi et pour tous les jeunes. Je lui souhaite le meilleur pour la fin », faisant référence à la retraite imminente de Rivera en fin de saison.
La définition d’un bon capitaine
Pour Valero Rivera, un bon capitaine doit avant tout « aider l’équipe à rester soudée, surtout dans les défaites, quand ça part en vrille. Dans ces moments-là, les joueurs ont tendance à agir individuellement. Il faut alors ressouder, regrouper. » Valentin Porte ajoute : « Il doit être en adéquation avec l’ADN du club. L’expérience joue aussi beaucoup. Il faut sentir l’équipe, quand elle est bien, quand elle est moins bien, quand ça part dans tous les sens. Il faut savoir rameuter les troupes. Une saison, c’est long, il y a des hauts et des bas. »
Des modèles inspirants
Porte confie s’être inspiré de nombreux joueurs : « Bien sûr, et pas seulement des capitaines. J’ai eu la chance d’évoluer aux côtés de garçons comme Jérôme Fernandez ou Nikola Karabatic… J’ai essayé de piocher partout. À vrai dire, j’apprends encore tous les jours. Au début, j’étais obnubilé : je voulais que l’équipe et les joueurs soient comme moi, avec le même état d’esprit. Au final, on apprend qu’on est tous différents, qu’on a tous une façon de voir les choses, de préparer les matches. Il faut jongler avec ça. » Rivera, lui, a succédé à Rock Feliho : « Lui et moi avions un caractère très différent mais il m’a apporté beaucoup. Au début, j’étais plus focus sur l’équipe que sur moi. J’ai mis du temps à m’y faire et à mélanger les deux. »
Des styles de communication différents
Valentin Porte est perçu comme plus direct dans ses interventions médiatiques. Il assume : « Peut-être. Après, c’est aussi lié à la personnalité de chacun. Capitaine ou pas, j’ai tendance à dire ce que je pense. Si c’est bien, je le dis. Si ce n’est pas bien, je le dis aussi. On n’est pas là pour se passer de la pommade. » Valero Rivera, en revanche, se décrit comme « un peu plus diplomate », ajoutant avec humour : « De toute façon, je suis rarement interviewé en fin de match, surtout quand on perd. On attrape surtout les Français quand ils passent en zone mixte. »
Discours préparés ou improvisés ?
Les deux capitaines privilégient l’improvisation. Rivera explique : « J’improvise tout le temps. Quand on a quelque chose dans la tête, on ne peut pas le garder. Il faut crever l’abcès. » Porte renchérit : « Je ne prépare pas grand-chose non plus. C’est vraiment au feeling, au ressenti. Si quelque chose m’a énervé, j’attends la fin de l’entraînement et je dis les choses. » Même pour une finale, ils ne changent pas leur approche : « Ça sortira tout seul, on sera tellement sous tension », prédit Rivera.
Un souvenir marquant : l’intervention de Cocheteux
Porte se souvient d’une intervention qui l’a marqué, non pas d’un capitaine mais d’un joueur : « Avec l’équipe de France lors de l’Euro en Croatie, on avait perdu contre l’Espagne en demi-finale. On était dégoûtés. On se retrouve à jouer la troisième place, qui ne nous faisait pas vibrer. Raphaël Cocheteux nous a dit : “Je sais que vous avez tout gagné. Moi, c’est ma première compétition. Cette médaille a énormément de valeur pour moi.” Franchement, ça nous avait reboostés de fou. On a fait un super match et on a décroché le bronze. »
La rivalité Montpellier-Nantes
Interrogés sur la rivalité entre les deux clubs, Rivera tempère : « Ça fait des années qu’on a les mêmes objectifs. Un coup ce sont eux, un coup c’est nous. Il y a une rivalité évidemment, mais on se respecte énormément. » Porte reconnaît une domination nantaise : « Depuis des années, Nantes travaille super bien. Aujourd’hui, je n’ai pas peur de dire que les Nantais nous sont supérieurs. Il suffit de voir à quand remonte notre dernière victoire en match officiel (1er septembre 2018). On est frustrés, on a envie que ça s’arrête. »
L’ascendant psychologique
Porte admet un impact psychologique : « Inconsciemment, oui. Quand tu te fais dominer depuis huit ans, c’est normal. Il y a une petite emprise psychologique. Combien de matches se sont joués sur un seul but ? Ce petit but, c’est peut-être à cause de ça. » Rivera, prudent, affirme : « Je n’irai pas jusque-là, mais c’est vrai que ça fait pas mal d’années qu’on gagne. On sait aussi que si on ne joue pas bien, on va perdre. Contre Montpellier, tu ne peux pas te relaxer. »
La finale et l’après
Les deux équipes ont des échéances importantes après la finale : Nantes se déplace à Paris, Montpellier à Saint-Raphaël. Rivera assure : « Tout le monde est focalisé sur cette finale. Ce serait une erreur de penser à l’après. » Porte confirme : « Par expérience, on ne pense jamais au match d’après. Qu’on perde ou qu’on gagne, ce sera dur après, mais sur le coup, on ne pense qu’à Nantes. »
Le choix entre Coupe et championnat
À la question de choisir entre la Coupe et un autre titre, Rivera répond simplement : « Les deux ! » Porte nuance : « La Ligue européenne, c’est deux matches, plus dur. Mais vous oubliez le match de mardi à Saint-Raphaël, décisif pour la qualification en Ligue des champions. » Il ajoute en souriant : « Heureusement, Valero ira gagner à Limoges. » Rivera rétorque : « Ne t’inquiète pas, je n’ai pas l’intention de perdre le dernier match de ma carrière. »
La valeur des titres
Rivera insiste : « Un titre a toujours de la valeur. Dans une vie, tu ne gagnes pas beaucoup. C’est tellement important de gagner. » Porte, plus exigeant, déclare : « Que tu sois à Paris, Nantes ou Montpellier, il ne faut jamais banaliser un titre. Ceci étant, si on gagne la Coupe mais qu’on ne finit pas troisième en championnat, pour moi ce ne serait pas une saison réussie. »
La longévité au plus haut niveau
Rivera, qui prend sa retraite à 41 ans, explique sa longévité : « Avec l’expérience, tu apprends à être plus exigeant, à prendre soin de ton corps. Tu penses beaucoup à toi, à comment être performant. Et puis il y a le plaisir de venir s’entraîner tous les matins. C’est ça le plus important : la tête. » Porte, 35 ans, partage cette vision : « Notre priorité, c’est le handball, le plaisir. Le jour où je n’aurai plus de plaisir à me lever le matin, ce sera le début de la fin. Avoir une belle fin comme celle de Valero, c’est un rêve. »



