Le documentaire « Le bus : les Bleus en grève », disponible ce mercredi 13 mai sur Netflix, plonge au cœur de la grève historique de l'équipe de France lors de la Coupe du monde 2010. Ce film de 120 minutes dissèque un naufrage collectif qui a largement dépassé le cadre du football.
Un épisode hors du commun
Les moins de 20 ans qui ne connaissent que l'équipe de France de Didier Deschamps auront peut-être du mal à le croire, mais avant de se parer de gloire, les Bleus ont touché le fond le 20 juin 2010. Ce jour-là, ils se sont offerts un suicide collectif en direct devant les caméras du monde entier, à Knysna, station balnéaire chic d'Afrique du Sud. La grève de l'entraînement des joueurs, une première dans l'histoire de la Coupe du monde, en protestation à l'exclusion de Nicolas Anelka, fait l'objet d'un documentaire passionnant. Le récit mêle paranoïa, arrogance, lâchetés et petites trahisons qui ont tout emporté sur leur passage.
Les protagonistes racontent
Les principaux protagonistes, à l'exception notable de Nicolas Anelka, livrent leur version des faits. Seize ans après, leur parole est libérée, ce qui constitue le grand atout du documentaire. Raymond Domenech, au centre de tout, se livre sans filtre. Netflix a eu accès à l'intégralité de son journal intime, révélant un sélectionneur muré dans un refus de communication, engagé dans une vendetta personnelle contre les médias. « Son discours, c’est nous contre eux, et nous, on se dit qu’il a raison », raconte Patrice Evra.
Domenech : un homme dépassé
Derrière la provocation, le documentaire montre la détresse physique de Domenech. « Je n’ai pas pu m’endormir. Je traîne, transpire la chiasse, des nausées, le stress total », écrit-il après le match nul contre l'Uruguay (0-0). L'homme qui se voyait mener les Bleus au sommet avoue être « dépassé ». Ses notes révèlent un mépris féroce pour ses propres joueurs : Yoann Gourcuff y est traité d'« autiste léger » et de « con », tandis qu'Anelka hérite du qualificatif de « gros con » après le fameux clash.
Le mécanisme de la catastrophe
Le documentaire décrit le mécanisme inexorable qui envoie les Bleus droit à la catastrophe. William Gallas se voyait capitaine ? Domenech nomme Patrice Evra sans explication. « Si Gallas peut être capitaine, moi je peux être général », dit Domenech. Les insultes d'Anelka en Une de « L'Équipe » enflamment la situation. La tension entre l'avant-centre et Domenech est à son comble pour une histoire de positionnement tactique. Mais le sélectionneur jure que l'attaquant de Chelsea ne l'a jamais traité de « sale fils de pute ». « Il ne l’a jamais dit, je suis formel. Il a dit : « tu n’as qu’à la faire ton équipe de merde », et il a jeté ses chaussures ».
L'explosion au Pezula hôtel
Dans le huis clos de l'hôtel Pezula, la cocotte-minute explose. Domenech refuse la demande des joueurs de rencontrer Anelka, prêt à s'excuser, et l'exclut des Bleus. Le lendemain, c'est la grève, ironie de l'histoire, en mondovision lors du seul entraînement ouvert au public et aux médias.
La récupération politique
L'onde de choc est énorme, la crise récupérée par le monde politique. Roselyne Bachelot, alors ministre des Sports, est dépeinte comme une figure maternelle qui « connecte » les joueurs. Sagna et ses coéquipiers pensent avoir trouvé une alliée. Mais dès son retour à Paris, le discours change radicalement à l'Assemblée nationale. Elle y fustige des « caïds immatures » commandant à des « gamins apeurés ». Un revirement vécu comme une trahison par les joueurs.
Que reste-t-il de Knysna ?
Seize ans et deux finales de Coupe du monde disputées par les Bleus de Mbappé plus tard, que reste-t-il de Knysna ? L'image d'un coach en détresse qui fuit ses joueurs et de footballeurs qui ont oublié qu'ils représentaient un pays. Cerise sur le gâteau, le documentaire révèle l'identité de la très probable « taupe » involontaire, celle qui a récupéré la feuille de papier où était écrit le message des joueurs en grève lu par Domenech.
« Le bus : les Bleus en grève », disponible sur Netflix ce mercredi 13 mai, est un documentaire de 121 minutes réalisé par Christophe Astruc et Jérôme Fritel.



