MMA à Menton : un essor fulgurant qui cristallise les tensions locales
Alors que le nombre de licenciés ne cesse d'augmenter dans la région mentonnaise, un véritable combat d'idées sur la nature et l'encadrement du Mixed Martial Arts (MMA) gravite autour de l'octogone. Ces questions fondamentales divisent profondément les clubs locaux, entre puristes sceptiques et partisans d'une discipline en plein essor.
Une discipline ou un produit commercial ?
Au fond d'une ruelle de Roquebrune-Cap-Martin, le club Mochizuki vibre au rythme des corps qui s'entrechoquent. Ici, Christian Bruzat, ancien champion du monde de sambo, guide ses disciples avec une conviction inébranlable : « Le MMA n'est pas une discipline, c'est commercial ». Pour ce puriste, les combattants viennent nécessairement d'autres arts martiaux comme le judo, la lutte ou le karaté. « Cette multitude d'arts martiaux donne quelque chose de non maîtrisé, de brouillon », critique-t-il, refusant même le titre de professeur de MMA.
À quelques kilomètres de là, à l'Urban Sport Center de Menton, Jacky Ruidavet porte un regard radicalement différent. « On assiste à une recrudescence de clubs de MMA dans la région depuis la légalisation en 2020 », observe ce professeur spécialisé initialement en lutte brésilienne, judo et kung-fu. « Il y a un engouement net. Les gens viennent me demander s'ils peuvent pratiquer. Il y a quelques années, personne ne connaissait ».
L'encadrement institutionnel au cœur des débats
Ces divergences trouvent leur source dans l'organisation encore balbutiante du MMA français. Christian Bruzat dénonce une structure « dépendante et guidée par des enjeux commerciaux ». Actuellement, le ministère des Sports a confié la gestion du MMA à la Fédération française de boxe jusqu'au 31 décembre 2026, avec une commission dédiée.
Une évolution se profile cependant : l'ancienne ministre des Sports, Marie Barsacq, a évoqué la création d'une fédération autonome à l'horizon 2030. Cet objectif s'accompagne d'un enjeu crucial : structurer une formation spécialisée pour les encadrants. Actuellement, un simple BPJEPS mention « sports de contact et disciplines associées » suffit pour enseigner, tandis que la Fédération française de MMA développe progressivement ses propres brevets de moniteur.
La question épineuse de la violence et du respect
L'image violente du MMA continue de hanter ses promoteurs. Jacky Ruidavet se souvient des débuts chaotiques : « Les premiers combats d'UFC, c'était “qui veut vient”, et ça a marqué le public ». Il reconnaît que le format télévisuel a contribué à forger cette réputation, mais insiste sur les progrès réalisés : « La recherche et la science s'en mêlent pour améliorer la sécurité des combattants ».
Christian Bruzat reste plus réservé, évoquant une discipline encore en chantier avec des ajustements permanents. Son élève, Saife Bensalem, élargit la critique au comportement : « En compétition, on voit beaucoup de trash-talk, les gens s'insultent. Dans les sports plus ancestraux, il y a une culture du respect, du salut ».
Pourtant, un cadre existe bel et bien. La Fédération française de MMA a instauré un système de grades obligatoire pour participer à la MMA League, son circuit amateur. « Le grade n'est pas délivré par le club, contrairement à certaines disciplines comme le judo », précise Jacky Ruidavet, qui officie également comme examinateur. « Cela permet une évaluation plus neutre et garantit que le combattant maîtrise les fondamentaux ».
Une nouvelle génération purement MMA
La divergence la plus frappante concerne l'apprentissage même de la discipline. Alors que Christian Bruzat estime impossible de débuter directement par le MMA sans passer par d'autres arts martiaux, Jacky Ruidavet cite le contre-exemple éloquent de Jonah Renaud : « Il a 16 ans, il a débuté à 10 ans par le MMA. L'an dernier, il est devenu vice-champion de France ». Pour le professeur mentonnais, cette nouvelle génération prouve que « aujourd'hui, on peut commencer directement par le MMA, sans venir d'un autre sport de combat ».
Alors que les corps continuent de s'affronter sur les tatamis mentonnais, le débat sur l'âme du MMA semble loin d'être terminé. Entre tradition martiale et modernité sportive, entre commercialisation et transmission, les clubs du Mentonnais incarnent toutes les tensions d'une discipline en pleine recherche d'identité.



