L'ancien arbitre international de tennis devenu maire de Talence se confie
Dans une autre vie, le maire de Talence était arbitre international de tennis. Durant vingt ans, il a officié sur les courts du monde entier, accumulant 19 participations à Roland-Garros, dont 10 en tant qu'arbitre de chaise, côtoyant des icônes comme Sampras, Nadal ou Federer. Entre les tâtonnements des débuts, la concentration extrême et la pression amicale des joueurs, les souvenirs affluent.
Un regard différent sur le tennis
On pourrait imaginer Emmanuel Sallaberry scotché à son écran pendant la quinzaine de Roland-Garros, un Perrier citron à la main. Mais c'est tout le contraire. « Je ne regarde pas les matchs. Et quand je tombe dessus, je ne peux pas m'empêcher de vérifier si les six ramasseurs de balles sont là, etc. J'apprécie les choses mais pas pleinement », confie-t-il. Pourtant, il a une excuse de taille : son passé d'arbitre international, avec 200 matchs arbitrés à son actif, dont des tournois du Grand Chelem comme Wimbledon, l'US Open et l'Open d'Australie. « C'est un sport qui rend fou ! Toutes mes vacances y passaient », ajoute-t-il.
Les débuts sous la pluie girondine
Tout a commencé un mercredi pluvieux en Gironde. Adolescent licencié de l'US Bouscat, avec un modeste classement de « 30/2 max », Emmanuel Sallaberry se souvient d'un après-midi où, faute de courts praticables, il a passé son temps à « réviser les règles » sous la guidance de Patrick Labazuy, aujourd'hui responsable national du paratennis à la Fédération française de tennis. « Je ne saurais pas vous dire pourquoi, mais quelque chose se passe », raconte-t-il. C'est le début d'un coup de cœur pour l'arbitrage.
En mai 1997, à 20 ans, il endosse le blazer et un pantalon trop large pour son premier match de Roland-Garros en tant que juge de ligne. « Terrorisé » par l'immensité du central, où la balle peut fuser à un millimètre de la ligne, il découvre que l'arbitrage est parfois « plus une question de feeling que de vue ». Son premier match se passe bien, mais un autre, la même semaine, tourne au cauchemar. Appelé au filet sans expérience, avec des lunettes rayées et le bruit assourdissant des spectateurs, il se fait corriger deux fois par l'arbitre de chaise. « Vous n'attendez qu'une chose, que ça se termine. J'en suis sorti lessivé », avoue-t-il.
Rencontres avec les légendes et gestion des conflits
Arbitre de ligne, il croise Sampras, « le Sampras frustré, qui ne gagnera jamais Roland-Garros », Federer, et assiste à l'avènement de Nadal, qu'il décrit comme « un amour » pour sa gentillesse. Devenu arbitre de chaise, il dirige un match de Marat Safin au premier tour de Roland-Garros 2002. Plus tard, en 2007, il devient arbitre préposé aux relations avec les joueurs, gérant les permutations de courts et les intempéries.
Emmanuel Sallaberry insiste sur l'importance de ne pas « laisser un joueur rentrer dans votre tête ». Pour lui, l'arbitrage est une école d'humilité : « La balle la plus importante est la suivante. Si vous vous êtes trompés, la prochaine balle est cruciale ». Il se souvient d'un joueur argentin en colère qui lui a crié « In-com-pe-ten-cia ! » en espagnol, mais globalement, il n'a pas connu de clashs majeurs, plutôt des conflits larvés.
La retraite du circuit et un regard critique
En 2016, fatigué par les décalages horaires et l'absence de vie de famille, il abandonne le circuit. Pourtant, Roland-Garros le rattrape toujours : il envoie des SMS à ses amis arbitres, critique l'arbitrage électronique qui « très souvent, se trompe sur la terre battue », et s'inquiète des loges vacantes du tournoi. Son pronostic pour la finale hommes ? « Alcaraz », espérant ne pas se tromper.
Assis sur un banc face aux courts de tennis du bois de Thouars à Talence, où il repère encore la mauvaise disposition des poteaux de filet, Emmanuel Sallaberry ouvre grand sa boîte à souvenirs, un héritage riche d'expériences uniques dans le monde du tennis.



