Stade Rochelais : la vitesse comme nouvelle arme pour atteindre les phases finales
La Rochelle mise sur la vitesse pour les phases finales

Longtemps réputée pour sa densité physique, La Rochelle cherche à augmenter sa vélocité, un atout essentiel dans le rugby moderne. Adrien Vachon, son spécialiste de la vitesse, explique le processus : « Il n’y a pas de conditions météo, ça favorise un jeu avec de la vitesse ; la vitesse tue l’adversaire et on en a suffisamment pour être intéressant et compétitif. » Après la victoire du Stade Rochelais à Perpignan (29-31), le 25 avril, Ronan O’Gara se projetait sur le déplacement à la Paris la Défense Arena du Racing 92, où n’ont jamais gagné les Maritimes. Mais alors qu’il leur faut absolument le faire ce dimanche (21 h 05) pour rêver de phase finale, ils semblent désormais avoir plus d’atouts à même d’y croire et de rivaliser avec les flèches ciel et blanc. Privés à leurs corps défendant de Uini Atonio, Will Skelton et d’un pack qui a écrit sa gloire sur sa domination physique, les Jaune et Noir changent, avec une équipe plus mobile et rapide. On a pu le constater à Aimé-Giral avec beaucoup de dynamisme et de ballons écartés efficacement. Une nécessité au regard de l’évolution du jeu, alors que pour « ROG », « la plus grande arme, c’est la vitesse ».

Prime à l’accélération

Adrien Vachon ne peut qu’opiner. Cet ancien athlète, préparateur physique du staff pro depuis 2023 après avoir intégré celui des Espoirs en 2017, est spécialiste de vitesse. « Il y a quelques années, on a cru que le temps de jeu effectif augmenterait de plus en plus. C’est un peu ce qui s’est passé sur les matchs européens. Sauf que la transformation du rugby ne s’est pas faite sur des séquences plus longues mais sur des séquences beaucoup plus intenses et rapides », pose-t-il.

« On aime bien dire qu’un mec qui court peut jouer mais qu’un mec qui sprinte peut performer. » Alors que les avants galopants ne sont plus des exceptions, « on aime bien dire qu’un mec qui court peut jouer mais qu’un mec qui sprinte peut performer », prolonge le Poitevin. Or, de plus en plus d’éléments savent « sprinter 5, 6, 7 fois sur un match, ce qui est énorme au regard de leurs autres tâches ».

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C’est d’autant plus important que là où, il y a peu, on mettait en avant les formations capables d’imposer des séquences très longues, celles qui se distinguent aujourd’hui sont létales via des accélérations fulgurantes. « Des équipes comme l’UBB sont capables de défendre très longtemps, de récupérer un ballon, de taper au pied puis de sprinter – après un effort long d’une minute trente, deux minutes – là où d’autres ne peuvent plus accélérer, abonde Adrien Vachon. C’est ce vers quoi on tend tous aujourd’hui : défendre longtemps puis attaquer rapidement. »

« Speed vaccin »

Cela nécessite de mettre les profils les plus véloces dans les meilleures conditions. Souvent comparés à des voitures de course, ils doivent composer avec une certaine fragilité. « Il faut que tout aille bien, parce qu’ils développent des vitesses jamais touchées par 90 ou 95 % de l’effectif, indique Vachon. L’équilibre à trouver est subtil entre la musculation, le terrain, l’entraînement en vitesse, l’entraînement cardiovasculaire, la récupération liée au match, au déplacement, etc. »

« La vitesse se travaille de plein de façons : cela peut se faire en salle de muscu, sur des sprints avec du travail résisté. » En matière de blessures, les Maritimes ne sont pas épargnés, des lésions précoces ayant créé un engrenage tout sauf vertueux. Concernant la vitesse, il est essentiel de trouver le bon dosage, sachant que « les ischios et les mollets sont quasiment les deux groupes musculaires les plus sensibles ». Un travail délicat : « Si tu ne sprintes pas assez, tu risques de te faire mal en match. Mais trop sprinter, c’est se fatiguer, donc augmenter le risque de blessure. » D’où la notion de « speed vaccin » : exposer un joueur à un nombre minimal de sprints sur une période donnée pour éviter le pépin.

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D’autant que les staffs cherchent à entretenir la vitesse plutôt que de faire gagner quelques km/h hypothétiques. « On entraîne différemment un Will Skelton et un Semi Lagivala, mais la vitesse se travaille aussi de plein de façons : cela peut se faire en salle de muscu, sur des sprints avec du travail résisté. On va définir des objectifs par poste et par joueur », indique Adrien Vachon.

« Par exemple, essayer de faire aller plus vite Will serait prendre beaucoup trop de risques. Il a peut-être une vitesse max à 25 km/h. Pour quelqu’un qui fait 2,04 m et 145 kg, c’est énorme. Il faudrait y passer tellement de temps, prendre tellement de risques pour gagner 0,5 km/h que le jeu ne vaut pas la chandelle, développe-t-il. Chez ces joueurs-là, on essaie plus de travailler la répétition d’accélérations sur des distances plus courtes. Et tout ce travail est hyper complexe, sachant que le terrain reste la priorité. » Si celui de Nanterre n’a encore jamais souri aux Rochelais, ils sont en tout cas en mesure d’y montrer que leurs efforts peuvent payer.

Niniashvili et Timo les plus rapides

En 2025, La Rochelle a recruté son joueur le plus rapide en la personne de Davit Niniashvili. « 37 km/h, mais avec la Géorgie, nous, on ne l’a pas encore vu », taquine Adrien Vachon. En n°2, une autre recrue, Andy Timo, un 3e ligne au « profil atypique que l’on entraîne comme un trois-quarts ». Et en n°3, un Espoir, Pierre Berthelot, devance d’un souffle les Nathan Bollengier, Hoani Bosmorin et Dillyn Leyds.

Le Sud-Africain, habitué à enchaîner les matchs, est un bon exemple. Alors qu’il subit une fracture de la mâchoire lors de la 1re journée, « on s’est rendu compte que ça faisait une saison et demie qu’il n’était plus exposé à des grosses vitesses par rapport à ce qu’il avait l’habitude de faire. On a mis en place un bloc de 6 semaines qui, tout de suite, l’a fait remonter, avec 0,7 km/h repris. La vitesse s’entretient », souligne le préparateur physique.

C’est aussi le cas pour les avants pour qui aller au-delà de 30 km/h, c’est très bien. C’est le cas de Paul Boudehent – « qui monte à 31, mais il faut qu’il y ait un ballon (sourire) » – Charles Kante Samba, Louis Keziah Penverne mais aussi d’Oscar Jegou, « qui approche les 30,5 km/h ».