L'Italie rate sa troisième Coupe du monde d'affilée : un échec systémique du football transalpin
Italie : trois Coupes du monde manquées, un échec systémique

L'Italie manque une troisième Coupe du monde consécutive : la débâcle d'un géant du football

Dans un monde du football où les repères semblent se perdre, une scène improbable s'est déroulée mardi soir. Alors que la moquerie envers l'équipe nationale italienne, notre meilleure ennemie, semblait être un héritage familial transmis de génération en génération, une larme de tristesse a paradoxalement perlé sur de nombreuses joues après le nouveau fiasco de la Squadra Azzurra.

Incapable de battre la Bosnie en finale de barrage pour le Mondial 2026, l'Italie manquera donc l'été prochain sa troisième Coupe du monde consécutive. Une hérésie historique, pour ne pas dire une honte nationale, dans un pays où le langage des doigts reste éloquent mais où le jeu de pieds s'est considérablement appauvri.

Un diagnostic sévère des légendes du football italien

« L'Italie est désormais la risée du football international. Manquer trois Coupes du monde d'affilée est tout simplement impardonnable », a reconnu avec amertume la légende Alessandro Del Piero. Ce manieur de ballon de génie, aujourd'hui espèce en voie d'extinction dans le football transalpin, a ajouté : « Nous avions autrefois des joueurs de classe mondiale mais, aujourd'hui, les joueurs sont très moyens ».

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Emanuele Gamba, journaliste spécialiste de la Nazionale pour La Repubblica, analyse plus profondément : « Le problème ne date pas d'aujourd'hui, ça fait une quinzaine d'années que les choses sont ainsi. C'est un problème de culture footballistique en Italie. On ne se donne pas les moyens d'y arriver ».

Le journaliste pointe du doigt les carences structurelles : « Il n'y a pas assez d'argent investi par la fédération et par les clubs pour la formation des joueurs. Nous n'avons pas de centre fédéral comme vous avec Clairefontaine en France ».

Le rapport visionnaire de Roberto Baggio ignoré par la fédération

Si seulement quelqu'un - disons, au hasard, une autre légende du football italien comme Roberto Baggio - avait réalisé un travail titanesque pour mettre en lumière les manques du football italien et proposer des solutions concrètes... Ah mais attendez, il l'a fait ! Le problème fondamental est que personne ne l'a écouté.

Engagé en 2010 par la Fédération italienne (FIGC) après l'élimination prématurée de l'Italie lors du Mondial sud-africain, prémisse des catastrophes bien plus graves à venir, Roberto Baggio avait pris sa mission extrêmement au sérieux. Il a produit un rapport monumental de 900 pages, rempli de bon sens et de propositions innovantes.

« Personne ne l'a écouté... », déplore Emanuele Gamba. « Le rapport est resté dans un tiroir. C'est triste mais c'est la réalité. Il faut dire qu'en Italie, on n'a pas de projet fédéral à moyen ou long terme, on ne vit qu'au jour le jour ».

Le rapport Baggio préconisait des réformes profondes : mettre l'accent sur la formation technique des jeunes joueurs plutôt que sur le bourrage de crâne tactique, réformer la formation des éducateurs, créer une Masia nationale à l'italienne (une sorte de Clairefontaine version « calcio e pepe »), et revoir complètement la politique de scoutisme fédérale.

Une culture footballistique sclérosée

Le journaliste de La Repubblica ajoute une dimension politique à cette inertie : « Écouter Baggio, ça supposait de faire de profonds changements de méthodes, mais aussi de personnes, et ça, pour les gens en place, c'était hors de question. À la Fédération, ce que veulent les dirigeants, c'est de rester au pouvoir. Le reste... ».

Dégoûté de voir ses efforts réduits à néant, Roberto Baggio a finalement « tiré les conséquences » de cet affront en quittant ses fonctions de lui-même, laissant les têtes pensantes de la fédération dans leur tambouille égoïste et court-termiste.

Résultat : rien n'a fondamentalement changé dans un pays où l'on ne jure encore que par le système en 3-5-2, abandonné par le reste du monde footballistique, et où toute initiative technique audacieuse est regardée avec suspicion.

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« Il y a sûrement un problème de qualité, on ne peut pas le nier », reconnaît Emanuele Gamba. « Nous avons effectivement un gros problème d'un point de vue technique. Il n'y a quasiment plus un seul bon joueur de ballon en Italie. Dans les équipes de jeunes, l'accent est encore et toujours mis sur la tactique ».

Une révolution fédérale inévitable ?

Maintenu au pouvoir en 2022 malgré la non-qualification de la Squadra Azzurra au Mondial au Qatar - alors que ses prédécesseurs avaient eu la décence de démissionner après de telles déconvenues - Gabriele Gravina, le président de la FIGC, devrait avoir du mal à passer une seconde fois à travers les gouttes.

Mercredi, alors qu'il annonçait dans le plus grand calme la tenue prochaine d'un simple conseil fédéral pour « faire un bilan », le président a eu le déplaisir d'entendre le ministre des sports italien, Andrea Abodi, réclamer sa tête publiquement.

« Il est évident pour tous que le football italien doit être refondé », a écrit le ministre dans un communiqué sans équivoque. « Et ce processus doit passer par un renouveau au sein de la direction de la FIGC ».

Il ne reste plus qu'à espérer que le prochain président de la fédération italienne aura la présence d'esprit de fouiller dans les tiroirs de la FIGC en prenant ses quartiers. Peut-être y découvrira-t-il le rapport de Roberto Baggio, toujours bien au chaud, avec ses deux ou trois idées pas trop stupides pour redresser le football italien.

Le plus tôt sera le mieux car, vu d'où part le football italien aujourd'hui, quatre années de travail acharné ne seront pas de trop pour envisager une qualification pour la Coupe du monde 2030. À moins que, d'ici là, le Mondial ne soit passé à 96 équipes, offrant une échappatoire inespérée à une nation footballistique en pleine crise identitaire.