Finale Coupe de France : supporters niçois en car, entre amertume et espoir
Finale Coupe de France : supporters niçois en car

Après une nuit quasi blanche en car, les fans du Gym emmenés par le Club des supporters parviennent enfin aux portes du stade de France. « Personne ne veut qu’on gagne. Personne ne nous attend. Même nous, Niçois, on ne s’y attend pas ! »

Ils ont les jambes courbaturées, les yeux cernés mais le sourire intact. Michaël Tholozan, 36 ans, déploie son mètre quatre-vingt-treize, engoncé entre les sièges exigus du car parti de Nice dix heures plus tôt. Fabrice Radano, 54 ans, n’a pas davantage fermé l’œil. M’en bati ! Ce vendredi à l’aube, les Niçois sont là. Aux portes du stade de France, ou presque. Prêts pour une finale historique. « Maintenant, faut qu’on la gagne. Qu’on n’ait pas fait tout ça pour rien », s’esclaffent-ils.

Une saison compliquée, une finale à jouer

Le soleil vient d’émerger, lui aussi. La brume matinale nimbe l’aire d’autoroute où ont fait halte les deux cars affrétés par le Club des supporters (CDS), avec une centaine de passionnés à bord - et nous avec. On vient de dépasser Auxerre, là où tout a basculé, le 10 mai, quand l’OGC Nice a glissé en position de barragiste. Finale de Coupe, spectre de la relégation : une ambivalence de sentiments étreint le camp rouge et noir.

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« C’est une saison compliquée, soupire Michaël Tholozan. Pour le barrage, on est loin d’être confiant vu la situation actuelle. Mais bon, une finale, faut la jouer ! » « Mika » n’a donc pas hésité à embarquer, avec sa compagne Audrey Russo et leur amie Cécilia Isoardi. « On va bien profiter. On y va pour rigoler, passer un bon moment. Et puis, supporter un jour, supporter toujours... »

« Même en National, tu seras là »

Ne pas quitter le navire dans la tempête. Une évidence, pour les anciens de la bande. « Être un vrai supporter, c’est être là même quand ça va pas », martèle Émile Schirinzi, 68 ans. Il chambre ses vieux compagnons de tribunes, du Ray à l’Allianz : « Tu seras là en Ligue 2. Même en National, tu seras là ! » Jean-Marc Lesbros, « 71 balais », naguère président du CDS, est abonné depuis cinquante-cinq ans. « Ça fait bien longtemps que je n’ai pas été aussi déçu. Par les joueurs, par les dirigeants, et par certains supporters. » Mais la déception n’exclut pas l’espoir. « On en a toujours ! Sur un match, tout peut arriver… »

L’idée fait saliver Enzo Borgobello, 22 ans : « Voir Nice gagner un trophée, ça peut être plus fort que de gagner une Coupe du monde. » Le Gym est au bord du gouffre ? Qu’importe, pour Alain Rouschi, 68 ans. « La coupe, c’est pas tous les jours. Faut la jouer à fond. » Après cette saison cauchemar, un optimisme délicieusement déraisonnable gagne les esprits. « On a une cote très haute. C’est pour ça qu’on va déjouer les pronostics », s’amuse Stéphane Rolino, venu de Saint-Etienne-de-Tinée.

« Dante, notre saint patron »

Stéphane, 58 ans, voyage avec son fils Matteo, 17 ans, et sa nièce Joanna, 19 ans. Le Gym, une histoire de famille - « De Benfica à Paris, on a toujours été là. » Joanna voyage avec son maillot rouge et noir floqué au nom de Dante. « Notre saint-patron, s’exclame Stéphane. S’ils avaient tous le même état d’esprit, on n’en serait pas là. » Le fils de Fabrice Radano, lui, a renoncé à monter. « Il ne s’est pas remis de la finale de 2022 ». Oublié, le non-match perdu face à Nantes. Cette fois-ci, Fabrice y croit. « On ne nous attend pas. On n’a rien à perdre. Là, je le sens bien. Après cette saison de m..., ce serait lunaire qu’on reparte avec la coupe ! » Et tellement niçois.

Fidélité, persévérance, résilience

Ce mesclun de sentiments nourrit ces passionnés, partis en marge de la Populaire Sud. Ils sont moins bien lotis. Leurs cars seraient plus adaptés pour un Cannes-Grasse qu’un Nice-Paris. L’inconfort et de petits ratés rythment le trajet, à l’image de cette aire d’autoroute loupée au cœur de la nuit. « Décidément, jusqu’au bout ! C’est à l’image de la saison », plaisantent les noctambules. Fiers de leurs couleurs, mais discrets.

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Mais c’est aussi cela, partager une aventure humaine. Souffrir ensemble, rêver quand même. « On a connu beaucoup de saisons galères, et pourtant, on est toujours là », clame Michaël, le grand échalas qui a poussé du temps de la Ligue 2. Sur la route de Paris, le barrage contre Saint-Etienne hante les esprits. À bord du car, les veilleuses vertes font tiquer les plus superstitieux.

D’autres images occupent les conversations : ces vidéos d’affrontements entre supporters niçois et parisiens, qu’on se partage de téléphone en téléphones. Jessica, Danièle et Loïc, les copains venus de Nice et Cagnes-sur-Mer, repensent à la finale de 2022. Un groupe d’individus cagoulés et vêtus de noir les avait suivis. De quoi rester sur ses gardes. Mais surtout pas renoncer.

9 h. Terminus stade de France. La petite troupe nissarde part sillonner la capitale en attendant le grand soir. Ils prendront soin de ne pas exhiber leurs couleurs. Mais dans le métro, en passant devant la station Garibaldi, ils ne peuvent réprimer un facétieux : « On est chez nous ! »