Enhanced Games : une première édition chancelante à Las Vegas
Enhanced Games : une édition chancelante à Las Vegas

La traduction littérale des Enhanced Games, qui verront le jour ce dimanche 24 mai à Las Vegas (États-Unis), a le mérite de donner le ton de l’événement. Car lors de ces Jeux « améliorés », le dopage est autorisé, même incité, et les contrôles évidemment inexistants. Les athlètes, officiellement encadrés par une « commission médicale indépendante », peuvent s’administrer librement et au choix 37 produits (testostérone, EPO, hormones de croissance…).

Une compétition controversée et revue à la baisse

La compétition, particulièrement controversée et largement tancée depuis l’annonce du projet en 2023 par de nombreuses instances officielles, à l’instar du Comité international olympique (CIO), a largement revu sa copie à la baisse. Il y a un an, les organisateurs présentaient lors d’une conférence de presse le format de ces Jeux, avec la promesse d’un événement révolutionnaire destiné à « étendre les capacités humaines grâce à la science (…), et à réinventer les Jeux olympiques comme Pierre de Coubertin à son époque », confiait, dans nos colonnes en mars 2024, Aron D’Souza, cofondateur des Enhanced Games et homme d’affaires australien aux convictions transhumanistes et libertariennes assumées.

Mais force est de constater que ce que certains prophétisaient comme le début d’une nouvelle ère sportive a perdu de sa superbe. Malgré une activité intense sur les réseaux sociaux (271 000 abonnés sur Instagram) ainsi qu’une large médiatisation de part et d’autre de l’Atlantique, ces Jeux ne semblent pas passionner les foules. Ni même les diffuseurs américains traditionnels.

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Une seule journée de compétition

Pas de retransmission en grande pompe, donc. Car en plus des comptes YouTube, Rumble, Twitch et Kick de l’événement, celui-ci sera seulement visible sur la chaîne sportive de Roku, plate-forme de streaming gratuite mais uniquement disponible aux États-Unis, au Canada et au Mexique. Une succession d’accrocs qui a décidé les dirigeants à réduire la voilure. Avec, comme première conséquence, le passage de quatre journées de compétition à seulement une.

Pourtant, le groupe Enhanced, bien que discret à ce sujet, semble loin de la banqueroute. Pour preuve, son entrée en bourse à Wall Street, le 8 mai, par le biais d’une fusion avec la « société sans activité opérationnelle » (SPAC) hongkongaise A Paradise Acquisition Corp. « Cette opération valorise Enhanced à 1,2 milliard de dollars et devrait générer jusqu’à 200 millions de dollars de recettes brutes », estime dans un communiqué Maximilian Martin, le directeur général de l’entreprise.

Ces Jeux sont uniquement portés à coups de millions par des financeurs privés. C’est le cas du milliardaire Peter Thiel, fondateur de PayPal, rejoint plus tard par des investisseurs en cryptomonnaies et de la famille royale saoudienne, avant l’arrivée en janvier 2025 de Donald Trump Jr., le fils du président américain. Hasard ou non, la tour dorée au nom de Trump père se trouve à moins de 600 m du lieu de la compétition, parfaitement orientée dans l’axe de certaines caméras.

42 athlètes dans une « arène sur mesure »

C’est au pied de la peinture rouge couvrant l’imposant complexe hôtelier Resorts World, à deux pas du célèbre Strip de Las Vegas, que les athlètes s’affronteront au cœur d’une arène rectangulaire « sur mesure ». Construite pour l’occasion avec une capacité de « 2 500 spectateurs triés sur le volet », elle comprend un bassin olympique, une piste de course de 100 m et une scène dédiée aux sports de force.

La perte de vitesse des « Jeux améliorés » est tout aussi frappante lorsque l’on regarde le nombre d’athlètes engagés dans le Nevada. Alors que les organisateurs en attendaient initialement « 100 », seuls 42 seront finalement présents. De 24 nationalités différentes, certains sont d’anciennes gloires dans leur domaine. Mais la majorité demeure des sportifs n’ayant pas réussi à percer dans leurs disciplines.

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Et l’on comprend aisément pourquoi la mayonnaise n’a pas pris chez grand nombre d’athlètes. Car en plus d’une image publique fortement dégradée et de risques non négligeables pour leur santé, ils hypothèquent également leurs chances de revenir dans le circuit officiel à l’avenir, World Aquatics et la Fédération française d’athlétisme ayant notamment annoncé que tout participant sera sévèrement sanctionné.

Un million de dollars en cas de record du monde

Le seul Français engagé, Mouhamadou Fall, multiple champion national en 100 m et 200 m, compose la liste des treize sprinteurs à faire le déplacement dans la « ville du péché ». Il évoluera aux côtés de l’Américain Fred Kerley, double médaillé olympique du 100 m. Parmi les 18 nageurs, l’Australien James Magnussen ― « prêt à se mettre du jus jusqu’aux branchies » ― médaillé d’argent aux JO de Londres en 2012, sera entre autres opposé au Britannique Ben Proud, champion du monde du 50 m nage libre en 2023.

Chez les 11 haltérophiles, le Chilien Arley Mendez, champion du monde en -85 kg en 2017, fait office de tête d’affiche, tout comme le célèbre Islandais Thor Björnsson, « homme le plus fort du monde » en 2018 et acteur dans la série « Games of Thrones ». Peu de noms ronflants, en somme, et, à vrai dire, pas les plus vendeurs et attirants pour de potentiels téléspectateurs supplémentaires.

Ces 29 hommes et 13 femmes concourront à titre individuel, mais seront classés dans des catégories « XX » et « XY », les Jeux refusant les termes « femme » et « homme ». Que ce soit en sprint (seul un 100 m est annoncé, contre trois épreuves à l’origine), en natation (50 m et 100 m nage libre, papillon et dos) ou en haltérophilie (épaulé-jeté, arraché, soulevé de terre), chaque vainqueur recevra, en plus d’un salaire mensuel, une prime de 250 000 dollars (soit environ 215 000 euros), doublée en cas de record du monde ― non officiel.

Le pactole pourra grimper jusqu’au million de dollars (860 000 euros) à qui battra les 9 secondes 58 d’Usain Bolt et les 10 secondes 49 de Florence Griffith-Joyner sur 100 m, ou encore les marques de César Cielo et de Sarah Sjöström sur 50 m nage libre. L’appât du gain comme principal moteur de la révolution souhaitée par ces jeux subversifs. Le projet, fragile, quasi utopique, joue peut-être sa survie dès ce dimanche.