Le déclin du football brésilien face à la montée de l'équipe de France
Déclin du Brésil face à la montée de la France

Le Brésil face à son déclin footballistique

Le temps passe inexorablement et le paysage du football international a radicalement changé. Qui aurait pu imaginer que la sélection brésilienne, autrefois si dominante, se serait autant délitée en si peu de temps ? Il y a vingt ans, les Auriverdes préparaient la Coupe du monde en Allemagne avec une génération dorée composée de Roberto Carlos, Cafu, Kaka, Ronaldinho, Ronaldo et Adriano.

Ce jeudi, les voilà qui affrontent la France de Mbappé, Dembélé, Doué et Cherki dans un match amical organisé dans la banlieue de Boston aux États-Unis. L'équipe brésilienne doit aujourd'hui se contenter de bricoler autour de Vinicius et Raphinha, sous la direction du maestro Carlo Ancelotti, qui dirige une meute ayant perdu de sa superbe légendaire.

Les difficultés d'Ancelotti et l'analyse d'une légende

Depuis sa prise de fonction il y a un peu moins d'un an, l'entraîneur italien n'a pas franchement convaincu avec un bilan plus que passable : seulement quatre victoires en huit matchs. « Ils ont fait venir un entraîneur de renom, mais je ne pense pas que le souci vienne de lui », analysait sur ESPN la légende Rivelino, champion du monde en 1970 avec ce qui est considéré comme la meilleure équipe de tous les temps.

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Le problème selon Rivelino est plus profond : « Nous traversons une période difficile si on parle de joueurs exceptionnels, de stars. Nous n'avons pas de bons joueurs. » Cette analyse cruelle est confirmée par les choix d'Ancelotti qui, face aux absences de Neymar (finito) et Rodrygo (blessé), a dû appeler deux joueurs évoluant à Brentford et Bournemouth, symboles évidents de ce déclassement progressif.

La perception au Brésil et le contraste français

« Depuis notre dernier titre en 2022, l'espoir s'est estompé au fur et à mesure des années », explique le Brésilien Felipe Saad, ancien joueur de Guingamp devenu consultant sur Ligue 1+. « Au pays, les gens qui suivent le foot ne sont pas bêtes, ils voient les noms qui ont été appelés par Didier Deschamps, ça joue le haut du tableau partout, la Ligue des champions. Nous, on parle de joueurs qui jouent à Bournemouth. »

Pendant ce temps, les joueurs français continuent leur export massif à l'international. Ils étaient encore vingt à quitter la Ligue 1 l'été dernier, dont des joueurs à la technique soyeuse comme Rayan Cherki (Manchester City), que le Brésil ne renierait certainement pas. Sans parler des nombreuses pépites qui restent dans l'Hexagone et frappent fort aux portes des plus grands clubs européens, comme Maghnes Akliouche.

La baisse quantitative et qualitative des exportations brésiliennes

« La baisse de qualité des joueurs brésiliens fait l'objet de débats constants », assure le journaliste brésilien Luis Augusto Monaco. « La diminution du nombre de stars est un fait incontestable. Les Brésiliens ont toujours été réputés pour leur technique, leurs dribbles et leur créativité, mais on ne cherche plus trop ça. »

Les chiffres sont éloquents : selon Sofascore, en 2000-2001, vingt-trois joueurs avaient traversé l'Atlantique au mercato d'été pour rejoindre l'Europe. En 2025-2026, ils n'étaient plus que onze, dont quatre via les liens obscurs entre John Textor (Botafogo) et Evangelos Marinakis (Nottingham Forest).

Le journaliste précise : « Les clubs européens continuent de rechercher des joueurs au Brésil, mais avec un profil différent de celui des joueurs recrutés au cours des décennies précédentes. Autrefois les Européens venaient chercher des stars, des joueurs appelés à devenir des protagonistes. Aujourd'hui, ils investissent dans de très jeunes athlètes ou dans des joueurs dont le profil se rapproche davantage de celui d'un Européen. »

Le paradoxe de la puissance financière brésilienne

En plus des problèmes de formation, le Brésil souffre paradoxalement de sa nouvelle puissance financière, qui lui permet de rapatrier les anciens (Gerson, Paqueta) ou d'attirer quelques stars étrangères (Memphis Depay, Yannick Bolasie, Saul Ñíguez) ainsi que des jeunes sud-américains bon marché. Au total, cent cinquante-trois joueurs étrangers évoluent cette saison en Serie A brésilienne.

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Felipe Saad développe : « Quand on prend les équipes qui sont en haut de tableau, comme Palmeiras, Flamengo, Cruzeiro, on s'aperçoit qu'ils sont cinq, six, sept étrangers parmi les titulaires. L'Athletico Paranense a même commencé un match avec neuf étrangers. Et ça, c'est au détriment des jeunes brésiliens, de la formation et des profils tout simplement brésiliens. »

Les causes structurelles du déclin

Alors, la « terre du football », comme l'a rappelé Didier Deschamps la semaine dernière, n'est-elle plus devenue que l'ombre d'elle-même ? Luis Augusto Monaco indique : « L'adoption de systèmes de jeu qui privilégient la tactique au détriment de la technique est considérée comme l'un des facteurs à l'origine de ce déclin. »

Il ajoute : « La légende Zico affirme que ce schéma de jeu a fait disparaître le n°10 brésilien typique. Nos joueurs sont prisonniers de ce modèle de jeu. Et la défaite de la merveilleuse équipe de 1982 a fait beaucoup de tort à notre football. À partir de là, notre jeu est devenu plus pragmatique avec une phrase qui domine le débat : “Mieux vaut jouer laid et gagner, que jouer beau et perdre.” »

Le contraste avec le débat français

Dans un pays qui n'a plus gagné de titre majeur depuis plus de vingt ans, et qui n'est plus systématiquement cité parmi les grands favoris d'une Coupe du monde (un véritable drame national), le choix est rapidement fait en faveur du pragmatisme. En France, le même débat éclate depuis plusieurs années, mais dans le sens inverse.

Malgré d'excellents résultats avec les Bleus, Didier Deschamps est souvent accusé de mal faire jouer son équipe alors qu'il dispose d'un réservoir de joueurs incroyablement talentueux. Il ne manquerait plus qu'à inverser les rôles entre les deux nations footballistiques.

Cette inversion symbolique commence dès ce soir, puisque le Brésil a demandé à jouer avec son nouveau maillot bleu. Histoire de s'inspirer des meilleurs, sûrement, dans l'espoir de retrouver la grandeur perdue d'une nation qui fut longtemps la référence absolue du football mondial.