Le Tribunal arbitral du sport (TAS) examine jeudi le recours des Sénégalais concernant la finale de la Coupe d'Afrique des Nations (CAN) disputée il y a près de dix mois. Le titre de champion d'Afrique sera attribué soit au Sénégal, vainqueur sur le terrain, soit au Maroc, vainqueur dans les bureaux de la Confédération africaine de football (CAF). L'audience, qui se tient à huis clos sur les rives suisses du Léman dès 9h30, réunira les représentants des Fédérations sénégalaise (FSF) et marocaine (FRMF), ainsi que ceux de la CAF, devant une formation arbitrale composée du Français Gérald Simon, de l'Italien Luigi Fumagalli et de l'Allemand Ulrich Haas.
Une audience décisive pour le dénouement
Aucune décision ne sera rendue jeudi, précise le TAS, mais « la formation arbitrale entamera ses délibérations » dès l'issue de l'audience. Cette promesse laisse espérer un dénouement rapide après des mois de polémiques. Thibault Ulrich, chercheur en droit du sport à l'Université de Lausanne, souligne auprès de l'AFP qu'il s'agit d'un « cas exceptionnel », puisque jamais une sélection ne s'était vue « retirer un titre acquis sur le terrain et entériné par l'arbitre ».
Une finale marquée par le chaos
La finale a viré au chaos : des Sénégalais rentrant au vestiaire pour protester contre une décision arbitrale, Brahimi ratant le penalty de la gagne sur une Panenka, des ramasseurs de balle et des stadiers voleurs de serviette, la CAF retirant son titre au Sénégal deux mois après, la riposte devant les tribunaux, et enfin la présentation du trophée à leurs supporters par les Sénégalais, ultime pied de nez à l'instance chargée de faire respecter les règles.
Les arguments juridiques du Sénégal
En se tournant vers le TAS, le Sénégal entend récupérer la couronne de champion d'Afrique et ouvrir un débat sur les principes fondamentaux du sport et l'autorité des arbitres. Selon Thibault Ulrich, le jury d'appel de la CAF a fait une « lecture extrêmement stricte » du règlement de la CAN, qui ne tient aucun compte du fait que l'officiel congolais de la finale, Jean-Jacques Ndala, a laissé la rencontre reprendre après le retour des Sénégalais.
La « Loi du jeu » et la doctrine du terrain
La « Loi du jeu » n°5.2 de l'International Board, qui s'impose à tous les acteurs du football, prévoit que « les décisions de l'arbitre sur des faits en relation avec le jeu sont définitives, y compris la validation d'un but et le résultat du match ». L'IFAB ajoute que « l'arbitre ne peut pas changer une reprise du jeu » même s'il réalise « qu'elle est incorrecte ». Cette règle est renforcée par la « doctrine du terrain de jeu », consacrée par la jurisprudence du TAS : à moins de prouver que l'arbitre est corrompu ou de mauvaise foi, ses décisions sportives ne peuvent être remises en cause. « L'objectif est de préserver l'intérêt des compétitions, décrypte Thibault Ulrich. Leur résultat doit être décidé sur le terrain et sur le moment, pas par des juges a posteriori, sinon on va perdre tous les supporters. »
Des soupçons de corruption et une image à restaurer
Parallèlement, le gouvernement sénégalais avait réclamé le 18 mars l'ouverture d'une enquête internationale « pour soupçons de corruption au sein des instances dirigeantes » de la CAF. En réponse, l'institution avait loué « l'indépendance » de ses instances disciplinaires. La confédération a néanmoins limogé, quinze jours avant la décision d'appel, le juriste djiboutien Yassin Osman Robleh, chargé depuis six ans de garantir l'intégrité de ses procédures, sans en expliquer la raison. Quelle que soit l'issue, la CAF aura du travail pour restaurer son image et, par ricochet, celle du football africain.