Arnaud Elissalde, figure emblématique du Stade Rochelais, est décédé hier à l'âge de 90 ans. Il laisse derrière lui un héritage immense dans le monde du rugby. Retour sur le parcours de cet homme qui a marqué à jamais le club rochelais.
Un destin rochelais
Que serait le rugby à La Rochelle sans Marcel Frémaudeau ? Le Stade Rochelais doit beaucoup à ce soigneur qui, à la fin des années 40, réussit de justesse à convaincre Arnaud Elissalde de ne pas monter dans le train qui le ramenait chez lui, à Bayonne. Le jeune basque avait le mal du pays. Grâce au soigneur, qui savait aussi panser les plaies de l'âme, il resta à La Rochelle. Une fille de pêcheurs breton, « Mimi », l'y installa définitivement.
L'histoire de « Nono » est représentative de l'évolution sociologique de cette ville, construite par des gens « d'ailleurs », génération après génération. Des pêcheurs bretons et vendéens, des ouvriers espagnols et italiens, des artisans portugais ou maghrébins. Arnaud Elissalde trouva à son arrivée une colonie de basques. Les Ecala, Gurrutchatéguy, Garbay, Darraïdou et autres Placé. La plupart étaient passés par la « Nautique » de Bayonne, alors place forte du rugby français, pépinière de talents que les clubs moins lotis de l'Hexagone s'arrachaient.
Un joueur au tempérament bien trempé
« Il y avait aussi un Catalan, un Italien. À une époque, j'étais le seul rochelais », raconte Serge Palito, ancien pilier et bénévole infatigable du Stade Rochelais qui découvrit ce joueur au tempérament bien trempé. « Sur le terrain, il n'avait peur de personne. Et ses plaquages à l'épaule faisaient des dégâts. C'était aussi un éducateur dans l'âme. Il fut la cheville ouvrière de l'école de rugby. Il mettait l'équipe en avant, enseignait que le ballon ne nous appartenait pas. »
« Nono, c'était un joueur de talent. Un plaqueur extraordinaire, un démolisseur. Il était aussi une anti-star qui adorait dézinguer les internationaux qui se trouvaient sur son chemin. Je peux vous dire qu'il a fait bouffer la pelouse à plusieurs d'entre eux », se souvient Jacques Larrose, autre figure historique du club.
Un entraîneur précurseur
« Je l'ai eu ensuite comme entraîneur, ça rigolait pas, sourit Serge Palito. Mais il nous a apporté tellement, le Stade Rochelais lui doit tout. Grâce à lui, on a joué notre premier 16e de finales de championnat de France, perdu à Bègles face à Limoges. Mais on est aussi resté invaincus à domicile pendant sept saisons. Il avait inventé quelques combinaisons. Il a surtout mis au point la mêlée poussée à huit sur introduction adverse, baptisée la marée noire et que les équipes adverses redoutaient. C'était un précurseur. »
Un passionné de rugby
« En tant qu'amis nous parlions beaucoup… mais que de rugby. Ce sport a occupé 95 % de sa vie. Il a eu la chance d'avoir une femme [Mimi] aussi adorable et patiente. Il a passé sa vie à noircir des cahiers d'écoliers de schémas tactiques, de réflexions techniques avec cette obsession qu'il avait pour le jeu debout. C'était un fou du tableau noir. Quand il tenait sa poissonnerie au marché de La Rochelle, il y avait toujours la queue car il passait son temps à parler de rugby et ne servait pas les clients. Normalement je le voyais tous les mois. Ces derniers jours, je me disais qu'il fallait que je passe chez lui à Saint-Xandre. Depuis quelques années il était devenu très sédentaire. Je ne réalise pas son décès. »
Sa silhouette surmontée d'un béret longeait la main courante du terrain de Puilboreau il y a quelques années. Mais l'homme ne sortait plus. En 2006 pourtant, il accepta de sortir de sa retraite, pour fêter ses 80 ans en compagnie d'anciens du club. Ce fut la dernière fois qu'il foula la pelouse de son stade fétiche.



