Antoine Vergès, une reconversion réussie des terrains amateurs aux Girondins
Revenu l’été dernier pour prendre en charge la réserve, cette figure incontournable du football amateur bordelais a finalement vu s’ouvrir les portes du milieu professionnel des Girondins, exactement 24 ans après avoir été joueur au sein du club. À 41 ans, Antoine Vergès vit un véritable printemps de premières expériences, marquant une transition remarquable dans sa carrière footballistique.
Une première expérience d’entraîneur adjoint après 13 ans chez les seniors
Pour la première fois, Antoine Vergès occupe le poste d’entraîneur adjoint, après avoir passé 13 années chez les seniors en tant que numéro un. C’est également une parenthèse inédite où il respire pleinement sa passion, lui qui travaille depuis deux décennies à La Poste. « Quand on m’a proposé cette opportunité, je suis immédiatement allé voir mon responsable pour demander un congé sans solde. Il connaissait parfaitement ma vie, il a accepté sans hésiter », confie-t-il.
Figure emblématique du football amateur bordelais depuis 20 ans, d’abord comme joueur puis comme entraîneur, le titulaire du DES (Diplôme d’État Supérieur, permettant d’entraîner jusqu’en National 1) a franchi, fin mars, les portes du centre d’entraînement de l’équipe première des Girondins. Il y occupe désormais le statut d’adjoint de son ami d’enfance, Rio Mavuba. « Ça a été soudain, mais cela représente énormément pour moi », avoue-t-il. « Les Girondins, c’est véritablement à part. Je n’ai jamais reçu autant de messages, le fonctionnement est celui d’un club professionnel à part entière, il y a les supporters… »
Un parcours semé d’embûches mais toujours lié au club
En tant que joueur, Antoine Vergès avait vu son objectif s’éloigner en 2002, lors de la dernière étape de sa formation. « Je suis arrivé à 10 ans, j’ai toujours été parmi les surclassés. À 18 ans, j’avais intégré l’équipe 3 en DH (Régional 1). J’ai malheureusement manqué six mois à cause d’une opération de l’épaule. Sur le moment, on se dit ‘j’aurais pu’. Avec le recul, je reconnais qu’il me manquait un peu de talent », analyse-t-il avec lucidité.
Il décide alors de bifurquer vers la vie active et de se consacrer pleinement à la carrière d’entraîneur. « Je suis profondément bordelais, je n’avais aucune envie de partir. Patrick Battiston, alors directeur du centre, avait accepté que je reste une année supplémentaire pour terminer mes études. J’ai commencé à coacher près de chez moi, à l’AGJA Caudéran. J’ai tout de suite adoré », se souvient-il avec émotion.
Les liens avec le club marine et blanc n’ont jamais été coupés. « Je suis resté en contact constant avec Patrick Battiston, il y a eu parfois des échanges pour envisager un retour, mais cela ne s’est jamais concrétisé. L’opportunité la plus sérieuse est survenue avec Alain Roche, le directeur sportif, en 2021. Malheureusement, King Street s’est désengagé à ce moment-là », explique-t-il.
Une amitié indéfectible avec Rio Mavuba
L’amitié avec Rio Mavuba, camarade pendant neuf ans sur les terrains du Haillan, n’a jamais été rompue non plus. « Antoine est venu me voir partout où j’étais, raconte l’ancien milieu international. Nos familles se sont également liées au fil des années », témoigne Mavuba.
Les deux hommes se sont retrouvés une première fois à Arlac, en 2018. « Rio mettait un terme à sa carrière professionnelle et travaillait comme consultant. Je lui avais proposé de venir jouer, c’était un événement énorme pour le club », se remémore Antoine Vergès. Le deuxième rapprochement est intervenu l’été dernier, lorsque ce père de jumelles de 10 ans a été choisi pour diriger la réserve des Girondins (Régional 1).
Un défi relevé avec la réserve des Girondins
Il sortait alors d’une saison compliquée au Stade Bordelais (14e de National 3) et était proche de rejoindre Cenon (Régional 2). « John Williams, l’ancien directeur sportif, m’a appelé. Rio et Jean-Jacques Gresser, coordinateur à l’association, avaient parlé de moi. Le club ne souhaitait plus d’entraîneur à temps plein. Je correspondais parfaitement au profil recherché », détaille-t-il.
Avec un seul rescapé, l’effectif était à reconstituer intégralement, avec un maximum de six mutés, un minimum de contrats fédéraux et le reste composé de U18 ou de joueurs sans licence la saison précédente. L’entame a été particulièrement difficile. « Les U18 devaient appréhender le niveau exigé. Pour ceux venant de National 2, il fallait accepter un fonctionnement spécifique, avec des entraînements le soir. Certains sont partis. Nous nous sommes accrochés, et nous avons réussi à créer une atmosphère vraiment sympa », souligne-t-il.
Son équipe, qu’il continue à diriger dès qu’il le peut avec son adjoint Frédéric Rodrigues, carbure désormais à plein régime. « J’ai toujours été soutenu par le staff de l’équipe première, par Jean-Louis Triaud, le président de l’association, une figure inspirante pour moi, qui a toujours un mot encourageant quand on se croise », ajoute-t-il avec gratitude.
Une philosophie centrée sur le plaisir du jeu
À Arlac, « dans une ambiance familiale » ; à Portes-Entre-Deux-Mers, « avec des gens extraordinaires humainement » ; au Stade Bordelais, avec « des joueurs sous contrat », Antoine Vergès a « enrichi son expérience » à chaque étape. Un fil conducteur guide son approche : « que les joueurs prennent du plaisir sur le terrain ».
À Arlac, il avait aidé Rio Mavuba à lancer ses diplômes d’entraîneur. « Lui nous apportait sa culture du haut niveau. Je lui laissais l’équipe lors des matchs de Coupe de France pour qu’il puisse voir si cela lui plaisait véritablement », explique-t-il. Au Haillan, en tant qu’adjoint, il se concentre principalement sur la mise en place tactique sur le terrain. Rio Mavuba donne les lignes directrices et prend les décisions finales.
« C’est beaucoup d’échanges, d’observation. Ce n’est pas évident car le groupe avait une manière de travailler établie, et nous sommes là aussi pour apporter des différences avec un temps limité », pointe Antoine Vergès, qui n’avait jamais pris une équipe en cours de saison auparavant. Un duo parti pour durer ? « Je prends les choses comme elles viennent, en pensant simplement à bien finir la saison. On verra par la suite », conclut-il avec philosophie.
Le regard de Rio Mavuba sur cette collaboration
« Ça s’est fait naturellement. J’ai commencé avec lui à Arlac dans le monde amateur. Nous échangeons régulièrement sur notre vision du football. Ce n’est jamais simple d’arriver dans un staff qu’on n’a pas choisi, mais cela se passe extrêmement bien. Après les deux premiers matchs, nous avons fait un premier bilan pour repréciser le fonctionnement, mais nous sommes contents car nous avons été aidés. Antoine anime énormément les séances, cela me permet d’observer et d’intervenir sur des points précis », confie Rio Mavuba.



