Depuis juillet 2023, Dominique Serieys, natif de Ganges (Hérault), dirige l'équipe cycliste Decathlon CMA CGM. En trois ans, il a transformé la formation historique AG2R La Mondiale en une structure compétitive dotée d'un budget de 45 millions d'euros, capable de rivaliser avec les plus grandes écuries du peloton.
Un virage stratégique pour survivre
En juillet 2023, Bruno Angles, alors directeur général de l'équipe AG2R La Mondiale, souhaitait une refonte profonde pour faire face à l'arrivée d'équipes-État et de mégas sponsors comme Redbull, Lidl-Trek ou Total. C'est dans ce contexte que Dominique Serieys a été recruté pour lancer un nouveau projet, avec la garantie que Decathlon deviendrait sponsor principal.
"J'étais extrêmement touché qu'on fasse appel à moi. La mission était très claire, structurer l'équipe et la valoriser pour rivaliser", confie Serieys, ancien vainqueur du Dakar 1993 en tant que copilote de Bruno Saby.
Internationalisation et rupture avec le passé
Pour accomplir sa mission, Serieys a opéré une rupture nette avec le fonctionnement familial de l'équipe. Un an après son arrivée, l'historique manager Vincent Lavenu a été mis de côté. L'Héraultais a assumé ce "sale boulot" nécessaire pour entrer dans une nouvelle dimension.
"En 2023, on avait écrit un plan stratégique de cinq ans. 2024 était une année de construction, 2025 de consolidation, et là on rentre dans les années d'ambitions", explique-t-il. L'internationalisation a touché tous les niveaux : coureurs, directeurs sportifs, entraîneurs et staff.
Un budget de 45 millions d'euros et des sponsors de poids
Serieys a convaincu CMA CGM, troisième armateur mondial de transport maritime en conteneurs, ainsi qu'Adecco, leader mondial des ressources humaines, de s'investir dans l'équipe. Aujourd'hui, Decathlon CMA CGM dispose d'un budget avoisinant les 45 millions d'euros, lui permettant de rivaliser avec Ineos, Lidl-Trek et Redbull Bora.
L'équipe fonctionne comme une entreprise d'envergure, avec 120 collaborateurs et 80 prestataires. Surtout, la visibilité est désormais assurée jusqu'aux années 2033-2035, contre 2030 initialement. "Pour construire, il fallait garantir une pérennité. Si vous ne signez que trois ans, ça va trop vite et ça peut être compliqué pour certains de se projeter", reconnaît Serieys.
Paul Seixas, le prodige à protéger
Parmi les talents de l'équipe, Paul Seixas, 19 ans, est considéré comme le possible successeur de Bernard Hinault. "C'est simple. Quand je suis arrivé au mois de juillet 2023, le contrat de Paul a été le premier que j'ai signé", raconte Serieys.
Il se souvient d'une anecdote marquante en 2024 : "On a un point d'échange avec Paul, ses parents et son agent. Je lui pose la question : 'Quel est ton objectif ?' Dans la seconde, il m'a répondu : 'Gagner le Tour de France'. Personne ne dit ça."
Serieys travaille pour prolonger Seixas au-delà de 2027. "On connaît notre feuille de route. Avec Paul, on n'a pas besoin de se parler. Un clin d'œil suffit. Mais ça serait une belle histoire d'avoir un Français qui pourrait un jour gagner le Tour et qu'il le fasse avec des marques françaises aussi fortes."
Un parcours éclectique
Né le 4 juillet 1961 à Ganges, Dominique Serieys a grandi à Saint-Bauzille-de-Putois et Montpellier. Après des études en mécanique, il ouvre un garage automobile et participe à des rallyes régionaux comme copilote. À la fin des années 1980, il rejoint Lancia aux côtés de Bruno Saby, puis Mitsubishi en 1992. Il remporte le Dakar en 1993 et cumule cinq podiums sur l'épreuve.
Son parcours professionnel l'a mené à la direction de Mitsubishi Motors Sport (2000-2009), où son équipe a remporté sept fois le Dakar, puis à Lagardère Sport, à la Fédération française automobile (directeur à partir de 2013), à la présidence de Paris Défense Arena (2019-2022) et du directoire du Racing 92 (2022-2023).
Aujourd'hui, il savoure le travail accompli : "C'est un vrai plaisir. On a l'impression que ça fait dix ans qu'on travaille ensemble. Les coureurs sont d'une simplicité et d'un amour de leur travail. J'ai trouvé que c'était assez proche des valeurs du rugby."



